Repas végétariens à Lyon : que reprochent les internautes au député de l'Indre François Jolivet ?

La décision de la municipalité lyonnaise de mettre en place temporairement un menu "sans viande" dans ses cantines reste en travers de la gorge des élus LREM. Sur Twitter, le député de l'Indre François Jolivet a ainsi pris position contre un "dogme" écologiste... à quelques approximations près.

François Jolivet, député LREM de l'Indre, à l'Assemblée nationale.
François Jolivet, député LREM de l'Indre, à l'Assemblée nationale. © Sébastien Muylaert / Maxppp

Une semaine après sa participation à une croisade contre l'écriture inclusive, c'est désormais le sujet des cantines lyonnaises qui a retenu l'attention du député de l'Indre François Jolivet. Dans un tweet publié le 22 février, l'élu LREM a en effet adopté un ton aux accents lyriques pour déplorer l'avénement "d'un monde où la viande n'existe plus".

Un menu temporaire face à la crise sanitaire

En effet, pour accéler le rythme de service dans les cantines de Lyon, et leur permettre d'accueillir tous les enfants lors des repas malgré la distanciation de deux mètres, la majorité écologiste a pris la décision d'instaurer un menu unique à partir du 22 février. Ce menu temporaire ne comporte pas de viande mais du poisson et des oeufs (et n'est donc absolument pas végétarien contrairement à ce que certains commentateurs ont affirmé).

L'aboutissement de cette "idéologie minoritaire", poursuit le député, signera "la fin de l'élevage français" mais aussi une fragilisation des classes populaires qui n'ont "que la cantine pour manger de la viande". Une prise de position qui n'a pas manqué de faire réagir sur la toile, en particulier pour souligner les approximations auxquels se sont livrés, depuis le 21 février, d'autres personnalités politiques comme le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin ou le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie. De leur côté, d'autres membres du gouvernement, comme le ministre de la Santé Olivier Véran, ont déploré la polémique, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili allant jusqu'à la qualifier de "débat préhistorique".

Une décision déjà prise... sous Gérard Colomb

Première approximation : l'instauration d'un menu unique et sans viande serait le fait d'idéologues écologistes. Comment expliquer alors qu'au mois de mai, le maire LREM et ancien ministre de l'Intérieur Gérard Collomb ait pris une décision identique, pour les mêmes raisons que celles avancées par la municipalité actuelle ? Aucun élu LREM ne s'était alors insurgé, comme l'a fait l'actuel ministre de l'Intérieur ce 20 février, contre une politique "moraliste et élitiste des 'Verts'".

Qui mange le plus de viande ?

Si depuis dix ans, la consommation de viande tend à diminuer en France, il serait faux de dire que les enfants les plus défavorisés "n'ont que la cantine pour manger de la viande". Au contraire, selon une étude du Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie (Credoc), les ouvriers restent les plus importants consommateurs de viande en France, très loin devant les catégories moyennes ou supérieures. Entre 2007 et 2016, la consommation de viande des cadres supérieurs est passée de 140 grammes quotidiens à 113, celle des ouvriers de 178 à 151.

Par ailleurs, au-delà de la quantité, il y a le problème de la qualité de la nourriture servie. Les classes populaires ont à ce titre tendance à avoir moins accès à une alimentation diversifiée, en particulier en ce qui concerne les fruits et les légumes de qualité, souvent trop chers. Ils sont d'ailleurs de plus en plus chers depuis le début de la crise du covid-19, comme l'auront sans doute constaté celles et ceux qui font leurs courses pour se nourrir. La diminution de la consommation de viande au profit des fruits et légumes fait d'ailleurs partie des recommandations du Programme national nutrition santé.

De toute évidence, la décision de la majorité lyonnaise ne vient pas d'un scandaleux moralisme idéologique, pas plus que d'une odieuse détestation des pauvres, quant à son bien-fondé sanitaire, il n'a étonnament pas été remis en question par ses critiques. En revanche, la claque subie par le parti présidentiel lors des municipales face aux listes écologistes ou d'union de la gauche, associé à l'approche d'élections régionales et départementales, a pu peser dans ce qui ressemble fort à une tentative de transformer un débat politique en débat identitaire sur ce qui est, ou non, une "valeur commune". Fait inquiétant, ce débat, il y a encore une dizaine d'année, était comme le prétendu "islamo-gauchisme" de l'université ou "l'ensauvagement" de la société, l'apanage de l'extrême-droite.


 

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