Urgence climatique : dans "Une fois que tu sais", l'effondrement à hauteur d'homme

Diffusé en avant-première à Orléans fin août, le documentaire "Une fois que tu sais" sort au cinéma ce 22 septembre. Les spectateurs y suivront le cheminement d'Emmanuel Cappellin, qui nous entraîne dans une douloureuse prise de conscience... et un appel à l'action.

"Les courbes nous narguent. Elles disent que nous n’avons rien fait, si ce n’est de graver le réchauffement dans la terre, l’océan, les glaces." Depuis la campagne verdoyante jusqu'aux mines de charbon en passant par les océans sillonnés de cargos titanesques et la côte bangladaise en train de disparaître sous les eaux, le premier documentaire d'Emmanuel Cappellin tient ses spectateurs par la main et par la voix. Par l'image aussi, chaque plan ou presque étant rempli à ras bord d'une sorte de poésie mêlée de nostalgie, comme lorsqu'on regarde pour la dernière fois une photo de vacances.

On suit le jeune réalisateur au cours d'une prise de conscience et d'un appel à l'action qui guide tout le film comme un refrain : "une fois qu'on sait... qu'est-ce qu'on fait ?" La question n'est pas nouvelle : on "sait" depuis longtemps. Suivant le rapport Meadows, publié en 1972, et qui, déjà, prédisait une fin inévitable à la croissance infinie promise par le capitalisme, ainsi que les études menées depuis, Une fois que tu sais suit les différentes étapes de la prise de conscience de son auteur-narrateur. Ses pas croisent ceux de l'ingénieur et conférencier Jean-Marc Jancovici, de l'auteur collapsologue Pablo Servigne, du journaliste américain Richard Heinberg ou encore de la chercheuse en résilience Susanne Moser.

Un travail de longue haleine

Ce travail a commencé en 2012 et a duré huit ans, s'enrichissant au fur et à mesure des nouvelles connaissances et de l'évolution intime de son réalisateur, proche du mouvement Extinction Rebellion et de l'auteur collapsologue Pablo Servigne, auteur de Comment tout peut s'effondrer. S'enrichissant aussi de l'actualité et de l'éveil progressif de l'opinion publique à l'urgence climatique.

"C'est un film que j'ai fait pour les gens d'aujourd'hui", explique Emmanuel Cappelin. "Pour cette génération qui, de manière consciente ou inconsciente, est en train de vivre ce malaise, cette énorme brèche dans l'édifice moderniste qui dit que l'homme est maître de son destin, et que cette émancipation par la technique et la science est partout, pour tout le monde, et sans fin." Or, cette vision d'une humanité triomphant de la nature n'était peut-être qu'une parenthèse.

"Il n'est pas trop tard pour tous ceux qui sont encore là"

En effet, la génération d'Emmanuel Cappellin, née à la toute fin du 20e siècle, aura peut-être été la dernière à pouvoir profiter des avancées de ce vaste projet humaniste. "Pour l'instant, il y a une sorte de schizophrénie, on essaie de ménager la chèvre et le chou à travers le développement durable", mais également "une très dure lucidité : à un moment il faudra choisir entre le beurre et l'argent du beurre, soit brûler vite et fort, ou alors durer plus longtemps en tant que civilisation, mais au prix de remises en question très profondes."

Mais au-delà de l'immense gâchis et de la profondeur du constat, le film renoue aussi avec l'espoir dans sa deuxième moitié, et même avec un irréductible optimisme. On y suit les représentants du Bangladesh et d'autres pays subissant de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique sans y avoir participé, et qui négocient d'arrache-pied pour obtenir une compensation lors de la COP 21 pour leur préjudice. On y voit aussi les efforts de petits villages, en France, qui s'essaient à la démocratie directe et tentent de prendre dès aujourd'hui le pli de la solidarité pour se préparer à cet effondrement dont les signes ont été égrenés dans la première partie. 

"Je me sens souvent en décalage avec beaucoup d'autres gens, qui agissent pour éviter la catastrophe", poursuit Emmanuel Cappellin. Lui prefère consacrer son temps et son énergie à s'y préparer, comme si on était "dans une grande répétition générale avant la tempête". "Je crois au fait de développer des réflexes de solidarité en temps de paix pour pouvoir s'en souvenir en temps de troubles. Et cela s'apprend de mille manières."

Mais malgré le cataclysme prophétisé, le réalisateur refuse de dire qu'il est trop tard. "Trop tard pour quoi ? Chaque jour il est trop tard pour une espèce qui disparaît, trop tard pour un migrant qui coule. Mais il n'est pas trop tard pourles autres, qui sont encore là. Il est trop tard pour le 1,5°C, oui il est trop tard pour se limiter à 2°C. Mais tout le temps où l'on est vivants, sur Terre, il n'est pas trop tard pour apprendre à vivre et à transformer nos territoires. La question du 'trop tard' n'a aucun sens"

 

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