Bas-Rhin : à l'heure de l'apéro, un bistrot ambulant remet de la vie de village en village

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Écrit par Claire Peyrot .

Depuis le début du mois d’août, Clément Nicaud sillonne les petits villages en Alsace au volant de son bar itinérant. A l’heure de l’apéro, il gare sa camionnette sur une place, et redonne vie à ces petites communes dépourvues de commerce. Le succès dépasse toutes ses attentes.

Il n’est pas encore 17 heures à Daubensand, un petit village de 440 âmes, et déjà un couple approche de la jolie camionnette vintage que Clément Nicaud vient de l’installer à l’arrière de la mairie. Depuis le début du mois d’août, la nouvelle s’est propagée comme une traînée de poudre dans les petits villages du canton d’Erstein : chaque soir, du lundi au jeudi, un bistrot ambulant s’arrête dans une commune, proposant bières, vins d’Alsace et petite restauration.

Très vite, les clients affluent. Les dames ont sorti les belles robes pour l’occasion. En couple, entre amis, ou en passant par hasard, chacun s’installe aux tables et sur les chaises disséminées par Clément autour du camion. Les rires montent, d’anciens amis qui ne s’étaient pas vus depuis longtemps s’interpellent d’une table à l‘autre.

Au comptoir du truck aménagé, les commandes s’enchaînent. Une bière, un jus de fruits, une planchette de charcuterie... "Les commandes se passent au camion" explique Clément aux nouveaux arrivants. "Et idéalement, si vous pouvez venir les chercher, c’est sympa". Peu à peu, la file s’allonge, prouvant que le jeune entrepreneur a vraiment eu une bonne idée avec son bar itinérant : "Je m’attendais à avoir 15-20 personnes par jour, et chaque soir, je vide le stock de deux journées".

Comme un goût de "stammtisch"

Car l’arrivée de Clément et de son truck (un Type H Citroën aux jolies lignes Vintage), c’est le retour de la vie dans les villages. Attablée avec quelques amis, Rose est venue spécialement de Rhinau, à quelques kilomètres de Daubensand : "Ce genre d’initiatives, c’est top parce que ça va au plus près de la population". Un peu plus loin, Jean-Pierre sirote une pression avec des copains : "Dans le temps, quand je me suis installé dans la région, il y avait plein de restaurants avec un Stammtisch et le soir on se rencontrait pour boire un coup et on discutait ensemble, mais maintenant, il n’y a plus rien".

Et c’est bien ce constat qui a poussé Clément à développer son concept. L’ancien commercial a passé les cinq dernières années à vendre des programmes télé dans un groupe audiovisuel parisien, et à 27 ans, il a eu envie de changer de vie, de revenir dans son Alsace natale et de "faire quelque chose qui avait du sens". Une reconversion qui l’a poussé à parcourir les villages à la recherche de produits locaux. C’est à ce moment-là que la disparition des bars et bistrots lui a sauté aux yeux.

Tout en tirant une bière, Clément nous explique l’intérêt de son bistrot des villages : "Ca permet aux gens de se retrouver. Là, je viens de voir des personnes qui s’étaient perdues de vue et qui viennent de se retrouver à l’instant de manière totalement inopinée, donc ça recrée du lien."

En effet, Alain et Raphaël se sont installées avec leurs compagnes respectives à une des tables. Alain a emménagé à Dausenband il y a quelques mois, et les deux anciens amis sont encore tout étonnés de cette rencontre imprévue. Jusqu’à présent ils ne s’étaient encore jamais croisés alors qu’ils habitent le même village. Raphaël a le sourire jusqu’aux oreilles : "Ca montre bien que l’initiative est exceptionnelle, parce que ça nous fait super plaisir de boire une bière ensemble, et ce n’était pas du tout prévu.»

Pour sélectionner les villages, Clément s’est adressé aux communes dépourvues de commerce. De tout petits villages, de moins de 500 habitants. Le «bistrot de villages » donne rendez-vous à la population une fois par quinzaine "Et puis ça redynamise des zones qui sont redevenues un peu des villages dortoirs. Des endroits où il ne se passe pas grand-chose à part des gens qui rentrent du travail, de dormir et manger. Si ca permet aux gens de sortir un peu, l’objectif est rempli."

Victime de son succès

Pour faire face à l’affluence, Clément doit préparer un maximum les victuailles à l’avance. Le matin, il s’attelle à la confection des planchettes, au lavage des verres, au réglage des derniers détails. Partout où il passe, l’accueil est enthousiaste. Pour faire face à l’affluence, les agents communaux sortent tables et bancs. Presque trop pour Clément, qui a dû momentanément interrompre le service de tartes flambées.

Mais une fois les beaux jours passés, le bistrot des villages aura-t-il le même succès ? En tout cas, Clément veut faire évoluer la carte. Vendre par exemple du vin chaud quand ce sera le moment. Mais aussi proposer aux particuliers ou entreprises de privatiser le camion pour des événements ponctuels.

En attendant, il posera son bar truck itinérant à Diebolsheim, Dausenband, Hindisheim et Ichtratzheim les semaines paires. Avant de se rendre à Limersheim, Uttenheim, Friesenheim et Witternheim les semaines impaires.

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