Logements, commerces, espaces publics : ces "Coeurs de ville" qui redressent la tête

Depuis décembre 2017, l'Action coeur de ville a mobilisé 5 milliards d'euros pour redynamiser les centre-villes d'agglomérations moyennes, entre 10 et 100 000 habitants. Presque trois ans plus tard, quel est le bilan en Centre-Val de Loire ?

L'Action coeur de ville devait redynamiser les centre-ville de 222 agglomérations moyennes. Photo d'illustration
L'Action coeur de ville devait redynamiser les centre-ville de 222 agglomérations moyennes. Photo d'illustration © GEORGES ROBERT / MAXPPP
"Les centres-villes se meurent." Voilà le cri d'alarme des riverains et des commerçants de ces villes moyennes, entre 10 et 100 000 habitants, progressivement abandonnées par leurs habitants et leurs commerces depuis le milieu des années 2000. En 2018, rapportait le Monde, 85% des créations ou extensions de surface commerciales avaient lieu en périphérie, au détriment de ces "vieux centre". Et le phénomène de désertion s'accuentuait dans les agglomérations de taille plus modestes.

En décembre 2017, l'Action coeur de ville devait être une réponse à cette hémorragie, avec près de 5 milliards d'euros mobilisés à travers la Caisse des dépôts, des prêts, ou encore des fonds alloués via l'Action logement ou l'Agence nationale de l'habitat (Anah). Près de trois ans plus tard, quels sont les fruits de ce vaste plan de réhabilitation qui concerne 222 villes sur le territoire, dont 13 en Centre-Val de Loire ?
 
 

Des projets "qu'on aurait jamais pu financer autrement"

Ce programme, Blois a été l'une des premières villes de la région à en profiter, dans l'espoir de ressusciter un centre-ville en difficulté. Pour son maire, Marc Gricourt (PS), cela "nous a permis d'intégrer beaucoup de projets", notamment d'importants travaux en centre-ville depuis 2018, l'aménagements de la promenade Mendès-France ou le projet de rénovation du quartier de la Gare et la possibilité de réinvestir des bâtiments vides ou à l'abandon. "C'est aussi l'accompagnement possible de particuliers sur la réhabilitation de logements. C'est majeur pour nous la reconquête du logement en centre-ville."

De fait, malgré la crise du covid-19, l'été n'a pas été catastrophique pour les commerçants blésois. D'abord grâce aux aides qui ont permis aux commerces de tenir, mais aussi via la redynamisation du centre, comme en témoigne Audrey Pencolé, animatrice des Vitrines de Blois. Cette association, qui regroupe acteurs publics et commerces du centre-ville, n'a pas déploré de fermetures définitives dues au confinement, et a même constaté une "bonne fréquentation" au cours de l'été, avec l'installation de nouveaux commerce depuis. "La différence surtout c'est qu'il s'agissait d'un public plus proche, plus local, et pas international à cause de la crise sanitaire", indique Audrey Pencolé.

A Vierzon dans le Cher, le maire, Nicolas Sansu (PCF) peut quant à lui se féliciter d'avoir su "naviguer" depuis 2008 entre les différents projets permis par le Programme national de revitalisation urbaine et depuis trois ans avec l'Action coeur de ville, de manière "à faire financer de très gros projets qu'on n'aurait jamais pu financer autrement", explique-t-il. Dès 2017, la nouvelle place Jacques Brel, des logements sociaux mais aussi des locaux commerciaux et culturels ont ainsi pu voir le jour dans le centre-ville vierzonnais.

"Cela nous a permis de structurer nos interventions sur trois domaines : le logement, les commerces et activités, et les espaces publics à repenser", analyse l'édile. Par exemple, dans le cas de l'espace Rollinat, qui accueille désormais le musée numérique "Micro-Folie", "le PRU nous a permis de refaire complétement le bâtiment où se trouve aujourd'hui le musée numérique, mais c'est Action Coeur de ville qui nous paye la Micro-Folie."
 

De bons résultats, mais des difficultés nouvelles

Et ces différentes initiatives portent leurs fruits, que ce soit à Blois, où d'importants travaux ont été menés depuis 2018, ou à Vierzon, où divers lieux culturels et commerciaux ont ouvert. D'après le premier baromètre de l'évolution immobilière de ces 222 villes, les achats immobiliers ne cessent d'augmenter depuis 2018, d'une façon qui désormais profite davantage aux centres-villes. 

"Si le marché en périphérie est supérieur à la ville-centre", indique l'étude, "en dynamique le volume de vente progresse plus vite dans la ville-centre que dans la périphérie sur un an. Ainsi, la hausse globale du volume des ventes dans les villes moyennes est principalement porté par des transactions en ville et non dans la périphérie." Un bon résultat qui attestant d'une installation de nouveaux habitants, même si la question du logement reste délicate.

Pour Nicolas Sansu en tout cas, pas de doute : "la reconquête commerciale est enclenchée", mais "le logement, c'est plus compliqué". Malgré des prix immobiliers très attractifs, les néo-vierzonnais, parmi lesquels un certain nombre de Parisiens, recherchent plus volontiers à acheter des propriétés plus grandes en périphérie plutôt que dans le centre-ville. Là aussi, ce sera aux collectivités locales de trouver la parade. "Ça nous oblige à réfléchir à de nouveaux logements en centre-ville. On voudrait défaire des poches entières, voire démolir, afin de proposer du logement alternatif en coeur de ville."
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