Suisse : pourquoi la fête nationale a lieu le 1er août ?

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Ce lundi 1er août, la Suisse célèbre sa fête nationale, comme tous les ans depuis plus d'un siècle. L'occasion de revenir plus de 700 ans en arrière pour retrouver les traces d'un document que les trois cantons primitifs ont signé en 1291.

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Si les origines de la fête nationale française sont bien connues, celles de son homologue suisse sont beaucoup plus anciennes. Pourquoi les Suisses célèbrent-ils leur fête nationale le 1er août ? Georges Bischoff, historien spécialiste de l'Alsace et de la Suisse, nous aide à y voir plus clair.

La fête nationale suisse trouve ses origines il y a plus de 700 ans : "Elle est fondée sur un document très important qui remonte à 1291, explique Georges Bischoff. Il s'agit du Pacte fédéral, un parchemin en latin signé par les trois cantons primitifs de la Suisse."

Ces cantons, ce sont ceux de Schwytz, d'Uri et d'Unterwald, au centre du pays. Depuis, le canton d'Unterwald a été scindé en deux pour former ceux d'Obwald et de Nidwald (voir carte ci-dessous). Ce document, aujourd'hui conservé à Schwytz, esquisse les premières traces de la Suisse confédérée que nous connaissons de nos jours : "Les trois cantons se sont jurés une alliance solennelle, ou plutôt, l'ont renouvelé. Mais il n'existe pas de trace du précédent document."

Une alliance oui, mais contre qui ? "Face aux rebelles internes et aux agresseurs externes, répond l'historien. L'ennemi désigné, du moins implicitement, c'était le peuple des Habsbourg, qui après avoir racheté la ville de Lucerne, rêvait de contrôler deux routes qui traversaient la Suisse, dont celle du col de Saint-Gothard, qui permettait de rapidement joindre le Rhin à Milan."

C'était un pacte principalement militaire. Les trois Suisses étaient pratiquement émancipées.

Georges Bischoff

Historien

Un événement en particulier a poussé les trois cantons à s'unir : "En juillet 1291, le roi Rodolphe Ier de Habsbourg décède. Les habitants ont eu peur qu'un successeur plus gourmand ne monte sur le trône", précise Georges Bischoff. Le pacte garantit, dans un espace bien précis, la paix. Un valeur à laquelle la Suisse est très attachée : "C'était un pacte principalement militaire. Les trois Suisses (rien à voir avec le catalogue, ndlr) étaient pratiquement émancipées. Elles se gouvernaient toutes seules, de manière très autonome", note l'historien.

Trois, treize, puis 26 cantons

Par la suite, plusieurs cantons se sont joints aux trois primitifs. Ce fut le cas de celui de Lucerne, Zurich ou encore Berne : "De fil en aiguille, le nombre de cantons s'agrandit. A tel point que lors de la bataille de Marignan de 1515, après deux siècles d'extension, 13 cantons sont liés militairement." La Suisse que nous connaissons au 21e siècle en compte 26.

Les Suisses ont eu besoin de construire une histoire nationale

Georges Bischoff

Historien

Mais alors, à quel moment est-il fait mention du 1er août ? A vrai dire, nulle part. On sait seulement que le pacte a été signé "début août" 1291. Le 1er août a été choisi là-dessus. Et ce n'est qu'en 1899, alors que la Suisse sortait de la guerre du Sonderbund entre cantons catholique et protestants, qu'elle a été désignée comme journée nationale : "La guerre a ébranlé le pays, et les Suisses ont eu besoin de construire une histoire nationale. L'unité a été renforcée, et c'est là par exemple que Berne a été désigné comme capitale."

Il aura donc fallu attendre 600 ans et la fin du 19e siècle pour que les Suisses se rassemblent derrière cette fête nationale. Pourtant, ce jour n'est férié partout dans le pays que depuis 1994. Quatre ans plus tôt, une initiative populaire est déposée. Intitulée "Pour un jour de la fête nationale férié", elle est acceptée par votation en septembre 1993.