Loir-et-Cher : les maires contraints par le Préfet de rouvrir les écoles, à partir de ce mardi 2 juin

Le Préfet du Loir-et-Cher a demandé aux maires de rouvrir les écoles à partir de ce mardi 2 juin. Les treize maires qui avaient laissé leurs écoles fermées le 11 mai, ont prévu de les rouvrir début juin, progressivement. Et sans conviction. Exemple à Selles-sur-Cher et Couddes. 

L'école Jules Ferry à Selles-sur-Cher dans le Loir-et-Cher est restée fermée après le 11 mai 2020.
L'école Jules Ferry à Selles-sur-Cher dans le Loir-et-Cher est restée fermée après le 11 mai 2020. © Francis Monchet-DR
Ils sont treize dans le département du Loir-et-Cher à avoir décidé de ne pas rouvrir les écoles de leurs communes le 11 mai dernier. Ces maires justifiaient cette décision par leur incapacité à pouvoir mettre en oeuvre le protocole sanitaire, notamment à cause d'un manque de personnels et des locaux inadaptés. 

Le lendemain de l'annonce de la deuxième phase du déconfinement par le Premier ministre Edouard Philippe, les élus ont reçu une lettre du Préfet du Loir-et-Cher, leur intimant de rouvrir les écoles ce mardi 2 juin. 

Les propos contenus dans la lettre du Préfet reçue par les maires

"Je comprends que des difficultés d'organisation liées aux mesures barrières et de distanciation sociale ont pu, un moment, justifier votre position, " peut-on lire dans la lettre d'Yves Rousset, Préfet du Loir-et-Cher aux treize maires du département qui avaient décidé de laisser les écoles de leurs commune fermées. 

"Toutefois, il apparaît aujourd'hui, au travers notamment du concours apporté par les services de l'Etat, et l'association des maires du Loir-et-Cher, que des adaptations à la situation ont pu être mises en oeuvre et qu'il n'existe pas de raisons impérieuses liées à des circonstances locales, justifiant cette fermeture," poursuit le Préfet du Loir-et-Cher. 

Il balaie les inquiétudes que pourraient encore avoir les élus à la réouverture de leurs écoles, et la grande difficulté d'appliquer le protocole sanitaire : 

"Aujourd'hui, la presque totalité des écoles du département accueille les élèves édictés, confirmant ainsi la faisabilité de ces mesures dans le respect des règles protectrices, tant pour les enfants que pour les professionnels enseignants ou personnels de collectivités territoriales." 

Il termine : "Je vous demande d'organiser le retour des élèves à votre école à partir du 2 juin matin, dans le respect des gestes barrières déterminés dans le protocole qui vous a été communiqué par ailleurs."

Une lettre contre les "refus de principe"

Par cette lettre, le Préfet du Loir-et-Cher voulait mettre fin aux refus de principe. " Dans certaines communes, il y avait des refus de principe, ce qui n'était pas acceptable. Certains disaient que comme il y avait le Covid, ils refusaient d'ouvrir les écoles maternelles, par exemple. Cela était entendable en mai, mais là, l'ouverture de 95% des écoles s'est bien déroulée et il m'a semblé qu'il fallait solliciter ces maires de façon ferme ", nous explique Yves Rousset ce mardi 2 juin par téléphone.  

Il ajoute plutôt satisfait : "Je constate que sur les 13 courriers que j'ai envoyés, tous les maires acceptent de rouvrir leurs écoles. C'est une bonne chose, car il est important que les élèves retournent à l'école. Non seulement pour les apprentissages, mais aussi parce que la scolarité tient une part importante dans la socialisation de l'enfant. "

   

​​​​​Le maire de Couddes va rouvrir ses classes de maternelle le 8 juin

Le maire de Couddes, Hubert Marseault, n'a pas eu le temps de lire la lettre du Préfet.

"De toute façon, nous y sommes fortement incités depuis des semaines, et les déclarations du Premier ministre jeudi (28 mai 2020, NDLR) a enfoncé le clou. Nous étions déjà prêts à ouvrir certaines classes du regroupement scolaire avec les CP et les CM2 (des communes de Oisly et Choussy), mais la Direction académique voulait qu'on ouvre tout en même temps. Ce qui était matériellement impossible pour nous". 

Le maire de Couddes semble dépité au téléphone, mais il s'est résigné :  "on va ouvrir toutes les classes du regroupement scolaire le lundi 8 juin, car avant c'est impossible. On va faire le maximum de ce qu'on peut faire. Mais je ne vois pas l'intérêt pour les enfants. C'est sans parler de la charge de travail des enseignants qui vont devoir gérer les enfants en présentiel et à distance."

La commune de Couddes compte 45 élèves en maternelle.

Pour le maire de la petite commune, c'est l'application du protocole sanitaire avec cette classe d'âge qui pose le plus de problèmes. "On nous impose de rouvrir les écoles, très bien. Alors que jusque-là, c'était seulement avec notre accord. Passons. Maintenant il va falloir s'occuper des petits de trois, quatre ans, qui devront gérer leur pique-nique seuls, parce qu'on ne peut pas assurer de service de cantine. Ils ne pourront pas faire la sieste, puisqu'il est impossible de désinfecter les matelas assez régulièremnt. Ils vont devoir rester assis sur une chaise toute la journée, alors qu'ils sont habitués à évoluer sur des tapis. "

Et de conclure : "Ce n'est pas la lettre du Préfet qui m'inquiète, ce sont les interrogations et les craintes des parents.

A Selles-sur-Cher, "on va ouvrir les écoles deux jours par semaine

Près de Couddes, à Selles-sur-Cher, le maire va lui aussi rouvrir les écoles de sa commune, mais progressivement. Ce sera d'abord les classes de CP et celles du dispositif ULIS qui ouvriront le jeudi 4 juin, puis les autres classes de la Petite section au CM2 rouvriront à partir du 8 juin, progressivement. " Nous avions pris la décision avant de recevoir la lettre du Préfet. C'est une décision du Préfet que je respecte, puisqu'elle va dans le sens des demandes du Premier ministre. Mais c'est quand même, sous la contrainte, que nous allons rouvrir les écoles," nous confie Francis Monchet

Le maire a demandé un délai à la directrice académique de la circonscription, pour avoir le temps d'organiser les classes. La rentrée se fera par petits groupes.

"Il n' y aura pas de transports scolaires, mais on va assurer la cantine. Comme il est prévu qu'une centaine d'élèves reviennent à l'école, ils auront classe deux jours par semaine. On ne peut pas faire plus." 
 
 

 Une surcharge de travail redouté pour le personnel communal

Selles-sur-Cher compte deux écoles maternelles et une école primaire, soit 364 élèves. " Le 11 mai, les 2/3 des parents ne comptaient pas remettre leurs enfants à l'école. Il aurait fallu rouvrir pour 67 élèves, sans les moyens humains pour assurer le strict protocole sanitaire. Là, rien n'a changé, sauf qu'il y aura un peu plus d'élèves. Nous allons mettre tout le personnel municipal disponible dans les écoles pour le nettoyage et la cantine, et laisser les autres locaux communaux de côté jusqu'à la fin de l'année scolaire," annonce l'édile, pragmatique.

Il craint une surcharge de travail pour le personnel communal. " On va tout faire pour protéger les enfants et garantir le protocole sanitaire, mais ce sera très lourd pour le personnel. "

 

La saisie du Tribunal administratif n'est plus d'actualité

"Si les maires sollicités par le Préfet n'avaient pas accepté de rouvrir leurs écoles, j'aurais pu déférer les délibérations des conseils municipaux devant le Tribunal administratif. Heureusement, nous n'avons pas à en arriver là", explique Yves Rousset, le Préfet du Loir-et-Cher. 

En effet, les maires ne peuvent pas prendre des mesures plus contraignantes que celles que l'Etat a prises. "Si on a laissé faire les maires au début, c'est parce que le Premier ministre nous a demandé de faire avec l'accord des maires. Dans la nouvelle phase de déconfinement, ce n'est plus le cas. " 

 

 
 
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