VIDEO. Le baguage des oiseaux migrateurs, "il y a des gestes qu'il faut surveiller, on pourrait leur casser une patte"

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Le centre ornithologique de Munchhausen, Bas-Rhin, bague des oiseaux migrateurs en route vers l'Afrique. ©France Télévisions

Des oiseaux migrateurs sont bagués au centre ornithologique de Munchhausen. Une opération délicate, qui donne de précieux renseignements aux scientifiques. Les données récoltées sont transmises au Muséum d'histoire naturelle de Paris.

Que les âmes sensibles se rassurent, même si l'image peut paraître choquante. Une minuscule fauvette d'à peine 20 grammes s'est emmêlée dans un filet. Immobilisée, tête en bas, elle s'agrippe à l'aide de ses pattes.

Avec beaucoup de dextérité, Paul Koenig, ornithologue chevronné, la saisit et la libère des mailles. "Il y a des gestes qu'il faut surveiller, car on pourrait très facilement lui casser une patte" précise-t-il. Mais fort de quarante années d'expérience, l'homme sait y faire. Installé sur sa main, l'oiseau se calme.

Puis l'ornithologue l'installe dans un petit sac de coton. D'ici une demi-heure, après avoir été ausculté et bagué, le petit captif sera relâché, pour pouvoir se nourrir tranquillement et reprendre des forces avant de continuer sa route vers l'Afrique.

Des filets tendus à l'aube

Durant une quinzaine de jours, une vingtaine de bénévoles de la station ornithologique de Munchhausen, située en pleine zone humide, au cœur du Delta de la Sauer (Bas-Rhin), se relaie pour capturer diverses espèces d'oiseaux migrateurs avant leur départ pour l'Afrique. Certains dorment même sur place, afin d'être opérationnels avant l'aube.

Ces oiseaux, qui arrivent d'Europe du Nord, migrent durant la nuit. La roselière du Delta de la Sauer leur offre un lieu de halte intéressant, où ils trouvent "des insectes extrêmement petits, des petits vers, des choses comme ça." Pour mieux les attirer, les bénévoles ont installé des haut-parleurs qui reproduisent leur chant.

"L'oiseau se dit : 'c'est un endroit sympa où je vais pouvoir me nourrir', puisqu'il entend son propre son. Donc il descend, et s'installe" raconte Paul Koenig à notre équipe de reportage. Mais c'est seulement à l'aube que les ornithologues tendent leurs 120 mètres de filets entre des perches. "Les oiseaux se rapprochent de la source sonore, et c'est alors qu'on les prend."

Une petite séance de baguage et d'auscultation

Un peu plus loin, assis à une table sous un abri, Arthur Keller, un autre ornithologue bénévole, réceptionne l'oiseau capturé. Il plonge la main dans le sac pour en retirer l'oiseau. Le petit corps disparaît presque dans sa paume, seule la tête dépasse entre ses doigts.

La pince qui permet de resserrer la bague autour de la patte minuscule semble vraiment monstrueuse. Mais l'opération se déroule sans encombres, en à peine quelques secondes.

"Je vais la fermer, la sceller, explique l'ornithologue. Ce sont des bagues en métal, individuelles pour chaque oiseau", avec un numéro unique. "Si cet oiseau se fait capturer dans une autre station de baguage, on va pouvoir l’identifier, savoir d’où il vient. Cette semaine, notamment, on a eu des oiseaux polonais. On a des oiseaux de Suède, aussi."

"Depuis de nombreuses années, l'enjeu est devenu très scientifique, précise Paul Koenig. On fait des baguages dans le cadre de protocoles très précis" établis par le CRBPO (Centre de recherches par le baguage des populations d'oiseaux) lié au Museum national d'histoire naturelle de Paris.

Au départ, le baguage servait surtout à connaître les voies de migration. Aujourd'hui, il permet de suivre individuellement un grand nombre d'oiseaux, et de collecter des données fondamentales sur leurs longévités et leurs déplacements. L'interprétation des données recueillies permet d'engager des actions de gestion favorables à la conservation des espèces et à leur diversité.

L'opération est aussi l'occasion de déterminer le sexe et l'âge de l'oiseau, et mesurer la masse et la longueur de l'aile pliée. Toutes ces données, immédiatement informatisées, sont ensuite transmises au CRBPO.

Le petit oiseau de 18 grammes qu'Arthur Keller tient dans sa main est prêt à être relâché. Après s'être restauré, il reprendra sa très longue route vers le Sud. Paul Koenig décrit sa probable trajectoire, qui ne cesse de l'émerveiller : "Ces oiseaux descendent par l'Espagne vers Gibraltar, traversent le Maroc, et vont jusqu'au Sénégal ou la Côte d'Ivoire (…) Et ils peuvent venir de Finlande. Ça fait 6 000, ou 8 000 kilomètres pour de tout petits oiseaux de moins de 20 grammes. C'est fantastique."

Mais ces dernières années, il observe malheureusement une "terrible baisse" du nombre des oiseaux. La faute, selon lui, à "la disparition des biotopes", principalement l'assèchement des zones humides, mais aussi à l'utilisation des pesticides. En Alsace, d'autres stations ornithologiques effectuent des baguages, sur l'Ile du Rhin, à Kembs, ainsi que dans la Petite Camargue alsacienne, à Saint-Louis.

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