Orléans : "Birds of Prey", un stream caritatif contre les violences faites aux femmes

Le Centre régional information jeunesse (Crij) organise samedi 21 novembre une diffusion en direct sur sa chaîne Twitch. L'objectif : récolter des dons en faveur du Planning Familial du Loiret et contre les violences faites aux femmes, mais aussi sensibiliser aux pratiques de cyber-harcèlement.

Le stream Birds of Prey aura lieu pendant 24 heures du samedi 21 novembre à 11h au dimanche 22 novembre.
Le stream Birds of Prey aura lieu pendant 24 heures du samedi 21 novembre à 11h au dimanche 22 novembre. © Crij Orléans / Agence Beyond
Depuis les premières éditions du ZEvent, qui a récolté 5,7 millions d'euros au profit d'Amnesty International entre le 16 et le 18 octobre 2020, le modèle du stream caritatif de jeu vidéo sur la plateforme Twitch a prouvé sa capacité à retenir l'attention des internautes au bénéfice de causes importantes. Les 21 et 22 novembre prochain, c'est au tour du Centre régional information jeunesse (Crij) d'Orléans de s'essayer à l'exercice, avec un programme ambitieux.

Samedi 21 novembre, à partir de 11h et pendant 24 heures, 25 vidéastes vont se succéder afin de récolter des fonds au profit du Planning familial du Loiret pour la lutte contre les violences faites aux femmes. L'opération est d'ailleurs marrainée par la comédienne de doublage Dorothée Pousséo et l'influenceuse Julie Bullier, plus connue sous le pseudo @lafillequiadestaches.
   

Une récolte de fonds pour les droits des femmes

Pour Jonathan Rouffort, organisateur de l'événement, ce stream caritatif entre parfaitement dans la mission de service public du Crij. "Notre rôle c'est d'informer les jeunes sur les métiers, les formations, mais aussi les problématiques de santé ou la sexualité", explique-t-il. "Pour sensibiliser aux violences faites aux femmes, on a réfléchi à un mode de diffusion qui s'adresse à notre public, et Twitch semblait être la meilleure solution."

En effet, l'année 2020 a été marquée par une recrudescence des signalements pour violences conjugales, qui s'explique par différents facteurs, notamment  l'impossibilité pour les victimes de quitter leur domicile à cause du confinement, mais aussi une meilleure mobilisation des proches, du voisinage et des forces de l'ordre. A titre d'exemple, dans les semaines qui ont suivi le reconfinement, les services de police du Loiret ont ainsi dû intervenir trois fois en une nuit à travers le département pour mettre fin à des violences conjugales. Quelques jours plus tard, en Touraine, un homme a également été placé en garde à vue après la mort de sa compagne.
 
De fait, le pari du Crij semble en passe d'être gagné, puisqu'outre des streameurs régionaux comme l'Orléanais Thomas "Manofilert" Bonnet, la chaîne Twitch du Crij Centre-Val de Loire accueillera aussi des vidéastes très suivies comme Kao (43 000 abonnés sur Twitch), ou encore Willokhlass (plus de 200 000 abonnés). L'artiste Pikanoa, dont France 3 vous parlait ici, sera elle aussi de la partie et réalisera pendant la durée du stream une oeuvre vendue aux enchères. Les associations militantes Stream'Her et Afrogameuses ont-elle aussi annoncé leur participation.

Au programme, plusieurs des jeux les plus en vue du moment, comme Among Us, sorte de Loup-garou de Thiercelieux dans l'espace, le jeu d'horreur Phasmaphobia, le poétique Gris ou encore le tout récent Marvel's Spider-Man : Miles Morales sorti sur la nouvelle PS5. Diverses animations et échanges entre les vidéastes et les internautes sont également prévus tout au long de la diffusion.
 

Contre la gangrène du harcèlement en ligne

Outre la récolte de fonds, l'enjeu est aussi de combattre le sexisme et le cyberharcèlement, des phénomènes encore très présents sur la plateforme et les réseaux sociaux. "C'est plus compliqué d'être une femme sur Twitch", analyse la vidéaste belge Chloé, fondatrice de Stream'Her. "Il n'y a pas une grande mise en avant par la plateforme", ajoute-t-elle, et les femmes qui se lancent évoluent dans un environnement où "les streameuses se prennent des remarques sur leur physiques, et nos compétences sont systématiquement remises en cause, surtout lorsqu'il s'agit de jeu vidéo". Une pollution constante qui vise spécifiquement les femmes, mais aussi les personnes racisées ou LGBT.
 
"Je pense que 100% des filles sur Twitch sont confrontées à un moment ou à un autre à des remarques sur leur physique, voire des insultes", estime Priscille Dhesse, alias @prisme_ad. "C'est tous les jours" confirme Louna, alias Willokhlass, suivie par 200 000 personnes. "Tous les jours, que ce soit sur Twitch, Twitter, tous les réseaux." Drague lourde qui tourne au harcèlement, insultes, presque chaque streameuse a au moins une histoire à raconter.

"En plus c'est du direct", ajoute Chloé, "c'est toujours une tentation pour des trolls de faire de la provocation, pour voir comment on réagit à chaud". Au mois de juillet, le cyberharcèlement avait également été dénoncé par la streameuse Manonolita, ciblée par des menaces de mort, de viol collectif et d'insultes homophobes.
 

De fait, les mondes du jeu vidéo et du streaming, encore très structurés par une vision biaisée de la masculinité, restent un terreau fertile pour les harceleurs en tout genre. Un imaginaire dans lequel s'est cristallisé l'idée de "l'e-girl", selon laquelle une femme qui produit du contenu sur les jeux vidéo est d'office considérée comme un imposteur par les "vrais gamers". Selon eux, "les femmes feraient ça uniquement pour attirer l'attention des hommes", ironise Willokhlass. "Comme si on avait que ça à foutre !"

Au mois d'octobre, le magazine spécialisé JV a ainsi publié une vaste enquête sous le titre "Harcèlement, racisme, homophobie : Twitch est-il toxique ?", s'interrogeant sur les pratiques de cyber-harcèlement envers les femmes, mais aussi de racisme ou d'homophobie contre lesquelles la plateforme peine à se mobiliser efficacement.

La diffusion débutera samedi 21 novembre à 11h sur la chaîne du Crij que vous retrouverez ici.
 
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