Déjà en partie vide, un Ehpad du Loiret obligé par la justice à ne plus prendre de nouveaux résidents

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Écrit par Thomas Hermans avec Juliette Roché

Suite à deux contrôles, l'ARS et le département ont décidé d'interdire à l'Ehpad de Lorcy d'accueillir de nouveaux résidents, décision confirmée par le tribunal administratif ce mardi 9 août. Les autorités reprochent des dysfonctionnements, et menacent le site de fermeture.

La tentative de l'Ehpad de Lorcy, dans le Loiret, a échoué. Le tribunal administratif d'Orléans a rejeté ce mardi 9 août un référé déposé par le groupe Bridge, propriétaire de l'établissement, souhaitant faire annuler une décision conjointe prise par l'agence régionale de santé (ARS) et le département. La décision en question : il est désormais interdit à l'Ehpad d'accueillir de nouveaux résidents, comme le racontait France Bleu Orléans il y a une semaine.

Car plusieurs familles de résidents de "L'Hostellerie du Château" ont fait remonter aux autorités sanitaires plusieurs signalements ces derniers mois. L'ARS et le département ont alors procédé à deux visites de contrôle au sein de l'Ehpad, en mars et en avril. À la suite desquels des "des défaillances susceptibles de compromettre la santé et la sécurité des résidents" ont été constatées, indiquent ARS et département dans un communiqué ce mercredi 10 août. Défaillances principalement causées par un manque de personnels soignants (infirmiers et médecins).

Médecin à la retraite à la rescousse

"C'est le problème de la ruralité, on n'est pas le seul Ehpad à en souffrir", assure Amina Chbihi, directrice de l'établissement, reconnaissant l'existence -du moins passée- de divers problèmes. Les contrôles ont notamment mis en avant un mauvais circuit du médicament, relevant de la compétence d'infirmier mais trop souvent assuré à Lorcy par des aides-soignants.

Arrivée sur le site en février, Amina Chbibi explique que, depuis, plusieurs solutions au manque de personnels ont été mises en place : de nouvelles infirmières sont arrivées, les protocoles ont été revus, et un médecin à la retraite est venu prendre en charge le suivi médical des résidents. Avant les contrôles, il n'y avait pas de médecin à l'Ehpad de Lorcy...

Mais un médecin à la retraite et quelques embauches ne parviennent pas à masquer "la pénurie de médecins et d'infirmières" à laquelle la région fait face. Pénurie accentuée par la crise sanitaire, dont les personnels "sont ressortis usés, fatigués", raconte la directrice de l'Ehpad.

Vers une fermeture ?

Les autorités avaient laissé à l'Ehpad jusqu'au 28 juillet pour leur présenter les opérations correctrices à tous ces dysfonctionnements. Ces éléments sont actuellement examinés par l'ARS et par le département, aucun des deux ne s'étant fixé de date buttoir. En fonction des réponses apportées par le groupe Bridge, que les autorités rencontreront en septembre, ces dernières hypothétisent "de nouvelles mesures relatives à l’activité de l’Ehpad de Lorcy". Et une potentielle fermeture administrative, si les corrections sont jugées insatisfaisantes.

Seul succès pour l'Ehpad : le tribunal administratif, tout en confortant la décision de l'ARS et du département, les enjoint à réexaminer la possibilité de nouvelles admissions sous un délai d'un mois, soit avant le 9 septembre. 

L'établissement n'accueille déjà que 42 résidents sur les 70 places disponibles. Des résidents, rencontrés il y a six jours par France 3, pourtant satisfaits de leur traitement. L'équipe médicale "se donnait du mal pour que tous les résidents soient bien", témoigne Gabrielle Rion, nièce d'Aline, 91 ans. Sa tante est tombée un jour, et "ils ont vraiment su gérer la situation malgré le manque de personnel", se souvient-elle.

Incompréhension aussi pour le maire du village, Christophe Bauer, qui se dit "bien informé de ce dossier". Pour lui, "les premiers contrôles ont été faits à charge, de façon très violente par rapport à une nouvelle directrice qui venait d'arriver". Familles de résidents et personnels de l'Ehpad ont en tout cas lancé en juillet deux pétitions pour protester contre une -encore hypothétique- fermeture de l'établissement.

Mise à jour le 12 août 2022 à 9h26, avec un communiqué émis par le groupe Bridge :

"Nous prenons acte de ce jugement qui va dans le sens de nos demandes. 

Nous nous satisfaisons de la demande explicite de nouvel examen dans un mois pour permettre l’accueil de nouveaux résidents, ainsi que de la confirmation que plusieurs injonctions n’ont plus lieu d’être grâce au renforcement des équipes et leur travail formidable.

La condamnation de 1 000 euros adressée au Conseil Départemental et à l’ARS sera intégralement redistribué aux salariés de l’Ehpad de Lorcy.

Nous demeurons pleinement confiants dans les autorités pour une pleine prise en compte de l’ensemble des mesures prises, en terme de recrutement et de process, pour pérenniser l’activité de cet établissement."

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