Climat : en Allemagne, une loi interdit les jardins de pierres pour éviter la surchauffe des villes

"Interdit de couvrir son jardin avec des pierres". C'est l'étrange injonction d'une loi du Bade-Wurtemberg, pour faire cesser une mode paysagère aux conséquences néfastes pour l'environnement. Alors on y déconstruit ces jardins et on revégétalise. Exemple à Kehl.
 

Fin des jardins de pierres en Allemagne, retour de la terre et des végétaux
Fin des jardins de pierres en Allemagne, retour de la terre et des végétaux © Catherine Munsch/ France télévisions

Depuis l'été 2020, un texte de la loi d'urbanisme du Bade-Wurtemberg interdit les "jardins de pierres". Quesaquo?  Une mode paysagère qui consiste à couvrir de cailloux plus ou moins grands et anguleux, les espaces autour des maisons et bâtiments publics. Pendant des décennies, communes et particuliers d'Outre-Rhin ont ainsi cherché à étouffer toute herbe folle, fleur, buisson et arbre. Et depuis la répétition des canicules de plus en plus longues, ils le paient cher.

Motifs et conséquences de cette mode

Depuis la modification du texte de loi durant l'été 2020, les propriétaires de ces jardins de pierres se sentent un peu mal à l'aise, voire "coupables" pour certains. La majorité refuse de s'exprimer à ce sujet, mais les rares qui le font évoquent le côté pratique de ces jardins. Une dame âgée de Kehl argumente: "Ces cailloux devaient nous éviter le désherbage, la taille et tout le travail d'entretien qu'auraient exigé des espaces verts." 

Même raisonnement pour les municipalités qui ont bétonnisé les centres-villes à outrance. Jusqu'à un récent verdict alarmant : les températures estivales s'envolent et les citadins suffoquent entre leurs murs. Matthias Kaufhold, responsable du service de l'urbanisme à Kehl explique : "Il existe des études qui révèlent que les nuits d'été, on peut avoir jusqu'à 6,5 degrés de plus dans les zones minéralisées en centre-ville que dans les espaces végétalisés à l'extérieur de Kehl. Nous avons aussi mené une étude climatique qui indique des endroits particulièrement impactés par ce phénomène." La ville n'a donc pas attendu la révision de la loi en 2020 pour réagir et changer sa politique urbanistique.

Les jardiniers de Kehl ont commencé la végétalisation des sols en 2017
Les jardiniers de Kehl ont commencé la végétalisation des sols en 2017 © Catherine Munsch / France télévisions

 

Kehl, précurseur de la revégétalisation

Conséquences à Kehl : à chaque nouvelle construction, la loi urbanistique interdit aux citoyens de créer des espaces minéralisés, en dehors des bâtiments. Une association locale Blühendes Kehl (Kehl fleuri) s'est même spécialisée dans le conseil à la revégétalisation des jardins. De son côté, la municipalité remplace, à grande échelle, les espaces publics couverts de pierres. "Durant les trois dernières années, nous avons re-végétalisé 4,5 ha sur l'espace public", explique Franck Wagner, responsable des espaces verts de Kehl, très investi dans ce travail de reconquête de la nature sur le minéral. "Quand on traverse la ville, on se rend compte que cela a bien fonctionné. Au départ ce n'est jamais évident, car les herbes étaient considérées comme de la mauvaise herbe. Certains trouvaient que ça ne faisait pas très propre et soigné, mais les gens ont compris et aujourd'hui, ils nous disent qu'ils apprécient cette verdure." 

La représentante du parti des Verts (Die Grünen) de Kehl, Nicole Stirnberg, précise : "Dans le Bade-Wurtemberg, la loi d'aménagement et d'urbanisme imposait déjà, dès 1995, la plantation de végétaux autour des bâtiments, mais peu de personnes la respectaient. Le texte a été clarifié cet été, désormais les grandes superficies de cailloux ne sont plus autorisées sur les terrains privés. Cette loi du Land dit même que les jardins doivent être végétalisés avec des plantes qui attirent les insectes". 

 

Pourquoi les 20 centimètres de terre de surface sont primordiaux

Petites punaises, cloportes, collemboles, sont des micro-organismes que la loi de nos voisins d'Outre-Rhin veut réhabiliter, car sans eux pas de végétation en surface et surchauffe de l'air garantie. Christophe Brua, entomologiste à la société alsacienne d'entomologie, évoque la richesse de cette couche superficielle de terre : la microfaune est très variée, on y trouve de petits escargots, des mille pattes, des coléoptères, jusqu'au bactéries et champignons. Toute cette vie permet aux arbres et autre plantes de vivre. 

La vie des micro-organismes du sous-sol assure la vie des plantes en surface
La vie des micro-organismes du sous-sol assure la vie des plantes en surface © Catherine Munsch / France télévisions

La bonne nouvelle, c'est qu'il n'est pas nécessaire de retirer les pierres pour les remplacer par de la terre, il suffit de les couvrir, car elles contiennent aussi des nutriments minéraux intéressants pour le sol. Quant aux fleurs et arbustes, il est conseillé de planter des végétaux bien implantés dans la région, qui résistent à presque toutes les conditions météo. A Kehl, les résultats sont probants. Là où ne poussaient que des cailloux pendant des décennies, ce sont désormais des parterres de fleurs de toutes les couleurs, qui même en automne, offrent encore leur nectar aux insectes butineurs. Quant aux buissons et aux arbres, ils devront réduire les îlots de chaleur qui étouffent les habitants des villes.  

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