Extrême-droite en Allemagne : 25 personnes arrêtées, elles projetaient des attentats contre les institutions allemandes

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Écrit par Florence Grandon .

La police allemande a arrêté 25 personnes qui projetait des attentats contre les institutions allemandes et notamment un contrôle par les armes du Bundestag, le Parlement allemand. Ce coup de filet de grande envergure a mobilisé 3.000 policiers mercredi 7 décembre, dans 11 Länder notamment dans le Bade-Wurtemberg.

Mercredi 7 décembre, 3 000 policiers allemands ont participé à 25 arrestations et 130 perquisitions coordonnées dans onze Länder allemands, en Autriche et en Italie. Un coup de filet de grande envergure, l'opération Ombre, a eu pour objectif de stopper les projets d'attentats fomentés par un réseau d'extrême-droite et de Reichsburger ("Citoyens de l'empire" ndlr), des citoyens allemands qui rejettent la démocratie et souhaiteraient rétablir le deuxième ou le troisième Reich. 

Parmi les 25 personnes arrêtées, un descendant de la noblesse allemande, des anciens militaires, une ressortissante russe et une ancienne députée du Bundestag (du parti d'extrême-droite AfD). Des partisans de l'idéologie Qanon ainsi que des "Querdenker" (opposants à la politique sanitaire allemande pendant la pandémie de covid19) font aussi partie des personnes interpelées. Treize des 25 personnes arrêtées sont en détention provisoire. 

Les policiers du Bade-Wurtemberg ont été fortement mobilisés : sur les 150 lieux situés dans toute l'Allemagne, 38 lieux du Land du Bade-Wurtemberg ont été perquisitionnés ou ont fait l'objet d'un mandat d'arrêt contre leurs occupants : la ville de Pforzheim, les arrondissement de Enz, de l'Ortenau (frontalier de Strasbourg), du Lac de Constance et de Brisgau-Haute Forêt Noire, ainsi que ceux de Freudenstadt et Rottweil.

Ils ont été déferrés devant la cour de justice fédérale située à Karlsruhe (Bade-Wurtemberg), qui procèdera jeudi et vendredi à des interrogatoires.

Emmanuel Droit, professeur d'histoire contemporaine à Sciences Po Strasbourg et spécialiste de l'Allemagne n'est pas surpris.

"Ce qui est surprenant surtout, c'est l'absence de polarisation de la politique allemande, une politique de consensus qui donne l'impression à l'extérieur qu'il ne se passe pas grand chose. Alors que les attentats antisémites (comme devant une synagogue de Halle en 2019) et les crimes racistes de la NSU existent bel et bien et ce ne sont pas des épiphénomènes !"

Depuis les attentats racistes des trois membres du groupuscule néo-nazi NSU entre 2000 et 2007, les renseignements allemands avaient renforcé la surveillance des mouvances d'extrême-droite. "Et ce coup de filet, qui est une réussite puisqu'il intervient avec de probables passages à l'acte, est aussi un échec de cette surveillance accrue. On dit souvent "l'Allemagne a tourné la page du racisme et du fascisme", mais ce n'est pas vrai. Et ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est qu'il ne s'agit pas que de l'Est de l'Allemagne : le Sud et l'Ouest sont également concernés."

Le spécialiste de l'Allemagne regrette qu'il n'y ait pas de débat national sur l'extrême-droite en Allemagne, "il y a les actes terroristes, les groupuscules violents, mais il y a aussi des enjeux socio-culturels et politiques ! Peut-être qu'avec ce coup de filet, un électrochoc va avoir lieu ?"

Le réseau d'extrême-droite démantelé le 7 décembre a été fondé en novembre 2021. Il envisageait des attentats contre les institutions allemandes, avec notamment une prise de contrôle du Bundestag, le Parlement allemand et sa prise de contrôle par des hommes en armes. L'ex-député AfD Birgit Malsack-Winkemann ferait partie des personnes arrêtées. Juge et députée de 2017 à 2021, elle devait permettre à des membres du réseau de rentrer dans le Bundestag.

La cour de justice fédérale a lancé cette vague d'arrestations au moment où les projets étaient très précis et détaillés. Les enquêteurs préparaient ce coup de filet depuis le printemps dernier. Cette mouvance extrémiste et complotiste compterait 20 000 membres, dont une partie serait décidée à commettre des actes de violences sur le sol allemand.

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