Ghjurnate Internaziunale di Corti : Corsica Libera affiche son scepticisme sur les discussions avec Paris

Publié le Mis à jour le
Écrit par A.S.

Dimanche soir à Corte, les Ghjurnate Internaziunale de Corsica Libera se sont conclues par un débat où il a été question des discussions engagées avec Paris sur une éventuelle évolution institutionnelle de l'île. Le parti indépendantiste en a profité pour rappeler son scepticisme à l'égard du processus récemment ouvert avec le ministre de l'Intérieur.

"Aux lignes rouges définies par le ministre de l'Intérieur Darmanin, il nous faut opposer donc imposer la réalité historique. Cette réalité historique est celle de la reconnaissance d'un peuple, de son droit à vivre sur sa terre - que sa langue, son histoire et sa culture soient reconnues - et de son droit à être." 

Dimanche 7 août à Corte, à la tribune des Ghjurnate Internaziunale, l'intervention de Josepha Giacometti Piredda lors du meeting de clôture est venu rappeler les fondamentaux de la lutte de Corsica Libera : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Pour le parti indépendantiste, cette 40ème édition des "Ghjurnate" a été l'occasion de revenir sur le processus de discussions ouvert avec le ministre de l'Intérieur à la suite de l'assassinat d'Yvan Colonna le 2 mars dernier et des manifestations et violences urbaines qui en ont découlé.

"Ce n'est pas la démocratie et les victoires successives des nationalistes, ça a été le bruit des bombes agricoles et la mobilisation dans la rue qui ont fait dépêcher un ministre sur place", souligne l'unique représentante de Corsica Libera à l'Assemblée de Corse (où elle siège en non inscrite) avant de qualifier la récente visite de Gérald Darmanin dans l'île "de stratégie de communication".

Une manière pour le parti de faire état de son scepticisme à l'égard des réunions de travail avec Paris dont la première s'est déroulée le 21 juillet dernier. Josepha Giacometti Piredda y avait d'ailleurs participé. "À cette infantilisation, nous opposons la responsabilité puisque pour nous la dévolution plus que l'autonomie, c'est le pouvoir d'agir", affirme l'élue indépendantiste qui appelle "à une mobilisation collective au sein de l'institution mais aussi à la mise en place d'un rapport de force populaire fait de désobéissance civile." Et d'ajouter :  "nous devrons continuer à nous battre". 

Intervenants - Petr'Antò Tomasi (CL) - Tematai Le Gayic (député polynésien) - Josepha Giacometti (CL)

Journalistes -  S. Defranchi -  L. Luciani - M. Plouchart

"10 points pour une solution politique"

Sa lutte, Corsica Libera la mène désormais seul après l'éclatement de la coalition Pè a Corsica. "Je veux dire à ceux qui parlent d'un processus historique que nous sommes très loin du compte", a lancé Petr'Antò Tomasi avant de lister "dix points incontournables" qui doivent selon son mouvement être intégrés au processus afin d'aboutir "à une véritable solution politique".

  1. La libération des prisonniers politiques et l’arrêt des poursuites
  2. La reconnaissance des droits du peuple corse
  3. La dévolution du pouvoir législatif
  4. La coofficialité de la langue
  5. La citoyenneté corse
  6. Le statut fiscal et social
  7. La justice sociale
  8. L’urgence écologique
  9. Le droit à la santé
  10. L’abolition des "lignes rouges" par l’abrogation du protocole du 17 mars

Internationalisation de la lutte

Avec ses "Ghjurnate", Corsica Libera veut également internationaliser la lutte vers l'indépendance. À l'instar des différentes délégations qu'il a invitées à Corte (Kanaks, Basques, Polynésiens, Ecossais...), le mouvement souhaite s'imposer comme un relai afin de montrer que les discussions s'externalisent et ne se font pas uniquement avec le gouvernement mais entre "peuples en lutte".

"L'objectif de l’internationalisation de la lutte, c’est d’abord d’aller chercher des soutiens à l’extérieur pour avoir des revendications par exemple aux Nations Unies, ce qui nous a permis à nous d’être réinscrits sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser, explique le député polynésien Tematai Le Gayic, présent à Corte. Ça nous permet d’avoir plus d’ouverture, parce que lorsque nos pays seront des états souverains, il va falloir mettre en place des accords de coopération dans plusieurs domaines et c’est avec eux qu’on va travailler. Finalement, le fait d’internationaliser permet à chaque peuple de se rendre compte qu’il y en a plusieurs qui sont dans cette situation. Cela permet d’ouvrir les yeux et de se rendre compte qu'au final, c’est un droit fondamental qui doit être respecté par tout le monde."

Signature d'une convention commune

Dimanche, en fin de journée, cette volonté commune des différents partis présents s'est matérialisée par la signature d'une déclaration autour de la solidarité des peuples à disposer d'eux-mêmes. Une convention qui a pour but d'accentuer les liens entre les différents partis présents.

Pour Mickael Forest et les Kanaks du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) qui demandent "à ce que l'accord de Nouméa soit respecté", ce document "consiste à faire un point d'étape sur les cheminements des différentes luttes pour construire ensemble différentes perspectives au niveau du Pacifique, du monde mais aussi en Europe avec les frères corses, basques..." Et le représentant du bureau politique du FLNKS de conclure : "Nous allons continuer dans les prochains mois à nourrir cette solidarité pour faire en sorte que nos luttes respectives puissent continuer à cheminer vers ce désir de souveraineté et de liberté pour tous le peuples du monde."

Ci-dessous, l'interview de Josepha Giacometti Piredda, conseillère territoriale de Corsica Libera : 

Journalistes : L. Luciani - M. Plouchart

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