"On reste encore la dernière roue du carrosse ou presque", la santé mentale est-elle vraiment prise au sérieux dans le sport ?

Qu'est-ce qu'un préparateur mental ? Quelles sont les différences avec un psychologue ? Comment la question de la santé mentale a-t-elle évolué dans le sport de haut niveau ? Charles Drouard, préparateur mental, a répondu aux questions de France 3 Centre-Val de Loire.

Outre la préparation physique, technique ou tactique, la préparation mentale prend de plus en plus de place dans le sport de haut niveau. La parole se libère et de plus en plus de joueurs professionnels envisagent de faire appel à des préparateurs mentaux. À l'aube des Jeux Olympiques l'été prochain, France 3 Centre-Val de Loire a posé six questions à Charles Drouard, préparateur mental, intervenant auprès de sportifs de haut niveau. 

  • Qu'est-ce que la préparation mentale ? 

Charles Drouard : J'accompagne les sportifs sur le plan mental côté performance et bien-être. Le psychologue du sport a fait des études de psychologie et peut aller plus en profondeur sur les traumatismes des athlètes qui peut par exemple, intervenir sur la perte d'un parent. Ce sont deux métiers qui se complètent. 

  • Quelle est l'évolution de la perception de la santé mentale depuis quelques années ? 

Le sujet reste toujours tabou. On reste encore la dernière roue du carrosse ou presque. S'il y a un peu d'argent, on va investir dans ce type d'intervention ou alors ce sera fait dans l'urgence. Lorsqu'un club a du mal à performer, on nous appelle en urgence alors que c'est vraiment un travail de long terme comme le préparateur physique.

La préparation mentale est un entraînement.

Charles Drouard, préparateur mental.

En comparaison, on ne travaille pas l'explosivité sur deux semaines ou un mois. La préparation mentale, c'est exactement la même chose. Dans les mœurs françaises, dès que l'on parle un peu de psycho, de mental, c'est que finalement, on est faible ou on a des problèmes, et c'est pour ça que l'on nous appelle en urgence. 

  • Un élément déclencheur ? 

Le confinement a eu un impact sur les sportifs. Ils en parlent aussi de plus en plus sur l'aspect difficile de gérer les performances sur du long terme et être performant le jour J. De plus en plus en de sportifs partagent leur mini-dépression, la gestion de la pression. Auparavant, c'était un petit peu caché, le joueur le gardait pour soi pour ne pas montrer aux yeux du monde que je suis quelqu'un de faible. Par exemple, Laure Manaudou qui disait vouloir ne plus nager, ne plus voir de bassins, ce sont des athlètes comme ça qui ont permis de libérer la parole. 

Ça met du temps. On n'est pas comme aux États-Unis ou dans les pays scandinaves où c'est quelque chose qui est ancré. 

  • Comment passer le pas et décider de se confier à un préparateur mental ? 

Dans un club, l'entraîneur a un poids important là-dessus. Par exemple, chez les panthères de Fleury-les-Aubrais (club du Loiret), l'entraîneur a compris que c'était vraiment très important et que si l'athlète est dans le bien-être, il y aura la performance derrière. Pour moi, l'entraîneur est le premier préparateur mental mais il y a des choses où l'athlète ne va pas oser dire à l'entraîneur par peur de ne pas être convoqué le week-end ou d'être sur le banc. 

Tous les sportifs de haut niveau ont un préparateur mental. Ils ont compris que c'était important.

Charles Drouard, préparateur mental.

J'ai eu cette chance-là à Fleury car l'entraîneur m'a totalement fait confiance et a pris conscience de l'importance de la santé mentale sur les performances. L'entraîneur ne peut pas être sur tous les fronts. Je peux faire des interventions sous forme de conférences avec les clubs, les étudiants et être plutôt dans la sensibilisation. 

  • Y a-t-il une approche différente selon les sports ? 

J'ai une palette, une caisse à outils. Avec la visualisation, la méditation, l'ancrage, la respiration... C'est l'athlète qui va choisir l'outil qui lui convient le mieux. Je ne lui impose pas d'outils, si c'est lui qui décide, c'est lui qui est à l'initiative du projet. 

  • La préparation mentale est-elle adaptable à tous les âges ? 

Oui, il faut juste adapter le discours et la pratique. Par exemple, pour des enfants de dix ans, ce sont des choses simples avec de la respiration, des choses basiques. Pour un jeune de 11 ans, on a travaillé en fonction de sa pratique et de son évolution. C'était une demande faite par ses parents. 

Il y a le sportif au centre du projet et ensuite c'est tout un système. Il va y avoir de la préparation physique, mentale, de la nutrition, le sommeil... Il y a des choses que l'on a tendance à oublier. 

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