Extinction de l'éclairage public et délinquance : doit-on vraiment craindre pour sa sécurité ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Amélie Rigodanzo .

La réduction ou l'extinction de l'éclairage public pour lutter contre l'augmentation du prix de l'électricité se développe dans plusieurs communes, et avec elle, un sentiment d'insécurité. Mais a-t-on raison de redouter une multiplication des agressions, cambriolages et accidents de la route?

Avec la flambée des coûts de l'énergie, de plus en plus de communes sont en quête de sobriété énergétique. Parmi les premières mesures mises en place par les collectivités territoriales pour faire baisser la facture, c'est l'abaissement, la réduction et même l'arrêt de l'éclairage public dans certaines zones ou quartiers qui sont privilégiés.

Ainsi, à Tours, la durée de l'éclairage des bâtiments patrimoniaux est désormais réduite d'une heure, tout comme à Orléans qui, dès le 19 septembre, stoppera l'éclairage de plusieurs bâtiments à 23h au lieu d'1 heure du matin. Beaugency dans le Loiret n'est pas en reste. Désormais, la ville est plongée dans le noir dès 23h dans les quartiers résidentiels et dès minuit dans le centre-ville.

Insécurité réelle versus sentiment d'insécurité

Des mesures qui font ressurgir le prisme de l'insécurité chez les français, craignant de voir augmenter agressions, cambriolages et accidents de la route. Cette peur n'est pas nouvelle puisque l'éclairage public était déjà pointé du doigt pour la "pollution lumineuse" qu'il génère. Plusieurs collectivités appliquent donc déjà la réduction de l'éclairage public depuis plusieurs années pour ne plus perturber le rythme biologique de la faune et de la flore.

Ainsi en 2015, une étude Ipsos révélait que 91 des sondés étaient attachés à l'éclairage public pour sécuriser les déplacements nocturnes, mais aussi pour renforcer les conditions de sécurité le soir et la nuit. Mais selon Thierry Guiguet-D'Oron, Directeur Départemental de la Sécurité Publique du Loiret (DDSP), ce n'est pas l'insécurité, mais " le sentiment d'insécurité qui augmente."

Un sentiment corroboré par les travaux de recherche de Sophie Mosser. Dans "Eclairage et sécurité en ville : l'Etat des savoirs", l'urbaniste explique que " la croyance que l’éclairage et la sécurité vont de pair est aujourd’hui fortement ancrée dans l’opinion publique. L’idée est largement répandue que l’éclairage urbain a un effet potentiel à la fois sur la criminalité effective et sur la peur du crime (sentiment d’insécurité)."

Pour autant, ces craintes ne seraient pas accompagnées de faits puisque le policier précise qu'à sa connaissance, "il n'y a pas d'étude nationale récente qui montrerait une augmentation de la délinquance liée à une extinction des lumières dans certains quartiers." D'après nos recherches, les dernières études, partielles, remontent en effet aux années 1980 et concernent plutôt les pays anglo-saxons.

99% des délits et méfaits nocturnes auraient lieu dans des rues parfaitement éclairées.

En France, les chiffres recensés par les compagnies d'assurance et la gendarmerie tendent même plutôt à démontrer le contraire puisque 99% des délits et méfaits nocturnes auraient lieu dans des rues parfaitement éclairées et 80% des cambriolages auraient lieu le jour. "La majorité des cambriolages est faite quand les gens ne sont pas à leur domicile", confirme Thierry Guiguet-D'Oron qui précise d'ailleurs que s'il n'y a pas d'éclairages, les regroupements sont moins nombreux.

Sur la sécurité routière également,  le Directeur départemental de la sécurité publique a pu se rendre compte que "les gens ont plutôt tendance à rouler moins vite" quand les zones ne sont pas éclairées et que "les accidents sont moins graves." En 2019, 12 000 communes pratiquaient déjà l'extinction de l'éclairage public en pleine nuit sans pour autant constater une augmentation du nombre d'accidents ou de délits routiers.

Des forces de l'ordre gênées dans leurs interventions?

Si rien ne prouve donc pour l'heure qu'obscurité et augmentation de la délinquance soient liées, l'absence d'éclairage pourrait tout de même venir gêner patrouilles et intervention des forces de l'ordre. Sur ce point, Thierry Guiguet-D'Oron concède que "ça peut poser soucis si on arrive dans un endroit où on ne voit pas ce qu'il se passe. On peut avoir des gens cachés, des guets-apens qui seraient éventuellement plus faciles. Mais c'est un cas de figure peu usité", modère le policier, qui affirme que dans les villes où l'éclairage a partiellement été coupé, "les choses se passent plutôt bien."

Le manque de luminosité peut également mettre à l'épreuve les systèmes de vidéoprotection, mais "les caméras ont beaucoup progressé et ont besoin de beaucoup moins de lumière qu'avant pour prendre de bonnes images" affirme le Directeur Départemental de la Sécurité Publique du Loiret. "Peu inquiet" des coupures lumineuses à venir, Thierry Guiguet-D'Oron suggère tout de même que des études soient menées à long terme. "Il faudra voir à l'usage, au bout d'un an, deux ans, s'il y a un sujet d'augmentation de la délinquance", détaille-t-il, sans exclure qu'il faudra alors peut-être "remettre de la lumière" dans certains quartiers.

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