Tentative d'assassinat d'Yvan Colonna : 54% des Français estiment que l'Etat a une responsabilité politique, selon une enquête Ifop

Plus d'une semaine après la très violente agression d'Yvan Colonna à la prison d'Arles, une enquête Ifop parue ce 13 mars pointe un soutien des Français sur plusieurs revendications portées par les nationalistes corses.

Pour une majorité de Français, l'Etat porte une responsabilité politique dans la tentative d'assassinat dont a été victime Yvan Colonna, le 2 mars, à la maison centrale d'Arles. C'est ce qu'il ressort d'une enquête Ifop pour Corse-Matin, réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 1015 Français âgés de 18 ans ou plus, par le biais d'un questionnaire auto-administré en ligne du 10 au 11 mars, et parue ce 13 mars.

Ainsi, 54% des sondés estiment la responsabilité des autorités judiciaires et de l'Etat "importante", (18% parlant même de "très importante") dans cette affaire. Un point de vue d'autant plus marqué chez les personnes interrogées résidant en Corse ou ayant des origines corses : ils sont alors 86%, contre 53% pour les Français sans résidence principale ou origines corses.

Les Français sont néanmoins moins nombreux à partager l'indignation exprimée des suites de cette agression "par des milliers de Corses", notamment les plus jeunes, au cours des récents rassemblements et manifestations, souligne l'enquête : 43%. Ils sont 67% parmi ceux qui résident ou ont des origines corses, et 42% dans le cas contraire. 

Dans le détail, ce sont les sympathisants d'extrême droite qui se disent les plus indignés : 61% pour les électeurs du parti Reconquête d'Eric Zemmour et 57% pour ceux du Rassemblement National, mené par Marine Le Pen. Un soutien qui prend peut-être racine dans le profil de l'agresseur d'Yvan Colonna, Franck Elong Abe, incarcéré pour islamisme radical. Du côté des sympathisants du parti présidentiel La République en Marche ou de la droite Les Républicains, ils ne sont que 27% à ressentir cette même indignation.

Les plus jeunes sont également les plus sensibles au mouvement de contestation. Plus de la moitié des moins de 35 ans (52%) affirme partager l'indignation exprimée sur l'île, contre seulement 40% des plus de 35 ans.

La levée du statut de détenu particulièrement signalé (DPS), accordée mardi à Yvan Colonna, puis vendredi 11 mars à Pierre Alessandri et Alain Ferrandi est globalement soutenue par les sondés : ils sont près de six Français sur 10 (59%) à l'approuver (78% pour les résidents corses ou continentaux avec origines corses, 57% pour les autres).

Une décision majoritairement soutenue par les sympathisants de tous partis politiques, à l'exception des Républicains (45%).

Les Français favorables à ce que la Corse obtienne un statut d'autonomie, mais pas à l'indépendance

Dans un contexte insulaire tendu, le sondage s'est également attaché à interroger les Français sur des revendications autonomistes voire indépendantistes portées par les mouvements nationalistes corses, majoritaires à l'Assemblée territoriale.

Une majorité de Français se dit ouverte à une plus grande autonomie de la Corse (53%) - dans le cadre d'un "statut d'autonomie de plein droit de plein exercice", pour lequel la Collectivité de Corse disposerait des compétences de nature législatives tandis que les compétences régaliennes demeureraient du ressort de l'Etat -.  9% se déclarant même "tout à fait favorable", et 44% "plutôt favorable".

Dans le détail, les sympathisants aux deux extrêmes de l'échiquier politique sont les plus enclins à cette option : en tête, les sympathisants La France Insoumise (68%), suivis de ceux du parti Reconquête ! (61%).

Les sympathisants Europe-Ecologie les Verts ont répondu oui à 56%, devant le Rassemblement National, 53%. Les plus opposés à cette idée : les sympathisants Les Républicains, qui sont 70% à se déclarer plutôt pas ou pas du tout favorable, devant ceux de La République En Marche, 55%.

Une évolution constitutionnelle qui obtient également plus facilement les faveurs des professions "populaires", ouvrier (61% pour) et employé (59% pour), que celles des cadres et professions intellectuelles supérieures (34% pour seulement).

La perspective d'une indépendance de la Corse reste quant à elle majoritairement rejetée par l'opinion publique : à la question "souhaitez-vous que la Corse devienne indépendante ?", six sondés sur dix répondent par la négative, 35% sont favorables, et 5% ne se prononcent pas. 

Détail intéressant : les Corses ou continentaux aux origines Corses sont plus nombreux à s'exprimer en défaveur de l'indépendance de l'île (68%) que les Français sans origines corses (59%).

Les sympathisants d'Eric Zemmour (Reconquête) sont les plus enclins à l'indépendance de l'île (45%), juste devant les électeurs LREM (43%). À l'inverse, les partisans d'Europe Ecologie les Verts sont les plus opposés à cette idée (25%).

Des données à mettre en perspective avec de précédentes études réalisées au cours des dernières décennies, portant sur une question similaire et aux résultats variables : en 2018, 74% des sondés se prononçaient en défaveur de l'indépendance de la Corse (Elabe), 64% en 2012 (Ifop), 50% en 2003 (Ifop), 56% en 2000 (Ifop), 50% en 1999 (Ifop), et 63% en 1989 (Sofres).

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