Blois : au procès des dresseurs de l’ours Mischa, les associations dénoncent "l'inaction des autorités"

Le 12 mai 2021 marque l'ouverture du procès des Poliakov, un couple de dresseurs d'ours du Loir-et-Cher, accusé de maltraitance. Présents devant le tribunal de Blois, les associations de défense des animaux à l'origine des révélations dénoncent avant tout la responsabilité des pouvoirs publics. 

© Nathanael Lemaire / France Tv

Une "histoire extrêmement banale". Lorsque le public a découvert la maltraitance de l'ours Mischa, Muriel Arnal, fondatrice et présidente de l’association One Voice, a elle vu un scénario qui se répète trop souvent. "Cela témoigne de la façon dont sont traités les animaux sauvages mis en captivité en France", reprend-elle, agacée. Ce 12 mai, s’ouvre à Blois le procès des Poliakov, le couple de dresseurs qui avaient la charge de Mischa. Ils sont accusés de maltraitance envers leurs animaux, dont 3 ours. 

Des conditions de vie insoutenables

Mischa, comme les deux autres ours des Poliakov, Bony et Glasha, vivaient "dans des geôles infâmes ouvertes aux courants d’air, nourris de fruits et légumes moisis, cohabitant avec des rats potentiellement porteurs de maladies pour eux qui n’ont pas été soignés pendant des années et des années...", peut-on lire sur le site internet de One Voice. Le traitement réservé à Mischa – documenté par l'association de défense des animaux -  avait suscité l’émotion et l’indignation. Au point qu’en 2019, Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique, était intervenue personnellement afin de faire saisir l’animal.

Ces conditions avaient également été déplorées par les soigneurs animaliers qui se sont rendus sur place. Ils avaient révélé des tumeurs et des maladies, comme la gale, qui n’avaient jamais été soignées. Après l'intervention, l'ours Mischa est recueilli par le refuge de la Tanière, près de Chartres. Il meurt quelques semaines plus tard malgré tous les soins effectués.

Les autorités "inactives" depuis 2005

Rassemblés devant le tribunal correctionnel de Blois à l’ouverture du procès, One Voice mais également d’autres associations qui sont intervenues comme AVES ou Paris Animaux Zoopolis, viennent faire entendre leur voix. "Nous savons que les dresseurs ne sont pas tendres avec les animaux, mais ce n’est pas ça que l’on veut dénoncer. C’est l’inaction des autorités", rappelle Muriel Arnal. Et pour cause, l’association avait alerté sur les conditions de vie des animaux du couple de dresseurs depuis 2005. 

Il a fallu 14 ans, et près de 200 heures de vidéos tournées par les enquêteurs de l’association. "Tout le monde connaissait les conditions de détention, et personne parmi les autorité n’a bougé", regrette la présidente de One Voice. Pierre Violas, fondateur du refuge de la Tanière qui a récupéré Mischa en 2019 pour tenter de le sauver abonde dans son sens. "On intervient très souvent sur des sauvetages d’animaux victimes de “maltraitance passive”, dans le sens où les propriétaires ne savent pas comment s’y prendre avec leurs animaux mais dans le cas du couple Poliakov, il y avait clairement de la maltraitance [intentionnelle]. Personne ne pouvait ignorer l’état de l’ours… Il est arrivé chez nous avec des asticots qui sortaient de son nez et de ses pattes, et il lui manquait 100 kilos", déclare-t-il à Libération

Pourtant, à l’époque, malgré l’ampleur médiatique que prenait l’affaire, l’ancien préfet du Loir-et-Cher, Yves Rousset, comme la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) ne reconnaissait aucune maltraitance. Ils trouvent même des circonstances atténuantes aux propriétaires qui "n’ont peut-être pas les moyens de s’occuper de leurs animaux" car "cela coûte cher", comme l’avait exprimé Christine Guérin directrice de la DDSCP.

Les militants des associations de protection animale devant le tribunal de Blois, le 12 mai.
Les militants des associations de protection animale devant le tribunal de Blois, le 12 mai. © Nathanael Lemaire / France Télévisions

"La responsabilité première vient des pouvoirs publics qui connaissaient la situation mais qui n’ont rien fait, insiste Muriel Arnal. On ne peut pas laisser un chauffard pendant 10 ans sur les routes et s’étonner quand il y a un accident, il faut simplement lui retirer son permis dès que l’on a connaissance de sa dangerosité."

Cette responsabilité, le tribunal administratif d’Orléans ne la voit pas du même œil. Au moment des faits, One Voice porte plainte contre les Poliakov pour maltraitance, mais également contre l’inaction de la préfecture. Le 29 avril dernier, le tribunal administratif a finalement refusé de reconnaître une responsabilité de la préfecture du Loir-et-Cher mais également de retirer les animaux restants en captivité chez les Poliakov. "Il y a toujours un petit singe qui est détenu dans un fourgon et qui ne voit même pas la lumière du jour", alerte Muriel Arnal, écœurée.

La présidente de One Voice l’assure : "Ça nous amuse pas d’attaquer et de dénoncer l’inaction des services de l’État, nous préférerions travailler avec eux pour combattre toute forme de maltraitance." Si elle observe que les choses changent au sein de la société, elle ne comprend la prise de conscience tarde auprès des autorités.

Une législation qui se fait attendre

Selon l’association, les deux tiers des personnes qui exploitaient les animaux sauvages il y a 26 ans ont aujourd’hui arrêté. "C’est surtout grâce au public, qui prend conscience des situations et qui ne va plus dans les cirques. Il y a 23 pays en Europe qui les ont interdit, mais la France permet encore aux cirques fixes (contrairement aux itinérants) de continuer la même activité", fustige Muriel Arnal. 

Une proposition de loi contre la maltraitance animale a bien été adoptée à l’Assemblée nationale en janvier dernier. Quelques mois plus tard, elle n’est toujours pas inscrite à l’ordre du jour au Sénat. Devant le palais de justice de Blois comme dans de nombreux dossiers, les associations de protection animale continuent leur lutte pour sensibiliser les pouvoirs publics à la maltraitance. 

 

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