Coronavirus : les mesures de confinement commencent à produire leur effet, selon l'ARS

"Tous les indicateurs font penser que les mesures de confinement font leur effet". C'est ce qu'a déclaré ce vendredi 3 avril Christophe Lannelongue, directeur régional de l'ARS, l'agence régionale de santé dans le Grand Est. Une petite lueur après un mois d'intense mobilisation.

L’hôpital de Mulhouse, en première ligne depuis u mois
L’hôpital de Mulhouse, en première ligne depuis u mois © Jean-François FREY
Le nombre de patients hospitalisés pour Covid-19 dans les hopitaux du Grand Est continue d'augmenter, mais cette augmentation est moins marquée depuis quelques jours. C'est le constat que fait l'Agence Régionale de Santé, avec des disparités selon les territoires : un léger mieux en Alsace, mais encore une extrême tension en Moselle. En tout, 4 657 personnes hospitalisées dans le Grand Est en date du 2 Avril, dont 949 en réanimation. Mais la bonne nouvelle, c'est que ces jours-ci, une trentaine de patients en moyenne quittent le service de réanimation chaque jour, contre une quinzaine auparavent.

On aura passé le pic au plus tard le 25 Avril


Pour Christophe Lannelongue, c'est une certitude. Tous les modèles et les indicateurs montrent que l'épidémie ne progresse plus à un rythme aussi soutenu qu'il y a une semaine encore. Une analyse qui vient conforter les observations du service des urgences à l'hopital Emile Muller à Mulhouse. 
 
A l’hôpital Emile Muller à Mulhouse on parle d' "accalmie""
A l’hôpital Emile Muller à Mulhouse on parle d' "accalmie"" © Thierry GACHON

Moins d'appels vers le 15, moins de patients admis en réanimation. Pour le directeur général de l'ARS, ce sont les mesures de confinement qui commencent à produire leur effet. 
Pour autant, les jours à venir resteront très difficiles, prévient-il. Car malgré une inflexion, qui donne à penser que le pic sera passé à la fin du mois d'Avril, impossible d'avoir une estimation plus fine. Hors, les équipes, qui pour certaines sont mobilisées depuis 5 semaines sont à bout. fatiguées par le manque de repos, et par la violence d'une maladie qui a parfois emporté les patients en quelques heures. 

Sans les transferts, on ne serait pas passés


Partout, des lits de réanimation ont été créés de toute pièce. Il a fallu du matériel, et du personnel supplémentaire. 1 170 lits aujourd'hui, soit un triplement des capacités initiales. Désormais, difficile de faire beaucoup plus. "Nous sommes au bout des possiblités" explique Christophe Lannelongue. Voilà pourquoi les transferts de patients vers d'autres centres hospitaliers ont été déterminants. 304 personnes ont été évacuées vers d'autres régions de France, ou vers des pays limitrophes, et notemment l'Allemagne qui a accueilli à elle seule 109 patients. Pour l'ARS, il faudra "renvoyer l'ascenseur" si nécessaire dans les semaines qui viennent.
 
Des patients transférés vers des établissements moins impactés
Des patients transférés vers des établissements moins impactés © Darek SZUSTER

Ces transferts ont été réalisés en TGV, mais aussi grâce au concours de l'armée, entièrement mobilisée explique général le Christian Bailly, officier général de la zone de défense et de sécurité Est. Là encore, il a fallu faire preuve d'inventivité. "Un lit de réanimation, ça ne se met pas facilement dans un hélicoptere de combat" raconte-t-il. "Hors, en 24h, nous avons élaboré un processus, et nous l'avons validé".
"Sans cela, et sans la contribution des cliniques privées, nous ne passions pas", précise encore Christophe Lannelongue.

Vers une sortie de crise progressive?


Pour Josiane Chevalier, préfète du Bas-Rhin, et préfète de la région Grand, il faut préparer et accompagner la sortie du confinement. Une stratégie nationale a été proposée, mais le Grand Est ne s'interdit pas d'engager la réflexion à l'échelle régionale, pour la soumettre éventuellement au gouvernement. 
Au fur et à mesure que la pression s'allège sur les hopitaux, il faudra que la médecine de ville soit en capacité de prendre le relais pour le suivi des patients confinés chez eux. Des modalités innovantes déjà développées dans le Haut-Rhin peuvent servir d'exemple, avec une étroite coopération entre les équipes d'infirmiers libéraux et les médecins et avec l'utilisation d'outils informatiques dédiés.

Tests de dépistage massif dans les EHPAD

La situation dans les EHPAD reste extrêmement difficile, et l'ARS reconnait la difficulté de trouver les ressources humaines nécessaires. Il faut cependant mettre en place une organisation qui permette de mieux prendre en charge les personnes âgées. Cela passe entre autres par la nomination d'un médecin gériatre référent, joignable 24h sur 24. 
 
Peut-etre un dépistage massif dans les EHPAD
Peut-etre un dépistage massif dans les EHPAD © Guillaume BONNEFONT

Autre piste : la généralisation des tests de dépistage. Une expérimentation est déjà menée depuis quelques jours dans un établissement de Nancy, et cette mesure pourrait être étendue à tous les établissements. "La stratégie de sortie de crise repose sur la protection des personnes âgées, qui sont les plus vulnérables" affime le directeur de l'ARS. Le dépistage permettrait d'identifier les personnes contaminées et d'organiser une prise en charge spécifique.

Les masques, sous bonne garde


Dans tous les cas, la protection des professionnels de santé, et para-médicaux, en ville comme à l'hopital, reste une préocupation de chaque instant, disent les autorités, qui annoncent la livraison de 3 millions de masques supplémentaires, en plus des deux millions réceptionnés mardi dernier à l'aéroport de Bâle Mulhouse. Des aéroports sécurisés par l'armée à chaque livraison, tout comme le transport et le stockage de cet accessoire désormais extrêmement convoité.
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