Sport : Emmanuel Macron, un soutien de poids dans l'objectif de créer des ligues d'Alsace

C'est un serpent de mer, cela fait des mois que de nombreuses disciplines sportives en Alsace souhaitent créer ou recréer des ligues régionales et sortir de la configuration Grand Est. En octobre 2021, Roxana Maracineanu s'y était déclarée favorable. Au tour du Président de la République, Emmanuel Macron, d'appuyer la démarche.

C'est une lettre datée du 22 février 2022 adressée au collectif sportif pour l'Alsace. Elle est signée du Président de la République, Emmanuel Macron, et appuie la démarche de création de ligues d'Alsace émises par certaines disciplines comme le tennis, le foot, ou le handball. 

Dans cette lettre, le chef de l'Etat précise notamment "avoir demandé à la ministre des sports d'organiser prochainement une concertation avec les fédérations sportives, afin de faciliter le déploiement des ligues d'Alsace."

Un soutien qui fait suite à la mise en place d'un collectif au printemps 2021 et rassemblant neuf présidents de comité sportif : les présidents des comités de football, de rugby, de handball, d'athlétisme, de savate boxe française et d'aïkido avaient alors rejoint ceux du tennis dans leur volonté de s'émanciper de la Ligue Grand Est, créée en 2016.

Courrier PR signé Collectif sportif pour l'Alsace by Anne-Laure Herbet on Scribd

Du côté des irréductibles alsaciens, ce soutien présidentiel est évidemment providentiel. "Nous avons toutes les cartes en main pour convaincre le président de la FFF, la voix d'Emmanuel Macron va nous permettre de prétendre à la création de notre ligue d'Alsace", réagit, optimiste, Michel Aucourt, président du District d'Alsace de football. 

"On ne voit pas pourquoi une fédération ne respecterait pas une volonté présidentielle. Notre objectif c'est de développer le tennis, pas de nous mettre en opposition avec la fédération, on espère créer un dialogue", explique encore Stéphane Thomann, président du comité de tennis du Haut-Rhin. On ne dit pas que le Grand Est n'a pas fait au mieux, simplement la taille du Grand Est n'est pas la taille adaptée au sport."

De nombreux soutiens politiques

De quoi réjouir Bruno Fuchs, député LREM et qui porte la voix du collectif à l'Assemblée nationale. "Pour moi, la lettre écrite par le Président de la République, est décisive. Vous avez d'une part les clubs qui ont voté à 90% pour la sortie du grand Est et de l'autre un pouvoir politique au plus haut niveau qui dit "allez-y", il s'agit donc de faire respecter la démocratie".

D'ailleurs dès la publication de la lettre d'Emmanuel Macron, les 14 parlementaires LR et UDI ont réagi dans un communiqué rappelant que "nous nous sommes battus depuis des mois en interpellant le gouvernement, avec le président de la Collectivité européenne d’Alsace, Frédéric Bierry, et le Collectif Sportif pour l’Alsace, afin de permettre aux comités sportifs départementaux alsaciens qui le souhaitent de créer des ligues alsaciennes."

La mise en place de ce collectif avait déjà fait beaucoup de bruit lors de sa création, obtenu de nombreux soutiens politiques donc et même celui de la ministre des sports, Roxana Maracineanu en octobre dernier. "Le code du sport mentionne que les fédérations ont la possibilité de solliciter auprès du ministère une dérogation pour que leur organisation territoriale ne suive pas celle des organes déconcentrés du ministère. Il n’y a donc pas besoin de nouveaux décrets. Je vous le confirme. Toute demande de la part d’une fédération motivée et justifiée pourra donner lieu à une dérogation" , avait alors rappelé la ministre.

Sauf qu'il s'agit d'un rappel du cadre de la loi NOTRe votée à l'été 2015 qui redessine les régions françaises et du code du sport. La possibilité de créer des ligues alsaciennes dans le giron des fédérations Grand Est existe bel et bien, encore faut-il que le processus soit validé par lesdites fédérations. Et c'est bien là que le bât blesse.

Les fédérations pas franchement ouvertes à une sortie du Grand Est concernant l'Alsace

Ce sont les fédérations qui ont le pouvoir et aucune ne veut entendre parler de la création de ces ligues alsaciennes. Pas plus dans le tennis que dans le football ou le handball. "La FFF a été très claire, c'est non pour la création d'une ligue d'Alsace, nous explique Stéphane Heili, directeur de la communication et du développement à la ligue du Grand Est de football. Il n'est pas question de bouleverser l'ordre établi, ce serait ouvrir la boîte de Pandore. Cela fait six ans que nous mettons en place les structures fédérales grande région, on ne peut pas tout détricoter".

Même son de cloche du côté du handball. "Pour la fédération c'est très clair, la scission n'est pas envisageable. Au mieux, un comité Alsace peut être créé dans le giron du Grand Est mais c'est tout. En plus pour le handball, il n'y a pas de soucis de déplacements lointains pour les matches, les divisions sont restées identiques à ce qui se faisait avant. Je vais vous dire, je trouve que nous prendre en otage pour décider de ce que l'Alsace pourrait être, c'est une démarche peu orthodoxe", réagit passablement énervé, Jean-Marie Noël, président de la ligue de handball du Grand Est.

Les velléités indépendantistes de certains comités sportifs départementaux sont évidemment renforcées par le soutien présidentiel. Reste qu'elles ne trouvent toujours pas d'écho au sein des fédérations.