Dans le Loiret, une librairie reverse les profits de vente du livre d’Eric Zemmour à une association d’aide aux migrants

À Sully-sur-Loire, la librairie Au Temps des Livres ne souhaitait pas vendre le dernier livre d'Éric Zemmour. Plutôt que la censure, une idée est née : reverser les bénéfices issus de la vente du livre à une association qui vient en aide aux jeunes migrants.

"Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts." C’est avec cette citation d’Isaac Newton que s’achève la pancarte explicative posée sur la pile du dernier livre d’Éric Zemmour dans la librairie Au Temps des Livres. La boutique de Sully-sur-Loire a décidé de reverser les bénéfices de la vente du livre du polémiste à l’association La Maison d’Adam qui vient en aide aux migrants.

Nous nous sommes dits que nous allions prendre le contre-pied de ce que prône Éric Zemmour,

explique la gérante d’Au Temps des Livres, Aurélie Bouhours.

Un buzz involontaire 

Tout commence quand, en août dernier, La France n’a pas dit son dernier mot, le dernier ouvrage d’Éric Zemmour, est annoncé pour le 16 septembre. Aurélie Bouhours, opposée aux idées du potentiel futur candidat à l’élection présidentielle d’extrême droite, se retrouve face à un problème de conscience. "Je ne voulais pas du tout le vendre, confesse-t-elle. Mais ma fille me disait que je n’avais pas à empêcher les gens de le lire ou de s’informer. Elle avait raison.

Alors pour marquer le coup et prendre ce "contre-pied", Aurélie Bouhours décide de reverser les bénéfices des ventes à l’association d’aide aux jeunes migrants La Maison d’Adam. Une initiative appréciée par l’association. "La présidente est une cliente, j’ai bien évidemment demandé son accord. Mais elle ne veut pas y être liée", raconte la libraire. Depuis sa sortie, le 16 septembre, le livre d’Éric Zemmour se vend bien et même très bien malgré les quelques "contre-vérités" qu’il comporte. Les 8 livres en vente Au Temps des Livres ont tous été vendus et d’autres sont en commande à la librairie de Sully-sur-Loire.

"Je suis un peu dépassée par l’ampleur de la chose. Nous voulions juste marquer le coup et nous avons fait une simple publication Facebook, sans hashtag ni rien. C’était uniquement pour prévenir notre clientèle", assure Aurélie Bouhours. Car l’initiative fait parler. Entre les nombreux articles de presse et les relais sur les réseaux sociaux, la librairie est très sollicitée. Beaucoup de messages de soutien et de sympathie sont envoyés. 

Mettre l'accent sur le sort des migrants

Mais pas seulement, comme le regrette Aurélie Bouhours : "Aujourd’hui encore, j’ai un monsieur qui a appelé uniquement pour m’insulter !" La libraire ne regrette pas pour autant son action mais ne souhaite plus regarder les commentaires sur les réseaux sociaux, parfois très durs. Elle le promet, son action n’avait pas pour but de faire le buzz ou de pointer du doigts les lecteurs d’Éric Zemmour. Elle préfère retenir les messages positifs, bien plus nombreux. "Il y a des gens qui, sans acheter le livre, font des dons à l’association. Ça me fait vraiment plaisir car il faut mettre l’accent sur des associations qui se démènent et avertir sur le sort des réfugiés."

Depuis 2016, La Maison d’Adam a recueilli 12 jeunes migrants. Elle prend en charge tous leurs frais et les accompagne dans leur scolarité et leur recherche d’emploi. Parmi eux, 11 ont trouvé un emploi et 1 poursuit des études. "La présidentielle commence et on va stigmatiser des populations et monter les gens les uns contre les autres", regrette Aurélie Bouhours. À l’aube d’une campagne qui s’annonce mouvementée, elle a choisi de prôner la fraternité. Ce qui semble être moins le cas d’Éric Zemmour.

 

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