Sisco : forte mobilisation en soutien au maire, menacé par téléphone

L'appel à la mobilisation autour du maire de Sisco Ange-Pierre Vivoni lancé par Femu A Corsica a été entendu. Environ 200 personnes se sont rassemblées au manoir Santa Catalina, ce dimanche 21 mars. L'édile dit avoir reçu des menaces lui réclamant de retirer son offre de rachat du couvent.

Plusieurs élus insulaires ont fait le déplacement.
Plusieurs élus insulaires ont fait le déplacement. © Axelle Bouschon / FTV

Installé sur le parvis de l’église du manoir Santa Catalina, à Sisco, Ange-Pierre Vivoni, le maire de la commune, sourit : "C’est un soutien unanime de toute la classe politique corse et même d’ailleurs que nous avons reçus et que nous recevons aujourd’hui. Cela me fait vraiment plaisir."

Ce dimanche 21 mars, près de deux cent personnes se sont réunies sur les lieux, à l’appel du parti Femu A Corsica, en soutien à l’édile. Ange-Pierre Vivoni affirme ainsi avoir reçu des menaces par téléphone, le 18 mars dernier, lui réclamant de retirer son offre de rachat du couvent. Des pressions rendues publiques par la municipalité, qui a déposé plainte le 19 mars, et qui ont entraîné une forte mobilisation autour du maire et de son équipe.

Ce n’est pas la première menace que je reçois, mais celle-ci était particulière. C’était très froid, et dans un langage très châtié.

Ange-Pierre Vivoni, maire de Sisco

"Ce n’est pas la première menace que je reçois, mais celle-ci était particulière. C’était très froid, et dans un langage très châtié. Je pensais même au début qu’il s’agissait d’un clerc ou d’un avocat", se souvient-il. Si l'enquête n'a à cette heure pas encore déterminé l’identité de l’interlocuteur ou celle "des personnes au nom de qui il s’adressait", Ange-Pierre Vivoni en est convaincu : "Cela vient de très haut."

Soutien populaire et politique

"C'était essentiel pour moi de venir. Il n'est pas possible de tenter d'intimider comme ça les gens pour obtenir ce qu'on veut, aux mains des Corses, qui sont les détenteurs légitimes de leur patrimoine", tempête une habitante de la région. "Il est hors de question qu'on laisse passer des choses comme ça. Le maire a eu raison de s'imposer", abonde un jeune homme.

Outre des résidents de Sisco et de nombreux maires du Cap-Corse, de nombreux politiques régionaux ont fait le déplacement. Des cadres de la coalition Pè a Corsica, bien sûr, à commencer par Gilles Simeoni, président du conseil exécutif, Josepha Giacometti, conseillère exécutive rattachée au patrimoine et membre de Corsica Libera, ainsi que Michel Castellani et Jean-Félix Acquaviva, députés de la 1ère et 2nd circonscription de Haute-Corse.

Paul-Félix Benedetti, leader de Core in Fronte était lui aussi présent, tout comme la socialiste Emmanuelle de Gentili ou même le candidat malheureux à la municipale bastiaise Filippo de Carlo. "On voit aussi des forces politiques de gauche et de droite, parce que l’enjeu transcende toutes les opinions politiques", s’est réjouit Gilles Simeoni.

Sanctuarisation du site

Face à ses soutiens, Ange-Pierre Vivoni a répété son intention de ne pas céder face aux menaces et appelé à sanctuariser le site. "L’Etat nous soutient dans cette démarche, a-t-il insisté. J’ai eu un rendez-vous le préfet, hier, qui me l’a assuré. On ne peut pas laisser notre terre corse partir en lambeaux. L’espace doit être sanctuarisé et rendu inconstructible."

Il est important de définir une politique globale, cohérente, avec des moyens adaptés, pour pouvoir maintenir ce lien entre les Corses et leur patrimoine.

Gilles Simeoni, président du conseil exécutif

Un vœu auquel s’est associé le conseil exécutif. "Nous avons pris la décision d’acheter, via l’office foncier, ce couvent pour le mettre à disposition de la commune de Sisco pour définir un projet d’utilité publique et d’intérêt général à l’échelle du Cap Corse", a indiqué Gilles Simeoni. D’autant que le problème qui se pose aujourd’hui à Sisco est "un problème de fond qui se pose à l’échelle de la Corse toute entière".

"On sait aujourd’hui que de façon générale, il y a une logique de spéculation financière en Corse, sur des bâtiments ou des terrains. Il y a de forts enjeux, et il est important de définir une politique globale, cohérente, avec des moyens adaptés, pour pouvoir maintenir ce lien entre les Corses et leur patrimoine."

Domaine de 27 hectares

En plus de son manoir, le domaine de Santa Catalina s'étend sur 27 hectares et renferme une chapelle privée, un couvent et une tour médiévale inscrite aux monuments historiques. Déjà propriétaire de l'église et de 15 hectares, la municipalité espère voir le couvent intégrer le giron communal. Un souhait qu'Ange-Pierre Vivoni exprime depuis 2017, date de mise en vente du bâtiment pour autour d'1,7 million d'euros. 

Le manoir de Sainte-Catherine, à Sisco.
Le manoir de Sainte-Catherine, à Sisco. © Axelle Bouschon / FTV

Mais en mai 2018, le propriétaire des lieux et gérant de la SCI Santa Catalina, l'avocat Yann Streiff, est mis en examen dans une procédure judiciaire ouverte à Paris. Celle-ci le vise, entre autres, pour des faits d’escroquerie. Le juge d’instruction en charge de l’affaire procède à une saisie du couvent à titre conservatoire. 

La mairie craint alors que le couvent ne soit vendu aux enchères. En juillet 2018, le maire Ange-Pierre Vivoni présente malgré tout une offre de rachat officielle, soutenu par la collectivité de Corse à travers l'office foncier de la Corse. Un acte accordé, un an plus tard, par le liquidateur judiciaire en charge du dossier. 

L'édile évoque des projets ambitieux pour le domaine, comme l'installation du siège du parc naturel marin du cap Corse, ainsi que d'un musée de la mer. 

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