Montargois : La Confrérie des maîtres Chouquetiers cherche un second souffle

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Écrit par Catherine Lacroix
Les chouquettes sont apparues au 16e siècle. Photo d'illustration
Les chouquettes sont apparues au 16e siècle. Photo d'illustration © Richard Villalon / Maxppp

C’est une institution créée il y a 22 ans dans le Montargois, avec pour volonté de valoriser l’image de la boulangerie-pâtisserie. Des professionnels qui depuis appartiennent au paysage local, et dont la notoriété a largement dépassée les frontières de la région.

Une Confrérie de Maîtres Chouquetiers. Ne cherchez pas ailleurs : elle est la seule du genre en France. C’est avec l’emblème de cette pâtisserie soufflée à base de pâte à choux et de sucre perlé, dont on est friand à tout âge, que ses créateurs ont décidé de fonder cette confrérie, capable de mettre en lumière la profession. Pour ceux qui l’ignoreraient, c’est au 16e siècle que Popelini, pâtissier italien attaché à la cour de Catherine de Médicis, perfectionne un dessert à base de pâte à chaud (pâte desséchée sur le feu) et créée par son prédécesseur, un certain Pantanelli et qu’il appelle popelin ou poupelin. Popelini fait également frire ses petits choux… le pet-de-nonne est né.

Il faudra attendre le 18e siècle pour que Jean Avice, pâtissier de Talleyrand, améliore la pâte à chaud, qui devient la pâte à choux. Et c’est l’un de ses apprentis, le futur célébrissime Antonin Carême qui lui donna ses lettres de noblesse.

La confrérie confinée

Dès la confrérie créée, ses membres multiplient les animations, notamment sur les marchés où ils les fabriquent sur place. "On faisait les chouquettes devant les gens, sur les foires, et ça plaisait énormément surtout quand ils y goûtaient" nous raconte Guy Lacueille, le président de la confrérie. S’il en parle au passé c’est que le confinement a tout arrêté. Et aujourd’hui, l’âge venant, la vingtaine de membres et leurs épouses, se demandent quel sera l’avenir. Car ils ne rajeunissent pas. Ils ont de 70 à 85 ans. Et ont impérativement besoin de sang neuf pour faire vivre cette institution.

Un des rôles de la confrérie est aussi de participer aux rassemblements des autres, appelés Chapitres. Bon an, mal an, ce sont de 30 à 40 réunions auxquelles il faut se rendre. "Si on veut avoir du monde à notre chapitre, il faut se rendre chez les autres collègues. C’est ce que nous faisons." L’habit fait partie de la tradition. Chez les Maîtres Chouquetiers d’Amilly, il est marron à brandebourgs jaunes, et complété par un chapeau décoré de perles. Il faut savoir que les confréries sont très vivaces en France. Il en existe un millier selon les décomptes du Conseil des Confréries de France pour ce qui concerne la vigne et la gastronomie. "En région Centre, il y a plus d’une centaine de confréries de produits remarquables, une grande majorité de confréries bachiques ou vineuses, des confréries de produits et des confréries gastronomiques" écrit Edmond-Louis Simoneau, journaliste écrivain du Conseil français des confréries.

Un coup d’œil sur l’histoire des confréries

Leur existence remonterait au temps des romains. Au 12e siècle le roi des Francs reconnaît la toute première, "le Conseil des Echansons" composée de vignerons et de goutteux. Puis Louis IX autorise en 1248 la corporation des rôtisseurs d’oies de la ville de Paris. D’autres suivront. Elles ont un but corporatif pour défendre leur métier et caritatif en venant en aide aux artisans dans le besoin. A noter que d’autres confréries, religieuses ou de pénitents, se créent aussi et que beaucoup d’entre elles existent toujours.

A la révolution française, elles disparaissent, au nom de la liberté d’entreprendre, et ce n’est que bien plus tard après la Deuxième guerre mondiale et face à l’industrie agro-alimentaire que les confréries gastronomiques renaissent pour assurer la sauvegarde du patrimoine gastronomique, un mouvement de fond, qui aujourd’hui encore fait partie des préoccupations de tout un chacun.

Pour créer une confrérie, il faut trouver un parrain, par exemple la Confrérie du pain d’épices de Pithiviers a été parrainée par celle des Maîtres chouquetiers, eux-mêmes parrainés, et ainsi de suite. Puis créer un groupe et les statuts qui permettront de faire fonctionner l’association.

Pour devenir membre de la confrérie, il faut aussi s’approcher d’un parrain, susceptible de vous faire entrer dans le cénacle convoité. L’intronisation se déroule au cours du chapitre, et donne l’occasion d’un spectacle haut en couleurs, faisant référence au Moyen-Age, dans un langage empreint de connotations anciennes, ou les femmes deviennent de gentes dames et les hommes des chevaliers, Escuyers, Compagnons ou autres Officiers de bouche.

Autrement dit, il n’est pas compliqué de s’investir dans une confrérie. Il faut juste en avoir envie et le faire savoir aux membres.

La randonnée des chouquettes

Mise en place trois quatre ans après la création de la confrérie, la randonnée consiste, comme son nom l’indique, en des parcours à pied, à bicyclette ou en VTT, avec des ravitaillements où les chouquettes sont de rigueur ! Interrompue par la pandémie, la manifestation pourrait avoir du mal à renaître. "C’est une grosse organisation, qui peut cumuler jusqu’à 2300 participants sur les chemins, alors on ne sait pas si on va redémarrer" nous confie le président. En effet sa mise en place nécessite une soixantaine de bénévoles. Et le club de tir à l’arc d’Amilly mettait la main à la pâte.

Aujourd’hui à 85 ans Guy Lacueille aspire à une retraite bien méritée de son rôle de président et cherche à transmettre le flambeau. Pas besoin d’être de la profession pour appartenir à cette confrérie. Il faut juste avoir envie de s’essayer aux recettes, en faisant ou dégustant, pour devenir à son tour un Maître Chouquetier.

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