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Moutier / Delémont : après le vote du 24 novembre, le “Grand Jura” ne se fera pas

Depuis 1815, le Jura suisse appartenait au canton de Berne. En 1974, une votation décide de la création d’un canton jurassien, la République du Jura – un territoire amputé de sa partie sud, restée bernoise. Le Jura bernois a voté contre le rapprochement des cantons, dimanche 24 novembre.

Par Yvonne Roehrig

Dimanche, les électeurs du canton du Jura et ceux du Jura bernois ont été appelés à se prononcer sur l’avenir de leur région : le Jura bernois doit-il se détacher de Berne, la République jurassienne doit elle modifier sa constitution pour l’accueillir ? Une question qui a suscité, par le passé, les passions et des affrontements… et qui va, peut être, trouver un épilogue dimanche.

Et il n'y aura pas de Grand Jura. Le Jura bernois a voté contre le rapprochement des cantons, dimanche 24 novembre. Seules certaines communes, qui ont voté oui, pourraient demander ultérieurement leur rattachement au canton du Jura.

Le Jura bernois, un territoire francophone dans un canton germanophone… En 1974, la majorité des habitants de cette partie du Jura avait choisi de rester dans le canton de Berne, une décision remise en cause par la votation du 24 novembre.

Moutier / Delémont : le rêve d’un grand Jura
Le reportage de Y. Roehrig - V. Roy - M. Ruch - M. Kelhetter. Interviews : André Mercerat, maire de Champoz - Canton de Berne - Maxime Zuber, maire de Moutier - Canton de Berne - Elisabeth Baume-Schneider, ministre en charge des Affaires jurassiennes République et Canton du Jura


Le pragmatisme l’emporte


Il y a 40 ans, André Mercerat avait tout juste 18 ans. A l’époque, comme la majorité des électeurs de son village, Champoz, il avait dit non à la création d’un nouveau canton jurassien. "Le 24 novembre 2013, je dirais de nouveau non au canton du Jura", explique-t-il. "Qu’avons-nous à y gagner ? Aujourd’hui, nous appartenons à un grand canton d’un million d’habitants, une puissance économique, qui nous consulte sur tout ce qui touche à notre culture ou à l’éducation."
Et ils sont nombreux à penser comme lui. Selon les sondages, 55% des habitants du Jura bernois rejettent le rattachement de leur région au canton voisin. A Moutier, pourtant, c’est le oui qui l’emporterait. 62% des quelques 7500 habitants de la ville frontalière du canton du Jura souhaitent rejoindre Delémont et Porrentruy dans la République jurassienne. Le maire de Moutier, Maxime Zuber, est un militant de longue date de ce qu’il appelle la "cause jurassienne" : son combat est une lutte pour la "libération" - un vocabulaire guerrier, mais une action pacifiste ; si, il y a 30 ans, les pros et les antis s’affrontaient dans des manifestations, aujourd’hui, le combat est pacifique.

Un combat identitaire


C’est un sujet qui intéresse encore et toujours la population, y compris les jeunes, parce qu’il touche à notre identité ». Maxime Zuber entend parler de cette "cause" depuis son enfance, et quand il en parle, il en appelle à l’émotion, à l’identité. "Le pragmatisme, dire que l’économie est plus importante que notre culture, n’est pas porteur d’avenir pour nous : dans le canton de Berne, nous sommes minoritaires, nous pesons 5% de la population, alors que dans celui du Jura,  nous ferions partie d’une communauté". Alors Moutier pourrait bien, d’ici à 2015, intégrer le canton du Jura : les communes qui se prononcerons pour le dimanche pourront quitter le canton de Berne, même si le non l’emporte dans le reste du Jura bernois.

Un non qui ne sera pas sans conséquences sur les relations entre Berne et Delémont : la République du Jura cessera sa participation à l’assemblée inter jurassienne, chargée depuis près de 20 ans du dialogue de part et d’autre de la frontière cantonale. Mais si dimanche, c’est le oui qui l’emporte dans le Jura bernois, et si les électeurs du canton du Jura donnent eux aussi leur feu vert, c’est un nouveau et grand canton qui verra le jour : 70 000 jurassiens + 50 000 jurassiens bernois, ce n’est pas rien, en Suisse.

Elisabeth Baume – Schneider est la ministre jurassienne chargé des affaires jurassiennes à Delémont. Pour elle, l’intégration de la région au nord du canton de Berne dans la République jurassienne serait logique : "nous parlons la même langue, le français, nous formons donc une communauté d’intérêt. Passer à 120 000 habitants nous permettrait de peser plus lourd dans la confédération, et nous pourrions devenir un canton charnière entre les régions francophones et les régions germanophones". Mais elle précise aussi que le résultat de la votation sera respecté : "si les habitants du Jura bernois ne veulent pas nous rejoindre, nous respecterons leur décision – mais rien n’empêche les générations futures de revenir sur le vote qui a lieu le 24 novembre !" Ce vote intéresse les jurassiens, mais ne les passionne plus : si les "pros oui" ont fait campagne, avec de l'affichage et beaucoup d’apparitions dans les médias, les "pros non" sont restés plus discrets… Convaincus que de toute façon, c’est le non qui l’emportera.



En savoir plus...

Tous sur les intentions de vote:
http://www.letemps.ch/rw/Le_Temps/Quotidien/2013/11/05/Suisse/ImagesWeb/...

Tout sur la question jurassienne:
http://www.rts.ch/archives/tv/information/3461425-la-question-jurassienn...
http://www.rts.ch/info/dossiers/2013/votation-cantonale-sur-l-avenir-du-...

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