Territoriales 2021 en Corse : Jean-Guy Talamoni, une page se tourne

Le leader de Corsica Libera ne figure pas sur la liste commune menée par Jean-Christophe Angelini pour le second tour des Territoriales. Pour la première fois depuis 1992, il ne siégera pas sur les bancs de l'Assemblée de Corse. Le flou demeure quant à son avenir politique.

Depuis 1992, Jean-Guy Talamoni a siégé sans discontinuer à l'Assemblée de Corse.
Depuis 1992, Jean-Guy Talamoni a siégé sans discontinuer à l'Assemblée de Corse. © Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP

"Mon engagement pour la Corse prendra d'autres formes. Il demeure indéfectible." C'est par ces mots que Jean-Guy Talamoni conclut son communiqué de presse publié mardi 22 juin vers 22 heures.

Un peu plus tôt dans la journée, on apprenait que le leader de Corsica Libera ne figurerait pas sur la liste d'union avec le Partitu di a Nazione Corsa pour le second tour des Territoriales, le 27 juin prochain. 

Menée par Jean-Christophe Angelini, la nouvelle démarche "Avanzemu pè a Corsica" réunit quatre indépendantistes de la liste Corsica Libera : Josepha Giacometti-Piredda, Petru Antone Tomasi, Laura Maria Poli-Andreani et Jean-Michel Simon. Si le nom du président sortant de l'Assemblée de Corse y est absent, ce dernier "soutient sans réserve" cette liste commune. On rappellera que le PNC et Corsica Libera s'étaient déjà associés l'an passé aux élections municipales, notamment à Porto-Vecchio et Ajaccio.

Dans son communiqué, Jean-Guy Talamoni tord le cou aux rumeurs qualifiant sa non-présence "d'éviction" : "En ce qui me concerne, une information a été publiée ces dernières heures dans la presse, selon laquelle certains de nos partenaires potentiels auraient souhaité que je ne figure pas sur une liste commune en position d'éligibilité. Quoi que l'on puisse penser d'une telle requête - qui n'a du reste jamais été formulée au cours des nombreuses réunions auxquelles j'ai participé -, il ne me paraissait pas envisageable que ma personne puisse constituer un obstacle à une démarche d'union ou un point de blocage menaçant la pérennité de la représentation de notre mouvement à l'Assemblée de Corse dans les sept années à venir."

J'ai décidé de ne pas présenter ma candidature en cas de fusion

Jean-Guy Talamoni

S'il regrette qu'il n'ait pas été "possible de regrouper les trois composantes de [la] majorité" pour ce second tour, il mentionne également ne pas être "tenté de faire passer [sa] situation personnelle avant les intérêts supérieurs de la Corse". Et d'ajouter : "J'ai décidé de ne pas présenter ma candidature en cas de fusion."

De son côté, Jean-Christophe Angelini a qualifié le choix de "courageux" et a salué une initiative prise "avec beaucoup d'élégance, sans que cela ne soit demandé politiquement".

Petru Antone Tomasi (à gauche) et Josepha Giacometti (à gauche, de dos) feront partie de la liste de fusion "Avenzemu pè a Corsica", contraitement au président sortant de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni.
Petru Antone Tomasi (à gauche) et Josepha Giacometti (à gauche, de dos) feront partie de la liste de fusion "Avenzemu pè a Corsica", contraitement au président sortant de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni. © Axelle Bouschon / FTV

À l'Assemblée depuis 1992

Pour la première fois depuis 29 ans, le leader indépendantiste ne siégera donc pas sur les bancs de l'Assemblée de Corse. Il y était entré en 1992 sur la liste Corsica Nazione conduite par Edmond Simeoni.

Dimanche soir, à l'issue du premier tour de scrutin, sa liste Corsica Libera avait recueilli 6,9 % des voix, échouant de très peu pour aller seul au second. "La déception est réelle, surtout que nous étions très près de réussir", avait confié à notre micro Jean-Guy Talamoni. Peut-être savait-il, aussi, que les tractations pour le second tour ne joueraient pas en sa faveur.

Jean-Guy Talamoni était entré à l'Assemblée de Corse en 1992. Sur cette photo, il intervient dans l'hémicycle en 2003, sous le regard de José Rossi, alors président de l'Assemblée.
Jean-Guy Talamoni était entré à l'Assemblée de Corse en 1992. Sur cette photo, il intervient dans l'hémicycle en 2003, sous le regard de José Rossi, alors président de l'Assemblée. © Maxppp

Reconnu comme un "homme d'union, fidèle et loyal", Jean-Guy Talamoni semblait cependant fédérer un peu moins ces derniers temps. En coulisses, on évoquait que son engagement en tant que chef de file dans ces territoriales aurait été "hésitant". Se serait même posée la question de savoir qui, à part lui, pourrait conduire la liste du parti indépendantiste dans ce scrutin. Cependant, pour beaucoup, il restait l'homme de la situation. Depuis le soir du 20 juin, rien n'est moins sûr, d'autant que les autres indépendantistes de Core in Fronte ont eux franchi cette fameuse barre des 7%. 

Au cours de ces six années passées au perchoir de l'Assemblée, certains élus lui ont reproché ses "positions radicales et ses rapports avec l'État", d'autres son "omniprésence" en tant que président, notamment dans les médias. Sa phrase sur "le pays ami" en janvier 2016 au micro de France Info n'a d'ailleurs cessé de planer au-dessus de l'hémicycle. Ce même hémicycle qui a cependant salué son travail de président en lui rendant hommage le 20 mai lors de l'ultime session de la mandature sortante.

Et maintenant ?

Après plus de trois décennies en politique, quelle sera la suite pour celui qui était entré à l'éxecutif de la Cuncolta Naziunalista en 1988 ? À la fin de son communiqué, le président sortant de l'Assemblée, également maître de conférences associé à l’Université de Corse, écrit que "son engagement pour la Corse prendra d'autres formes". Lesquelles ?

Contacté à plusieurs reprises, Jean-Guy Talamoni était injoignable ce mercredi matin. Même si l'avocat de 61 ans évoque dans ce même communiqué "un passage de relais" et "une transmission" auprès des "jeunes élus qui représentent l'avenir du mouvement", on ne sait pas pour l'instant s'il se retirera définitivement du paysage politique insulaire.

 

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