Drogue : face à la "professionnalisation" des trafiquants de stupéfiants, la justice s'organise à Montargis

Le 21 janvier, le procureur de la République de Montargis a annoncé la création d'un Groupe local de traitement de la délinquance contre les trafics de stupéfiants sur ce territoire. Une réponse à des trafiquants pas forcément plus nombreux qu'avant, mais mieux organisés et plus diversifiés.

Les saisies de drogues sont de plus en plus conséquentes et diversifiées dans le Centre-Val de Loire. Photo d'illustration
Les saisies de drogues sont de plus en plus conséquentes et diversifiées dans le Centre-Val de Loire. Photo d'illustration © Dominique Gutekunst / Maxppp

L'affaire du 17 août ressemble à un fait divers comme les autres. Ce lundi-là, dans la matinée, soixante-dix gendarmes de plusieurs régions lancent un vaste coup de filet contre un réseau de trafiquants de drogue. L'enquête a été ouverte depuis plusieurs mois par le parquet de Rouen, mais ses ramifications couvrent une vaste partie de l'ouest de la France, jusque dans le Périgord.

En quelques heures, plusieurs personnes sont arrêtées à Tours et sa banlieue, mais aussi dans un village de l'Indre ainsi que dans l'Eure et et Dordogne. Trois hommes et une femme sont mis en examen. A Poitiers, plus de 65 kilos d'héroïne sont découverts dans le coffre d'une voiture. Huit véhicules, trois armes de poing et 58 000 euros sont également saisis. L'affaire est impressionnante, mais ce genre de saisie tend à devenir de plus en plus fréquente en province, même dans un milieu rural ou péri-urbain, où l'on ne s'attendrait pas forcément à croiser le bras d'un réseau mafieux.

 

Des trafiquants plus organisés, plus prudents, plus "pro"

"On a franchi un pallier", diagnostique Loïc Abrial, procureur de la République de Montargis. Dans le Loiret aussi, les forces de l'ordre ont vu du changement dans les saisies, qu'il s'agisse des 18 kilos d'héroïne découverts dans le quartier de l'Argonne à Orléans en mars 2019 ou du stock de drogues découvert en forêt de Triguères, à une quinzaine de kilomètres de l'agglomération montargoise, le 17 novembre dernier. "Ce n'est pas tant le nombre de faits de trafic qui est alarmant, mais c'est plutôt leur gravité et leur caractère très organisé."

Depuis la diversité des produits jusqu'à l'organisation de la logistique, en passant par le mouvement de main d'oeuvre depuis la région parisienne vers les régions rurales quand le besoin s'en fait sentir, les trafiquants opérant en région Centre-Val de Loire se "professionnalisent". Conséquence directe : les produits comme l'héroïne ou l'ecstasy sont plus présents que jamais jusque dans les campagnes, et les "luttes de territoires" entre trafiquant s'exacerbent, "avec des réglements de compte à l'arme à feu, parfois même en plein jour", poursuit le procureur. Ces logiques, explique-t-il, sont habituellement propres aux départements de la petite couronne parisienne, mais s'exportent désormais en région, vers des petites villes transformées en bases arrières de circuits internationaux.

Un groupe d'action mis sur pied en janvier

En réponse, le parquet a décidé le 21 janvier de mettre sur pied un Groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) sur le territoire de Montargis et de Châlette-sur-Loing. Concrètement, il s'agit de faire converger, à court terme, les efforts de la police, de la gendarmerie, mais aussi des élus locaux et des collectivités, dans le but de mettre un coup d'arrêt au trafic sur le territoire de ces deux communes. Les parties prenantes de ce GLTD vont également devoir se doter des moyens de leurs ambitions, avec des "policiers municipaux et nationaux supplémentaires, forces mobiles, et au renforcement de la réponse pénale en la matière par une utilisation plus systématique des modes de poursuite rapide, et une attention portée à l’exécution sans délai des peines prononcées" selon le parquet.

Ce plan inclut d'une part un "travail de terrain" et des "opérations massives de contrôle" afin de permettre des arrestations en flagrant délit, et d'autre part, sous la direction de la police judiciaire, un travail renouvelé sur le renseignement dans ce secteur, afin d'identifier et de neutraliser les réseaux, tout en multipliant les saisies pour saper l'économie "souterraine" sur laquelle ils s'appuient. Selon des sources judiciaires, d'autres groupements du même type pourraient voir le jour dans la région. En 2018, l'ancien procureur de la République d'Orléans Nicolas Bessone avait également eu recours à cette stratégie dans la cité johannique, avec des résultats généralement positifs.

 

 

 

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