Violences scolaires : au-delà des chiffres, il faut des actions pour la directrice d'un collège d'Orléans

Image d'illustration. / © PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP
Image d'illustration. / © PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP

Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé qu'il allait publier les chiffres de la violence scolaire département par département. Une principale d'un collège à Orléans émet quelques doutes.

Par Victor Lengronne

Après les annonces au Parisien du ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, qui veut rendre public les chiffres de la violence scolaire département par département, Julien Guiet, qui s'occupe de la communication du rectorat de l'Académie Orléans-Tours et l'académie, se tiennent prêt. Ils attendent les directives du ministère. La balle est pour l'instant dans le camp de Blanquer et de son équipe. 
Les mesures annoncées par le ministre font notamment suite au décès de Kewi Yikilmaz, 15 ans, poignardé mortellement le 4 octobre, lors d'un cours d'EPS aux Lilas (Seine Saint-Denis). Dans la région, mardi 8 octobre, le proviseur-adjoint du collège-lycée Edouard-Vaillant à Vierzon (Loiret) a été agressé par un élève, également en cours de sport. "Toute transparence est bienvenue", dit-on du côté du rectorat, en référence à la mise en ligne prochaine des statistiques de violence scolaire.
 
 

Injecter des moyens supplémentaires

Chantal Dorion est plus mesurée. La principale du collège Etienne-Dolet, à Orléans, depuis six ans, approuve les annonces de Blanquer, à condition de mener des actions concrètes ensuite. "Dans les départements où les faits de violence sont très élevés, il est indispensable d'injecter des moyens supplémentaires. Sinon, ce serait encore une étude statistique de plus..." 

Pour elle, la situation ne doit pas vriller vers un recensement établissement par établissement. "Je n'en vois pas l'intérêt... Surtout, il y aurait un risque que les chefs d'établissement ne fassent plus remonter les faits de violence pour ne pas donner une mauvaise image de leur établissement."

 

"A Orléans, il n'y a pas le même niveau de violence qu'en région parisienne"

Elle remet également en cause l'appréciation même d'un fait de violence. "C'est subjectif. Deux personnes peuvent juger différemment la gravité d'un acte. Et décider ou non d'en référer à la hiérarchie (rectorat, ministère)." Le cas peut également se régler en interne, par une sanction ou pire, un renvoi de l'établissement.

Quant à l'évaluation du climat scolaire d'un collège ou lycée - une autre annonce de Blanquer - celle qui est chef d'établissement depuis une vingtaine d'années n'est pas surprise. "On le fait déjà dans le Loiret. A la fin de l'année, dans mon collège, un bilan avec les sanctions et les mesures prises est fait. Ce n'est pas une nouveauté."
 

En 20 ans, Chantal Dorion n'a jamais eu à remonter des faits graves de violences scolaires dans les établissements qu'elle a dirigés. Là encore, elle nuance. "On est à Orléans, il n'y a pas le même niveau de violence qu'aux Lilas ou en région parisienne... Mais des faits isolés peuvent se produire..." Comme celui de Vierzon la semaine dernière. 

 

Comment remonter un fait de violence scolaire ?

Tout part du fait de violence dans un collège ou un lycée. "On a un logiciel (C établissement) où nous renseignons l'acte et où l'on évalue la gravité des faits", explique Chantal Dorion, principale du collège Etienne-Dolet.

Ensuite, selon la gravité, la direction académique via le rectorat peut s'en saisir. Par exemple dans le Loiret, le responsable académique Philippe Ballé va se rendre sur place pour soutenir la personne agressée. Une cellule d'accompagnement psychologique peut être mise en place. 

En fonction de l'ampleur, le recteur ou la rectrice - en Centre-Val de Loire, il s'agit de Katia Béguin - peut également se déplacer et témoigner de son soutien. "Tout fait de violence, médiatisé ou pas, doit être condamné", affirme Julien Guiet, du rectorat de l'Académie Orléans-Tours. Dans le cas où un professeur ou un proviseur est agressé, la démarche est similaire. "On fait tout pour que le personnel ne soit pas en détresse", poursuit-il.

Le fait, enfin, va être remonté au ministère par le rectorat. En interne, une procédure disciplinaire envers la personne mise en cause peut être envisagée. 

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