Témoignage. "Je suis encore là pour quelques années" : Luc Leccia, plus d'un siècle d'histoire(s)

Publié le Écrit par Axelle Bouschon et Paul Salort

À 103 ans, Luc Leccia impressionne autour de lui par son autonomie et sa vivacité conservées malgré les années. Lui qui a connu la Seconde guerre mondiale, assisté à l'évolution du monde et de la Corse au cours du dernier siècle, et qui vit désormais avec son épouse, elle-même également centenaire, à Bastia, a accepté de nous recevoir.

Il a vécu les guerres, les trente glorieuses, assisté à l'avènement de la mondialisation et suivi le développement et les progrès scientifiques et techniques dans tous les aspects quotidiens. À 103 ans, Luc Leccia est un témoin privilégié de l'histoire, lui qui a traversé presque de bout en bout le XXe siècle.

Né en 1920 à Marseille, Luc Leccia est en Corse quand sa classe d'âge est appelée pour prendre part aux combats de la Seconde guerre mondiale. Il quitte alors Oletta pour combattre au sein des Forces Françaises Libres.

"Je suis allé en Afrique du Nord, en Tunisie, pour rejoindre ce que j'appelle l'Africa-Corse, parce qu'il y avait à la fois des Nords-Africains et beaucoup de Corse. Et puis nous avons libéré la Corse, puis l'Italie, qui était occupée par les Allemands. Ensuite, nous avons fait le débarquement en Provence. Ceux qui ont survécu sont allés jusqu'au lac de Constance [à la frontière de l'Allemagne, de l'Autriche et de la Suisse, ndlr]", raconte-t-il.

Une guerre durant laquelle il se souvient le manque de préparation, pour lui et pour ses camarades, avant d'être envoyés sur le terrain. "Nous avons eu une préparation militaire à grande vitesse : par exemple, pour lancer une grenade, on ne nous l'a montré qu'une fois. Mais une fois, ça ne suffit pas."

Une inexpérience flagrante, comparée à celle des soldats allemands. "Eux, c'étaient des soldats de métier. Ils avaient l'instruction militaire à partir de 16 ans, ils étaient préparés. Nous, nous étions des appelés. On ne connaissait pas grand-chose. Et souvent, nous étions plutôt des figurants que des combattants. Nous étions là pour servir de chair à canon."

Durant tout son service militaire, Luc Leccia échappe à la mort "des dizaines et des dizaines de fois". "Je crois au pressentiment. J'avais des camarades corses qui me disaient "O Leccia, je ne la reverrai plus la Corse", ils avaient des pressentiments mortifères. Mais moi j'avais au contraire un pressentiment de survie." Il sourit. "Je l'ai toujours, d'ailleurs, puisque je suis encore-là aujourd'hui".

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A 103 ans, Luc Leccia impressionne par son autonomie et sa vivacité. ©Paul Salort, Océane Da Cunha, Arnault Deporte / FTV

Un couple centenaire et une large descendance

De retour en Corse libérée, il devient directeur d'école. Un métier qu'il exerce jusqu'à la retraite, période à partir de laquelle Luc Leccia décide de consacrer son temps à l'art, alternant la peinture et la sculpture ; et à l'écriture, dévoilant des poésies, des romans, et des récits sur l'histoire de sa vie.

Aujourd'hui presque âgé de 104 ans, médaillé de la légion d'honneur et de la croix de guerre, Luc Leccia impressionne par son autonomie et sa vivacité. "Je suis encore là pour quelques années, plaisante-t-il. Cela ne m'effraie pas."

Sa longévité, il l'explique avant tout par l'amour de sa famille. L'amour de sa femme, Marie-Céleste, d'abord, elle aussi centenaire - bien que diminuée par les soucis de santé -, et pour laquelle il conserve la même tendresse et la même affection, après 77 années de mariage. L'amour aussi de ses trois enfants, parmi lesquels le célèbre artiste Ange-Leccia, de ses onze petits-enfants, et même six arrière-petits-enfants.

Une grande famille, pour laquelle il reste un pilier et un modèle. "Il a été l'exemple à la fois pour ses enfants et ses petits enfants, indique Jean-Luc Leccia, son fils. Moi, je ne m'imagine pas qu'un jour ils puissent partir [Luc et Marie-Céleste Leccia, ndlr]. Pour moi, ils sont immortels."

Immortel, Luc Leccia est bien conscient de ne pas l’être. "Quand on avance en âge, c'est bien, mais on a perdu tous les parents, tous les amis très chers qui sont restés en cours de route. Maintenant, si je vais me promener sur la place Saint-Nicolas, je n'ai plus mes amis parmi les anciens combattants ou les collègues de l'enseignement, ceux-là sont partis. C'est pour cela que je n'ai pas intérêt à m'éterniser."

En attendant, il profite de ce temps qui reste, toujours entouré de ses souvenirs et de l'amour des siens..

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