Témoignage. Sport : la santé mentale est-elle devenue un sujet de préoccupation majeure pour les sportifs de haut niveau ?

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Publié le Écrit par Camille Verkest

Les paroles se libèrent et la santé mentale est devenue un sujet de société pour les Français. Dans le sport professionnel, le sujet semble de moins en moins tabou et de plus en plus de joueurs ont recours à des préparateurs mentaux.

Le covid a laissé des traces chez tout le monde et la santé mentale est réellement devenue un sujet de société. Depuis, la parole se libère et de plus en plus de personnalités prennent la parole. Notamment de grands sportifs comme Camille Lacourt et Teddy Riner. Florian Thauvin, né dans le Loiret, s'était aussi confié dans une émouvante interview avec nos confrères de Canal + sur le sujet. 

Les paroles se libèrent mais que pensent les joueurs de ce sujet ? Nous avons décidé de poser la question à trois basketteurs. Thomas Cornely, 32 ans, né à Chécy dans le Loiret, ancien joueur de l’ADA Blois, qui évolue désormais à Gravelines Dunkerque dans le nord de la France. Timothé Vergiat, 25 ans, né à Roanne, parti très tôt du domicile familial pour aller à l’INSEP, arrière/meneur de l’ADA Blois. Et Armel Traoré, 21 ans, ailier de l'ADA et grand espoir du basket français avec la draft NBA 2024 pour objectif. 

Tabou ?

D’emblée, lorsque la question de la santé mentale est abordée, un sentiment revient très vite. Un "tabou" mais qui "commence à "être mis sur la table", indique Timothé Vergiat. "C'est devenu un élément essentiel dans la performance", poursuit-il. "C'est beaucoup plus ouvert, je trouve que c'est bien", ajoute son coéquipier à l'ADA Blois, Armel Traoré. 

"Le psy, c'est tabou, le mot fait plus peur que prépa mentale. Il y a 10-12 ans, quand on parlait d'un psy, c'est que t'avais un problème. Un préparateur mental, c'est beaucoup plus axé sur l'accompagnement, les doutes que l'on peut avoir, les hauts, les bas", avance Thomas Cornely. Pour lui, la préparation mentale devrait être prise autant au sérieux que la préparation physique par exemple, surtout dans les centres de préformation pour les jeunes qui "doivent être préparés au contexte du monde professionnel".

Je n'aime pas me livrer mais je sais que c'est important.

Timothé Vergiat, arrière de l'ADA Blois

Timothé Vergiat et Armel Traoré, arrivés jeunes à l'INSEP, n'ont pas noté de changements majeurs concernant la santé mentale dans leurs formations. "J'ai dû avoir 4 ou 5 séances à l'INSEP", tente de se remémorer l'arrière de l'ADA Blois. Lui qui n'a, pour l'instant, pas encore passé le pas de consulter un préparateur mental mais avoue "y réfléchir".

Une démarche individuelle 

Son partenaire Armel Traoré a lui franchi le cap depuis la fin de son parcours à l'INSEP en 2021. Depuis, il est accompagné de plusieurs personnes, un kiné, un cuisinier (depuis cette saison) et d'une sophrologue. "Ça se passe très bien, j'ai beaucoup évolué en tant que joueur sur le terrain et en dehors", assure-t-il. Pour lui, l'appel à un préparateur mental doit rester une démarche individuelle, "il ne faut pas que les gens te forcent, sinon tu ne voudras pas le faire".  

L'accompagnement a permis d'aider l'ailier dans des périodes difficiles dans sa carrière. Notamment lorsqu'il est arrivé à Monaco en 2021 pour sa première année professionnelle. Voulu par l'entraîneur Zvesdan Mitrovic, alors entraîneur de Monaco, l'aventure d'Armel Traoré en principauté avait tourné court quand celui-ci avait quitté le club en début de saison. Bénéficiant de quelques minutes en championnat et en coupe d'Europe, Armel Traoré avait été relégué sur le banc et même envoyé avec les Espoirs. "C'était compliqué, c'était ma première année, j'avais 18 ans et sortais de l'INSEP [...] C'est une épreuve de la vie, ça m'a rendu plus fort", positive le jeune espoir français.

L'importance de l'entourage 

Outre la présence de préparateurs mentaux, les trois joueurs échangent évidemment beaucoup avec leur entourage. Des échanges suffisants pour Timothé Vergiat et Thomas Cornely. "Je n'en ai pas ressenti le besoin, je suis bien accompagné et épaulé. J'ai pas mal de retours en familles même si je sais que c'est bien de différencier les deux choses", nuance le natif du Loiret. Lui qui a vu la salle de son club de Gravelines-Dunkerque partir en fumée le 25 décembre dernier et qui avait connu des débuts sportifs très compliqués. "Je n'étais pas bien quand je rentrais chez moi, je ne me sentais pas à l'aise. Ça joue sur toi et c'était le seul endroit que je connaissais à Gravelines (sa maison). Ça ne se passait vraiment pas très bien, en plus des résultats, c'était dur".

Pour ces sportifs de haut niveau, la variable d'ajustement de leur bien-être mental, c'est bien évidemment les résultats. "Ça change tout", assure Timothé Vergiat. En fin d'année 2023, l'ADA Blois avait connu une période de huit défaites consécutives."Je n'avais jamais perdu autant de matchs d'affilée dans ma carrière, ça fait grandir", ajoute Armel Traoré.

Les réseaux sociaux 

Le sujet de la santé mentale est venu sur la table après les confinements et la pandémie de Covid en 2020. Pour Timothé Vergiat, ces prises de paroles ont libéré celles des autres. "À partir de là, les gens ont pu se reconnaître dans ces paroles. Je me rappelle d'Osaka et de plusieurs joueurs de NBA". Armel Traoré met en lumière un autre point : "Sans les réseaux sociaux, ça n'aurait pas été autant divulgué au grand public de prendre soin de sa santé mentale".  

Certains grands athlètes inspirent d'ailleurs les deux joueurs. Pour Timothé Vergiat, c'est "Rafael Nadal et Olivier Giroud, je trouve leurs forces mentales folles, c'est très fort". Armel Traoré "admire la mentalité de Lebron James. Ça fait 20 ans qu'il domine la NBA, ce n'est pas rien". Il ajoute aussi celle de Cédric Doumbé (MMA). 

Victor Wembanyama et Mike James en exemple ? 

Certains anciens coéquipiers ont aussi marqué Armel Traoré. Parmi eux, on retrouve Victor Wembanyama. "Il avait beaucoup de poids sur ses épaules, mais il était bien entouré. Il avait déjà tout un "staff" autour de lui. Et ça se voit, puisque maintenant, il fait des cartons en NBA !". Mais aussi Mike James. "C'est un vrai professionnel, il arrive tout le temps en avance à la salle. Il a encore des vraies jambes, c'est le meilleur joueur d'Euroligue, de la ligue française"

Les trois joueurs se battront pour la survie de leurs clubs en Betclic Elite pour la suite de la saison. Ensuite, des échéances importantes viendront, notamment pour Armel Traoré, avec la draft NBA le jeudi 27 juin 2024. Pour Timothé Vergiat, c'est objectif JO de Paris 2024 et la sélection en équipe de France de basket 3-3, à partir du 30 juillet.

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