Attribution de la DSP aérienne : pour Air Corsica, « c’est un soulagement, mais le modèle doit nécessairement évoluer »

Au lendemain de l’attribution du dernier volet de la Délégation de service public aérienne par l’Assemblée de Corse, les représentants du groupement Air Corsica-Air France, délégataire sur toutes les lignes, se sont dits « soulagés ». La compagnie insulaire reconnaît néanmoins que « le modèle doit évoluer ». Une remarque également formulée par plusieurs conseillers territoriaux.

Depuis l’attribution par l’Assemblée de Corse des lots de la desserte avec Paris au groupement Air Corsica-Air France, « c’est le soulagement ». 

Votée à l’unanimité, cette DSP - qui couvre la période 2024-2027 - écarte pour quatre ans le concurrent espagnol « low-cost » Volotea.

« Cette candidature a été vécue comme un véritable coup de tonnerre. Mais elle a également permis de montrer l’attachement des Corses à ce système de liaison. Cependant, ce modèle doit nécessairement évoluer » explique Marie-Hélène Casanova-Servas, présidente du conseil de surveillance d’Air Corsica lors d'une conférence de presse organisée, ce vendredi 1er mars, à Ajaccio. Une suggestion également formulée par plusieurs conseillers territoriaux, jeudi dans l'hémicycle. Ils demandent des discussions et une réflexion sur ce sujet, tout en pointant les difficultés liées au financement total de cette DSP.

Inquiétudes autour de la dotation de continuité territoriale

Car, comme pour les deux années précédentes, l’enveloppe annuelle de dotation de continuité territoriale (DCT) ne sera pas suffisante pour couvrir l’ensemble des compensations financières demandées par les compagnies délégataires. 

Ces compensations s’élèvent à 121.5 millions d’euros pour l’aérien et 106 millions pour le maritime. Des sommes auxquelles s’ajoutent les frais de fonctionnement de l’office de transport de la Corse (OTC), environ 5 millions d’euros. Or, l’enveloppe allouée par l’État, gelée depuis 2009, est de 187 millions d’euros par an, aérien et maritime confondus. 

Ainsi, ce sont plus de 45 millions d’euros manquent. « Cela nous inquiète, mais en même temps nous nous sommes engagés dans cette DSP, indique Pierre Muracciole, le nouveau président du directoire d’Air Corsica. À ce stade, ce que dit l’OTC, c’est qu’il reste un reliquat de l’exercice précédent et qu’il a le ferme espoir d’un complément. » Un complément accordé par l’État en 2022 à hauteur de 33 millions d’euros et de 40 millions d’euros en 2023. 

Une nouvelle organisation pour « être plus compétitif »

Complément ou pas, Pierre Muracciole estime qu’« actuellement la tendance est à la réduction des fonds publics ». « Il faut s’y préparer et réfléchir à une organisation pour être moins consommateur de fonds publics. Il faut qu’on s’adapte. »

Parmi ces réflexions, le président du directoire d’Air Corsica évoque, notamment « la nécessité de réduire les frais de structure ». « L’entreprise a 35 ans, poursuit-il, et cela laisse entrevoir le remplacement ou le non-remplacement des effectifs appelés à partir dans les années à venir. »

Des améliorations organisationnelles auxquelles réfléchit également Air France. « Le but est d’être plus compétitif et de baisser nos coûts afin de combler l’écart avec ce que le marché peut produire actuellement », assure Henri Hourcade, directeur France de la compagnie. 

Ainsi, Air France espère transformer son modèle opérationnel afin de se « rapprocher le plus possible des prix du marché ».

« Sur la DSP précédente, nous sommes parvenus à baisser les effectifs de 50 personnes, ce qui a permis une simplification de l’organisation des moyens de production en faisant appel, par exemple, à des prestataires en escale. Tout se fait sur la base du volontariat, nous n’avons jamais recours à des dispositifs contraints, donc cela prend du temps », souligne Henri Hourcade. 

Si Air France assure que les liaisons entre la Corse et Paris se feront sur le site d’Orly jusqu’au 31 décembre 2027, « c’est écrit dans le contrat », rien n’est sûr à compter du 1er janvier 2028. Pour rappel, la compagnie va quitter l’aéroport Orly en 2026 et regrouper ses opérations à Paris Charles de Gaulle pour laisser le champ libre à sa compagnie à bas coût Transavia. Mais sur ce point, Alain Hervé Bernard, directeur général adjoint, Opérations et Cargo se veut rassurant : « Concernant la Corse, nous n’avons pas l’intention de nous désengager d’Orly, mais on ne connaît pas ce que sera le cahier des charges à partir de 2028. » Elle s'étendra de 2028 à 2031.

Malgré le soulagement, beaucoup d’interrogations restent en suspens. Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, a assuré que la « sécurisation du périmètre de l’enveloppe de DCT » sera son « premier combat ». Un rapport sur l’intégralité des démarches entreprises pour la ré-indexation de la DTC pour les DSP maritime et aérienne de l’île sera soumis aux élus de l’Assemblée de Corse prochainement.