"Je ne connaissais rien aux vaches avant de faire ma seconde. Ça me passionne", qui sont ces courageux qui décident de reprendre une exploitation agricole ?

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Sujet Rund Um en alsacien sous-titré ©France Télévisions

Dans les prochaines années, des centaines d’agriculteurs partiront à la retraite. En Alsace, 55% des paysans ont plus de 50 ans. Alors qui pour reprendre une entreprise qui n'a pas de prix et qui demande un engagement de chaque instant ? Rencontres d'agriculteurs face au défi des transmissions d'exploitations.

Des heures et des heures de travail au quotidien, des salaires déplorables et très peu de reconnaissance... on le sait, le monde agricole ne séduit plus vraiment. Se pose alors la question de la relève. Qui pour reprendre les exploitations dont les propriétaires partent à la retraite ? Certains restent en famille avec les jeunes générations qui baignent dans le milieu depuis toujours, d'autres cherchent des courageux en dehors du cercle familial. Nous avons rencontré plusieurs agriculteurs : des futurs retraités et des jeunes qui ont décidé de relever le défi.

Marc Freyss, 58 ans, élève des vaches laitières à Kolbsheim (Bas-Rhin). Une exploitation reprise à son père. Une vie qu’il a choisie et qu’il veut transmettre à son tour. "J’ai grandi dans ce milieu mais mon père ne m’a pas obligé à faire comme lui. C’était un choix de ma part. Ça fait 40 ans et maintenant voilà la relève" nous dit-il en nous présentant Ludovic Lentz, 25 ans. En plein dans la traite du matin, ses gestes sont maîtrisés. Il connaît déjà parfaitement le métier. "Moi, je suis issu du monde du cheval, je ne connaissais rien aux vaches avant de faire ma seconde. Ça me passionne, surtout l'élevage."

Ludovic Lentz n’est pas un membre de la famille. D’apprentis, il est passé salarié pour, il y a quelques mois, reprendre 30% des parts de l’exploitation. Marc, lui, restera associé pendant cinq ans avant de céder ses champs, son exploitation et ses 130 vaches. Un patrimoine dont il est difficile de se séparer. Un patrimoine qu'à l'avenir personne ne pourra gérer seul, selon lui. "Les exploitations sont de vraies entreprises. Ce ne sont plus de petites exploitations familiales. Il y a énormément d’argent en jeu et du travail. Il faut que la nouvelle génération puisse avoir une vie normale. Du temps libre, des vacances… Les jeunes doivent s'associer pour gérer une ferme."

Des dossiers de transmissions suivis par la Chambre d’agriculture. Elle dispose d’un service qui vient en aide à tous ceux qui souhaitent transmettre leur exploitation. "À savoir qu’il faut compter 5 à 10 ans avant qu’un repreneur puisse réellement s’installer, surtout hors cadre familial" assure Catherine Etter, conseillère installation transmission à la Chambre.

Vente à la ferme et tourisme pour se développer

À Mattstall (Bas-Rhin), on travaille en famille. Charles Suss, 63 ans, a les yeux rivés sur les comptes depuis des années. Une gestion fine au quotidien pour transmettre à son fils une entreprise économiquement saine. "L’outil de travail coûte trop cher. À la fin de votre carrière, vous avez investi 4 millions d’euros et vous ne pouvez pas partir avec votre outil sous le bras. Il est difficile de le vendre. Un jeune qui doit tout reprendre sous la forme d’une société avec des parts sociales, doit débourser une somme astronomique et doit rembourser pendant 20 à 30 ans. C’est le problème. "Évidemment, c'est le plus beau métier du monde. Un métier qui n'a pas de prix, surtout quand on travaille dehors et qu’on travaille quand d’autres voudraient partir en vacances."

Tu ne peux pas vendre que du lait pour t’en sortir

Thibaut Suss, agriculteur

Bien que le métier soit difficile, Thibaut, 29 ans, ne voudrait rien faire d’autre. Travailler dehors, traire et élaborer des produits laitiers lui procure du plaisir. "Il faut aimer faire du fromage, des yaourts et du beurre. Cela prend du temps. Économiquement, c'est nécessaire aussi, car nous employons quatre salariés ½ sur l’exploitation. Tu ne peux pas vendre que du lait pour t’en sortir."

Pour avance, il vaut mieux ne rien attendre de l’État. Il est préférable d’entreprendre soi-même. Pour développer l’entreprise, Thibaut et son épouse Floriane ont ouvert un petit logement, une "P'tite cabane" de 20 m².

Salon, cuisine, chambre à coucher et petite salle de bains pour y passer quelques jours au grand air. "Dans le nord de l’Alsace, le tourisme se développe. Chez nous le site est plus joli avec nos vaches et nos paysages. On peut s’y promener et les gens peuvent venir à cheval." Une deuxième petite habitation est en réflexion. L’idée étant de pouvoir se dégager un tout petit plus de salaire.

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