Bac 2021. Des lycéens dans le doute : "Je ne sais pas ce qu'on attend de moi"

Le ministre de l’Education a confirmé le maintien des épreuves du bac en juin. Comment les lycéens réagissent-il ? La philosophie les effraie tous et le grand oral voulu par Macron a du plomb dans l’aile : les élèves ont été inégalement préparés à cette nouvelle épreuve du bac 2021.

L'épreuve écrite du bac de philosophie aura bien lieu cette année d'après Jean-Michel Blanquer
L'épreuve écrite du bac de philosophie aura bien lieu cette année d'après Jean-Michel Blanquer © Nice Matin / Philippe Arnassan

Alors que les vacances de printemps touchent à leur fin et que les lycéens ne retrouveront le chemin des classes que le 3 mai, le ministre de l’Education a confirmé le maintien des épreuves du bac en juin. Un bac 2021 nouvelle formule, étrenné par la classe d’âge 2003 dans un contexte de pandémie qui a bousculé le rythme des enseignements. Les lycéens scolarisés en terminale ont été très inégalement préparés aux épreuves finales : la philosophie et le Grand oral.

Et ils ne sentent pas très à l’aise avec ces épreuves prévues au mois de juin. La philosophie surtout. Une matière préparée pour la plupart en pointillé et à distance.

"En philo on est à la ramasse"

« Je pense que la philo ça va être compliqué, explique Tom en terminale au lycée Schweitzer de Mulhouse. J’ai un bon prof qui a suivi le programme, on a avancé, mais je ne sais toujours pas ce qu’on attend de moi au bac. On n’a jamais fait de dissertation sur table, c’était toujours à la maison avec la possibilité de faire des recherches sur internet. On n’a pas été préparés à l’épreuve. L’exercice contraint en temps limité je ne sais pas ce que c’est. »

Je vais y aller "au talent" en révisant tant bien que mal.

Inès, élève de terminale

Il faut dire que l’organisation de bacs blancs avec un rythme de cours une semaine sur deux est impossible. Alors les témoignages s’enchaînent et se ressemblent. Inès en terminale au lycée Montaigne de Mulhouse : « En philo on est à la ramasse parce que le prof n’arrive pas à avancer sur le programme. Il nous donne des bouts de dissertation à rédiger sur des thématiques pas abordées en classe. Il nous met le cours en ligne et on doit se débrouiller avec ça. On ne se sent pas prêts. Je vais y aller "au talent" en révisant tant bien que mal. »

Davantage de cours en présentiel dans le privé

Garance, elle, est franchement énervée : « La philo c’est pas possible. Mon prof ne donne pas de cours à distance. Alors il fait le même cours deux semaines de suite devant des moitiés de classe. Donc on avance deux fois moins vite. On a rédigé trois devoirs depuis le début de l’année. Toujours à la maison. J’ai l’impression qu’à l’Education Nationale ils sont à côté de la plaque : ils pensent que notre peur c’est de tomber sur une thématique pas abordée en classe. Alors ils vont nous proposer 3 sujets au choix au lieu de 2. Mais le problème c’est pas le sujet, c’est la méthode, la maitrise de l’exercice ! »

De son côté Eva, élève du lycée privé Jeanne-d’Arc, a le sentiment d’avoir été privilégiée par le maintien de 100% des cours dans son établissement: « On a eu tous nos cours en présentiel jusqu’au confinement de début avril. On nous a fait passer des bacs blancs dans les épreuves de spécialités, et en philo j’ai eu une épreuve sur table de 4 heures. »

Ah la philosophie… L’épreuve qui tous les ans fait transpirer les mains des lycéens! Quel que soit le contexte finalement. Isabelle Marchand, proviseure et secrétaire académique du SNPDEN en sourit : « Oui les élèves sont perdus ! Mais par nature la philo est une épreuve que les lycéens appréhendent depuis toujours. Elle est redoutable par principe. Mais tout le monde sait quelle année les élèves ont passé. Il faut les rassurer, et c’est ce qu’on fera dès lundi. Il y aura de la bienveillance et des consignes avec des barèmes adaptés. Il faut faire confiance au corps enseignant et aux inspecteurs. »

Le Grand oral des disparités

L’autre épreuve maintenue est la nouveauté du bac 2021 : un Grand oral qui vise à former les lycéens à prendre la parole en public de façon claire et convaincante. Les élèves sont censés préparer 2 sujets issus de chacun de leurs enseignements de spécialité. Mais à 2 mois des épreuves la situation est très disparate d’un établissement à l’autre et même au sein d’un même lycée.

Tom se sent prêt : « J’ai presque tout fini, il me manque encore un peu de mise en forme pour mes deux sujets. Les profs ont été derrière moi, il y a eu un réel suivi. Chaque semaine on nous demandait d’avancer. Je ferai une présentation en visio  devant tout la classe à la rentrée. »

Je n’ai toujours pas mes deux thématiques pour le grand oral et c’est le cas de la quasi-totalité des élèves de ma classe

Garance, élève de terminale

Garance piétine : «Cela fait des semaines que les profs nous demandent de réfléchir à des sujets mais ça n’aboutit jamais à quelque chose de concret. Pendant deux mois on nous a expliqué comment allait se passer ce grand oral. Chaque prof faisait son topo. On a perdu beaucoup de temps. Après on a fait quelques exercices à l’oral par-ci par-là sur des sujets improvisés. Mais je n’ai toujours pas mes 2 thématiques et c’est le cas de la quasi-totalité des élèves de ma classe. En fait ça dépend de nos spécialités et de l’investissement des profs.»

Pour Eva « ça a commencé à se concrétiser juste avant le confinement. Dans ma classe certains ont trouvé leurs sujets, pour d’autres c’est encore vague. Moi j’ai des idées mais il faut encore les affiner. D’ici lundi on doit être capables de soumettre nos idées de sujets à nos profs. Ensuite il restera quelques semaines pour se préparer. On subit quand même une réforme dans un contexte de covid. C’est pas facile. Et puis je n’ai pas compris pourquoi ils maintiennent à l’écrit la philo plutôt que les spécialités. Ils doivent avoir leurs raisons. Au final on sera plus ou moins bien préparés mais on est tous dans le même bateau ! »

Je ne suis pas sûre qu’on ait préparé au mieux nos élèves. Mais là encore il y aura une prise en compte de ces différences lors des épreuves

Isabelle Marchand, proviseure

Ils ont le sentiment d’être envoyés au casse-pipe. Mais contents tout de même d’être mis à l’épreuve en temps limité. Tom : « On n’a plus eu d’examens depuis le brevet. Du coup cette petite dose de stress nous permet de rester mobilisés. Ca maintient un peu la pression.» Inès : « Moi je suis contente que deux épreuves soient maintenues parce qu’en première elles ont été annulées en français. C’est quand même bien d’avoir un devoir sur table et oral. »

Encore une fois Isabelle Marchand, la proviseure, tempère : « La réalité du terrain est que le grand oral a été travaillé mais dans des conditions compliquées. Cette épreuve est nouvelle, c’est une première et piloter sa préparation à distance c’est difficile. Et je ne suis pas sûre qu’on ait préparé au mieux nos élèves. Mais là encore il y aura une prise en compte de ces différences lors des épreuves. On peut déplorer beaucoup de choses mais le cap est donné. Et maintenant il faut observer comment va évoluer la pandémie. L’année n’est pas terminée. Il reste 10 semaines à tenir et ça va être encore long. »

Et personne ne sait de quoi ces semaines seront faite sur le front du covid. Les épreuves du bac peuvent encore être annulées. Pour le bonheur des uns, la déception des autres.

 
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