Stratégie politique : on vous explique pourquoi les membres du gouvernement défilent en Centre-Val de Loire

16 ministres et secrétaires d'Etat sont venus dans la région depuis le remaniement du juillet dernier, soit plus d'un tiers du nouveau gouvernement de Jean Castex, sans compter une visite d'Emmanuel Macron à Chambord. Une stratégie de l'Elysée dans le cadre de ses relations avec les collectivités ?

La ministre des Transports Elisabeth Borne, le président Emmanuel Macron et le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer à Chambord le 22 juillet 2020.
La ministre des Transports Elisabeth Borne, le président Emmanuel Macron et le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer à Chambord le 22 juillet 2020. © Ludovic Marin/AFP
Jean-Michel Blanquer, Barbara Pompili, Gérald Darmanin, Elisabeth Borne, Eric Dupont-Moretti, Bruno Le Maire, le Premier ministre Jean Castex... Les grands noms du gouvernement se sont déplacés en masse dans le Centre-Val de Loire depuis le remaniement le 6 juillet dernier. En tout, 16 ministres et secrétaires d'Etat y ont organisé une visite officielle, sans compter la visite surprise d'Emmanuel Macron à Chambord le 22 juillet.

Des voyages officiels qui font la part belle au Loiret : le département concentre 10 de ces visites, soit une par semaine en moyenne depuis début juillet. Du jamais vu.Pour la professeure Virginie Martin, politologue à la Kedge Business School, "le Centre-Val de Loire permet de jouer la province à une heure de Paris" dans la stratégie "territoire" de l'exécutif. Mais c'est aussi "un territoire qui soulève - comme d'autres - de nombreuses questions" note la politologue : "les transports, le tout voiture, les centres-villes gentrifiés comme Orléans, les enjeux agricoles..."
 

La nouvelle vitrine de la relance économique


Car le Loiret concilie urbain et grands espaces cultivés. Et le gouvernement veut montrer qu'il chouchoute les agriculteurs. Ce n'est pas un hasard si le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie s'est déplacé dans un lycée agricole d'Amilly (Loiret) le 2 septembre dernier. Le lendemain était annoncé le très attendu plan de relance du gouvernement, dont 1,2 milliard sera consacré au volet agricole.

Autre annonce qui a attendu le giron du Centre-Val de Loire : c'est dans le Sancerrois (Cher), que le Premier ministre Jean Castex a dévoilé le 5 août un coup de pouce de 80 millions d'euros promis aux viticulteurs. Relance économique toujours, le garde des Sceaux Eric Dupont-Moretti a choisi Orléans le 10 septembre pour lancer une mission visant à aider les entrepreneurs et les agriculteurs à mieux utiliser les mesures de soutien de la justice en cas de difficultés. Enfin, pour soutenir l'industrie du luxe, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire est venu inaugurer un hôtel 5 étoiles à Cheverny dans le Loir-et-Cher ce 15 septembre.

Selon Virginie Martin, ces visites répétées dans une campagne proche de Paris relèvent d'une stratégie présidentielle pour s'adresser à la France hors des villes. "Les "territoires" ne sont pas bien connus de ce président qui n'a pas d'assise électorale, pas de "fief", comme on le disait de Jacques Chirac, de Valéry Giscard-d'Estaing ou de François Hollande", note la politologue.
 

"Se débrouiller toutes seules" : la perspective des régions de France ?


Depuis le début de l'année, le gouvernement se cherche une légitimité plus large, et laisse planer ses envies de "décentralisation". Le projet de loi "3D" (décentralisation, différenciation, déconcentration), conduit par la ministre de la Cohésion des Territoires Jacqueline Gourault, prévoit par exemple de donner plus de libertés aux élus locaux. Et, plus généralement, Emmanuel Macron souhaiterait clarifier les relations entre Etat et collectivités. Une décentralisation qui n'en a que le nom, à en croire Virginie Martin :

Sa conception des territoires [...] n'a pas grand chose à voir avec l'idée que l'on se fait de la décentralisation. Il s'agit plutôt de rendre autonomes les régions et les départements.

Virginie Martin

Pour elle, il s'agit d'une "vision libérale des territoires" : "C'est comme l'autonomie des universités. Ça ne veut pas dire qu'on va doter tous les amphithéâtres de climatisation, ça veut dire que les universités vont devoir se débrouiller toutes seules."

Une stratégie que le gouvernement vient vendre, tout en comblant "l'énorme déficit d'implantation, d'image et d'horizontalité au niveau local" d'Emmanuel Macron en organisant des visites dans des territoires ruraux. Le Centre-Val de Loire est donc une région stratégique pour un gouvernement qui se cherche un nouvel élan. 
 
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