Saints de glace : journées à risque pour le gel ou légende centenaire mal comprise ?

Tradition moyenâgeuse, les 11, 12 et 13 mai sont considérées comme une période charnière, aussi célèbre que redoutée par les jardiniers. Pourtant, les données actuelles donnent plutôt tord aux dictons. Faut-il toujours craindre les Saints de glace ?

Vous trouverez pléthore d'orthographes dans vos recherches : Saints de glaces, Saintes glaces, cinq de glaces, essaim de glace, sang de glace et même seins de glaces... ne vous y trompez plus, nous parlons bien ici des Saints de glace, ces trois jours du calendrier tant redoutés par les jardiniers.

De quoi parle-t-on ?

Les fameux Saints de glace font référence à une série de trois saints catholiques fêtés au mois de mai : Saint Mamert (11 mai), Saint Pancrace (12 mai) et Saint Servais (13 mai). Après le concile Vatican II en 1969, ils ont été respectivement remplacés dans nos calendriers modernes par les saint.e.s Estelle, Achille et Rolande. 

Depuis le Moyen-Âge, dans la culture populaire, on trouve de nombreux proverbes intimant la prudence aux jardiniers et maraîchers et mettant en garde contre de possibles épisodes de froid tardifs.

  • "Avant Saint-Servais, point d'été ; après Saint-Servais, plus de gelée."
  • "Attention, le premier des saints de glace, souvent tu en gardes la trace."

On associe souvent d'autres saints à ces trois Saints de glace principaux : Saint Yves (19 mai) et Saint Urbain (25 mai). Dates auxquelles il ne serait pas exclu qu'il gèle de nouveau sur les jeunes pousses de vos jardins.

  • "Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint-Urbain les tient tous dans sa main."

Il est d'usage d'attendre ces dates fatidiques avant de planter ses tomates et de faire son jardin. Une grande partie des jardiniers amateurs et des maraîchers vous le diront : avant les Saints de glace, la prudence est de mise !

Cette tradition est-elle dépassée ?

Lorsque l'on regarde les températures de ce cru 2024, il est raisonnable de s'interroger sur le bien-fondé de la tradition : avec une moyenne de 19° à 20°C dans la région Centre-Val de Loire, le gel est bien loin des préoccupations de celles et ceux qui doivent planter tomates, salades, haricots et pivoines.

À y regarder de plus près, les années précédentes n'ont pas non plus apporté de gel sur ces fameux Saints de glace. D'après Météo France, depuis 20 ans, il n'y a eu qu'une seule année durant laquelle les Saints de glace ont fait honneur à leur réputation : en 2010, le thermostat avait chuté sous la barre du 0°C dans quelques régions de France le 12 mai et quelques jours plus tard. Sur l'ensemble du XXe siècle, il n'aurait gelé que 13 fois en France, au mois de mai. L'événement du gel mi-mai est donc possible, mais clairement pas systématique.

Y a-t-il des explications scientifiques ?

Au Moyen-Âge, une première explication pour ces vagues de froid printanières voulait qu'à cette période de l'année l'orbite de la Terre traverse une zone de l'espace chargée de poussières. Ainsi ces sortes de nuages de poussières célestes bloqueraient en partie le passage des rayons du soleil et feraient baisser le mercure.

Selon Alain Miffre, de l'Institut Lumière Matière, "cette hypothèse s'est vite révélée erronée puisqu'aucun satellite n'a observé ce type de poussières pendant les Saints de glace". Pour l'enseignant-chercheur en physique, l'origine de la tradition des Saints de glace ne serait pas à chercher du côté de l'astrophysique mais plutôt du côté climatique.

Le printemps est une période soumise à des changements de temps marqués et les températures oscillent plutôt rapidement. Le physicien de l'université Claude Bernard à Lyon explique ainsi qu'à nos latitudes moyennes de l'hémisphère nord, la circulation des masses d'air froid qui caractérise nos hivers "s'achève lorsque les conditions anticycloniques estivales prennent le dessus".

"Si la présence d’un anticyclone permet de dégager le ciel, elle s’accompagne d’une perte de chaleur encore importante, surtout la nuit, et il peut donc geler même si les températures journalières ont globalement tendance à augmenter pour atteindre la période estivale. Ceci est décrit par le phénomène climatique appelé North Atlantic Oscillation."

Alain Miffre, chercheur en physique

Science pour tous, Université Claude Bernard Lyon 1

Il se trouve que les Saints de glace tombent pile poil au moment où les dernières descentes d'air froid polaire arrivent jusqu'à nous. S'il n'est pas dit qu'il gèlera à la Saint Mamert, Pancrace ou Servais, on estime qu'il s'agit des dernières dates à laquelle l'événement pourrait se produire.

Comme les jeunes pousses de printemps sont fragiles, les amoureux de la terre redoublent d'attention à cette période où un épisode de gel (même hypothétique) leur donne des sueurs froides. Loin d'être une science exacte, les Saints de glace sont avant tout un repère temporel pour les jardiniers qui estiment généralement qu'ils peuvent souffler passé cette date.

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