Discussions autour de l'autonomie de la Corse : un calendrier fixé, et une prudence réciproque

Pas d'annonces à attendre de cette première réunion entre Paris et les élus insulaires. les questions abordées portaient en grande partie sur la méthode à adopter. Mais les forces en présence n'ont pas manqué de se jauger.

Après plus de trois heures de discussions, pas d'avancées spectaculaires, mais une feuille de route claire : un cycle de réunions, toutes les six semaines, qui aborderont huit thématiques. On connaît déjà le programme des trois premières : celle du 16 septembre prochain sera consacrée à la question économique et sociale. La deuxième portera sur la spéculation foncière, l'urbanisme et le logement. La troisième, sur la langue et la culture corse. 

Le ministre de l'Intérieur a également annoncé la publication, dans les deux semaines à venir, du rapport de l'inspection générale de la justice concernant les circonstances de la mort d'Yvan Colonna. De quoi, peut-être, commencer à répondre à "l'exigence de justice et de vérité" formulée par l'ensemble des acteurs insulaires qui prennent part au processus. 

Laisser la porte ouverte

En début de soirée, Gilles Simeoni, à notre micro, portait un regard plutôt positif sur cette rencontre inaugurale, très attendue : "je ne suis pas rassuré, mais je suis satisfait des réponses apportées par Gérald Darmanin, avec le mandat clair et explicite de la Première ministre, et surtout du Président de la République. En termes de méthode, de calendrier mais également en terme d'objectifs politique, la barre a été au bon niveau"


D'autant que, au sortir de la réunion, à 18 heures, Gérald Darmanin, devant la presse, avait plusieurs fois envisagé une possible évolution constitutionnelle, un sujet qui cristallise les attentes nationalistes : "lors de chaque rencontre, pour chaque sujet, nous nous poserons la question : est-ce que, si nous voulons améliorer telle ou telle chose, on peut le faire à droit constant, et si oui faisons-le maintenant. Sinon, nous envisagerons une potentielle loi organique, voire des changements institutionnels, qui vont vers un statut d'autonomie".  

Chat échaudé...

Pour autant, pour Paul Quastana, élu Core in Fronte qui a déjà vécu, et de près, le processus Matignon et ses désillusions, pas de quoi d'emballer : "au final, la décision appartiendra au Président, à l'Assemblée et au Sénat. Donc à partir de là, on ne peut préjuger de rien. On peut très bien travailler trois ou quatre ans pour pas grand chose. Ca n'incite pas forcément à l'optimisme".   

On peut très bien travailler trois ou quatre ans pour pas grand chose. Ca n'incite pas à l'optimisme.

Paul Quastana

D'autant que le "monsieur Corse" a tracé, une nouvelle fois, des lignes rouges. Comme l'avait fait Emmanuel Macron lors de la dernière campagne présidentielle. la question de la corse dans la République, et l'impossibilité d'accepter l'idée d'avoir "deux types de citoyens sur le sol de la république"

Pour l'indépendantiste de Corsica Libera, Josepha Giacometti, cela met d'emblée un coup de frein aux négociations futures : "ces lignes rouges, pour nous, ne peuvent pas en être. Cela signifie écarter le statut de résident, le statut pour la langue, la question de l'emploi, et puis surtout, on écarte la notion de reconnaissance du peuple corse qui pour nous est fondamentale. Nous avons besoin d'une solution politique globale, pour laquelle nous nous engageons dans ce processus. Si ce processus était celui de la définition d'une décentralisation améliorée, nous ne serions pas au rendez-vous. Si, au contraire, il a vocation à devenir historique, avec une évolution statutaire pour la Corse d'une véritable ampleur, alors nous y participerons"

Discussions longues et compliquées

Du côté du député nationaliste Paul-André Colombani, le ton est moins vindicatif : "les échanges ont été francs. On parle de processus historique. Ca, c'est l'histoire qui le dira, les discussions vont être longues, compliquées, et si un dialogue sans tabou s'installe, je suis partant". 

Pas de tabous, mais lorsque l'on interroge le député sur l'absence de Jean-Christophe Angelini, dont il est proche, ce dernier se contente d'un lapidaire "on en parlera en Corse", avant de prétexter devoir rejoindre son taxi, dans un sourire. 

La droite, elle, n'en a jamais fait mystère. Elle n'est pas focalisée sur ces questions d'évolution statutaire. Ou alors, si, mais au contraire dans le rôle du garde-fou.

Jean-Martin Mondoloni, au sortir de la réunion, se veut une nouvelle fois "pragmatique", et estime qu'il faut se concentrer sur des questions plus concrètes : "notre priorité c'est le bonheur des Corses, qui passe aujourd'hui par une quiétude économique retrouvée. La rentrée sociale va être difficile, et je pense que le ministre nous a suivi en faisant débuter le cycle de rencontres en septembre par un point sur la dimension économique et sociale. Les Corses, aujourd'hui, attendent des actes, et plus des symboles".  

On l'a compris, cette première réunion a servi avant tout à fixer les règles du jeu, et a donné à chacun l'occasion de clarifier un peu plus ses positions. La partie débutera réellement le 16 septembre prochain, lors de la première réunion. 

Entretien avec Gilles Simeoni :

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité