Le grand hamster en danger : une association dépose deux plaintes contre l'État français

L'État français avait déjà été condamné en 2011 pour des manquements dans la protection du grand hamster. "Déposer plainte c'est le seul moyen qu'on a pour remobiliser l'Etat", déclare le président de l'association à l'initiative des procédures juridiques.

Il n'y aurait plus que quatre grands hamsters dans le Haut-Rhin. D'après l'association Sauvegarde Faune Sauvage (Alsace), l'espèce serait en danger critique d'extinction dans la région. Malgré son statut d'espèce protégée depuis 1993, "la marmotte de Strasbourg" n'est plus si présente que ça.

"La faute aux manques de moyens engagés par l'Etat", estime Jean-Paul Burget, président de l'association en charge de sa protection. Deux plaintes ont ainsi été déposées contre l'Etat au début du mois de mai.

La monoculture de maïs mise en cause

L'une a été portée auprès du Comité de Berne, pour non-respect de certaines recommandations formulées dans la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe.

"Aujourd'hui on recense que quatre hamsters dans le Haut-Rhin et entre 700 et 800 dans le Bas-Rhin, explique le président de l'association. En 1979, il y en avait 4000 dans toute l'Alsace !". Face à cette chute, l'association impute à l'Etat son manque d'engagement dans la protection et la réintroduction de l'espèce notamment dans le Haut-Rhin.

"Le département a fait le choix de développer la monoculture de maïs, qui n'est absolument pas favorable à l'installation des hamsters", alerte-t-il, notamment à cause du grand besoin en eau de cette culture, ce qui noie les terriers des rongeurs.

Près de 4000 hectares de cultures conventionnées

L'autre plainte complète celle déposée par l'association en 2022 auprès de la Cour européenne de justice pour non-respect de l'arrêté du 9 juin 2011, qui condamnait l'Etat français pour manquement aux obligations de protection de l'habitat du hamster. "Déposer plainte c'est le seul moyen qu'on a pour remobiliser l'Etat. Quand on touche au porte-monnaie, c'est là qu'il agit", juge Jean-Paul Bruget.

L'association réclame en effet l'augmentation des cultures conventionnées favorables au rongeur et notamment des parcelles de blé sur pieds : une culture qui n'est pas récoltée et qui permet donc aux hamsters de rester à l'abri des prédateurs. À l’heure actuelle, "on dénombre 4 000 hectares de cultures conventionnées en Alsace, dont une bonne centaine de blés sur pieds", détaille Laurent Fischer président des Agriculteurs et faune sauvage d'Alsace (AFSAL).

L'AFSAL s'occupe de répartir les cultures conventionnées entre les agriculteurs : "C'est vrai que dans le Haut-Rhin, il n'y a que sur la commune de Jebsheim qu'il y a des cultures conventionnées, explique-t-il. Il y a quelques années, on avait une vraie opposition des maires à accueillir des parcelles protectrices pour le hamster, aujourd'hui les jeunes générations d'agriculteurs sont beaucoup plus sensibles à la sauvegarde de cette espèce."

Des retards de paiement pour les agriculteurs pro-hamster

Le bât blesse donc du côté de l'État, qui met du temps à rétribuer ces agriculteurs qui s'engagent : "Il y a un et demi de retard de paiement pour les cultures de blé sur pieds, cela représente quand même 2000€ par hectare, s'indigne le président de Sauvegarde faune sauvage. L’État n’a pas suffisamment de financement pour le blé sur pieds, donc on fait des conventions avec le monde agricole, mais s’il n'est pas payé ça ne sert à rien."

Pour l'AFSAL, les résultats commencent toutefois à apparaître : "Certains agriculteurs constatent une augmentation du nombre de terriers, et donc de hamsters, sur leurs parcelles, se réjouit le président. On en dénombre environ 850 en Alsace, contre 250 il y a une dizaine d'années."

Pour l'association de protection de l'espèce, le bilan est plus contrasté puisqu'elle estime qu'il faudrait 4 500 hamsters sur tout le département afin que l'espèce soit déclarée viable.

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