Coronavirus : "Pourquoi Christian Estrosi et pas moi ?", convaincus d'être contaminés, ils demandent à être testés

Le dernier bilan communiqué par l'ARS, lundi 23 mars, fait état de 203 cas confirmés de coronavirus en Corse. Mais Sandra, Christophe, et d'autres insulaires en sont convaincus : eux aussi sont infectés. Problème : ils n'ont pas la possibilité de se faire dépister.

En France, les tests sont réservés en priorité aux personnels soignants, et aux sujets dits "à risque".
En France, les tests sont réservés en priorité aux personnels soignants, et aux sujets dits "à risque". © Sven Hoppe/dpa/picture-alliance/Newscom/MaxPPP
Christophe* en est certain : depuis mecredi 17 mars, et comme "au minimum" 203 Corses, il souffre du Covid-19, souche de coronavirus. Car il l'assure, tous les symptômes sont là : toux importante, fièvre, courbatures, et même une perte d'odorat inexpliquée. Problème : étant âgé d'une trentaine d'années et en bonne forme physique, Christophe n'est pas prioritaire pour être despité.

Depuis la semaine dernière, les tests sont ainsi réservés aux personnels soignants et aux sujets dits "à risque", c'est-à-dire les personnes âgées ou présentant des pathologies antérieures. Une décision que Christophe, employé dans une boutique de téléphonie, ne comprend pas. "Mon médecin m'a osculté et m'a dit :« Monsieur, c'est sûr que vous avez le coronavirus », sauf qu'on refuse de me tester !"
   


"Je mérite d'avoir la certitude sur ce que j'ai"

Rester confiné chez lui à défaut d'être hospitalisé "malgré des quintes de toux parfois à cracher [ses] poumons", le trentenaire l'assure : ce n'est pas un souci. "Les hôpitaux sont surchargés et les médecins n'ont pas le temps de s'occuper des cas moins graves, je le comprends parfaitement." Mais, renchérit-il,  "je mérite d'avoir la certitude sur ce que j'ai. J'en fait des angoisses la nuit. Je n'arrête pas de me dire, « et si j'ai infecté ma voisine, ou cette dame au supermarché, ou cette autre personne ? » C'est difficile à vivre, au-delà de la maladie."

Je n'arrête pas de me dire, « et si j'ai infecté ma voisine, ou cette dame au supermarché, ou cette autre personne ? » C'est difficile à vivre, au-delà de la maladie.


Seule consolation pour Christophe : "Je n'ai pas vu ma petite amie durant les deux semaines qui ont précédées la maladie, et elle est montée au village pour le confinement. Je suis donc seul dans mon appartement, sans crainte de pouvoir contaminer quelqu'un ici."
 


A trois dans un petit appartement

Un luxe que n'a pas Sandra*. Mardi 16 mars dernier, cette mère de famille commence à ressentir des symptômes similaires à ceux d'une grosse grippe, "fièvre qui monte jusqu'à 39, 40 ; nez qui coule, et bronches très prises". Le lendemain, elle se rend donc chez un médecin.

Celui-ci ne pose pas précisement le diagnostic de Covid-19, la maladie pouvant alors également correspondre à une bronchite. "Je suis repartie chez moi avec des médicaments, et ça s'est amélioré pendant quelques jours. Jusqu'à ce ça se dégrade à nouveau."
 

Elle m'a dit que c'était exactement les signes du coronavirus ; mais qu'on ne pouvait ne pouvait pas me tester, comme je ne suis pas un sujet à risque


La quinquagénaire consulte alors un second médecin qui cette fois est catégorique : "Elle m'a dit que vu l'état de mes bronches, et au vu de la progression de la maladie, c'était exactement les signes du coronavirus ; mais qu'on ne pouvait ne pouvait pas me tester, comme je ne suis pas un sujet à risque." Sandra, qui vit avec son mari et sa fille, est immédiatement invitée à retourner chez elle, et ce malgré les risques importants de contamination. "On m'a donné un dépliant avec ce que je dois faire : ne pas dormir ensemble, ne pas manger ensemble, et chaque objet que je touche, je dois immédiatement le désinfecter..."

Des mesures difficiles à suivre dans son "petit appartement". "Ça me fait bien sourire ces papiers : ça ne marche que pour ceux qui ont une villa ou une grande maison. Moi c'est impossible. Comment voulez-vous que je lave exactement tout ce que je touche ? "
 


"C'est comme une épée de damocles sur ma tête"

Si aujourd'hui, ni sa fille, ni son mari, ni aucun des proches qu'elle a pu croiser au cours de la semaine passée ne présente de symptômes de coronavirus, Sandra craint pour la suite. "C'est comme une épée de damoclès sur ma tête. Pour l'instant tout va bien, mais si après ils tombent malades ?"

Plus encore, elle se dit "honteuse" du comportement qu'elle a pu adopter avant de tomber malade. "J'étais à un anniversaire il y a quelques jours, avant le confinement, et par réflexe, j'ai fait la bise aux gens. Maintenant, quand j'y repense, j'ai honte. Je savais qu'il ne fallait pas le faire, mais dans l'esprit de fête, je l'ai quand même fait."
   


Deux poids deux mesures pour être dépisté

Comme Christophe, Sandra regrette de ne pas avoir été testée. "Ça me ferait du bien de poser le mot sur ce que j'ai. Ne serait-ce-que pour qu'on ne pense pas que je suis paranoïaque."

Et quand elle voit "certaines célébrités, ou hommes et femmes politiques" qui ont été testés - tels que Christian Estrosi, le maire de Nice, Valérie Boyer, députée LR, ou encore Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire - alors qu'ils ne manifestent pas plus de symptômes et ne sont pas non plus jugés à risque, la quinquagénaire grince des dents. "C'est deux poids deux mesures. Je peux bien comprendre qu'on ait pas les moyens humains et financiers pour tester tout le monde. Mais pourquoi eux et pas moi ? Se faire dépister en fonction de comment on s'appelle et d'où on vient, ce n'est pas juste."
 

Je peux bien comprendre qu'on ait pas les moyens humains et financiers pour tester tout le monde. Mais pourquoi eux et pas moi ? Se faire dépister en fonction de comment on s'appelle et d'où on vient, ce n'est pas juste.


Ni Christophe ni Sandra ne savent précisement comment ils auraient pu être infectés par le Covid-19. Mais Christophe a bien une petite idée : "J'ai beaucoup vu un ami à moi, qui travaille dans un supermarché, ces derniers temps. Sa femme s'est par la suite révélée être positive au coronavirus. Il est peut-être un porteur asymptomatique, et a peut-être infecté, sans le savoir, beaucoup de gens comme moi dans la vie et dans son métier." Une hypothèse qui reste à prouver. Tout comme leur diagnostic. 


​​​​​​​* les prénoms ont été anonymisés
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société