Carnaval 2022 : dans les Ardennes, l'histoire singulière d'un village mobilisé pour perpétuer la tradition

Publié le Mis à jour le

La Covid avait privé les habitants de Neufmanil de leur carnaval en 2021. Mais cette année, on n'attend plus que le feu vert du préfet des Ardennes pour mettre sur pied les festivités. Des groupes historiques ont déjà répondu présents pour un cortège qui réunit 500 participants.

Vivez le Festival Interceltique : Le Festival Interceltique de Lorient 2022

La tradition remonte au 19ème siècle. A Neufmanil, le carnaval est un grand moment festif qui débute par une cavalcade, le dimanche avant mardi gras, et se termine lorsqu’on brûle la Mémé, le personnage qui symbolise tous les défauts, le mercredi des Cendres. En 2022, sauf dernière minute, le carnaval aura bien lieu le 27 février. Le maire de la commune, Dominique Wafflard est confiant.

 "On ne voit pas ce qui pourrait y faire obstacle, compte tenu de l’allègement des mesures sanitaires. Il n’y a aucune raison." Dès le 16 février, les discothèques, notamment, pourront rouvrir et la consommation sera possible dans les stades, cinémas, transports, ainsi que la consommation debout dans les bars. Par ailleurs, le masque n’est plus obligatoire à l’extérieur.

C'est un truc de fous ! Avant je prenais une semaine de congés pour y participer.

Dominique Wafflard, maire de Neufmanil

Dominique Wafflard est devenu maire de Neufmanil en 2017, lorsque son prédécesseur, Pierre Cordier, a été élu député des Ardennes. Il a été réélu en 2020. Actuellement, il suit de près les travaux de rénovation et d’extension de la mairie de la commune. Mais l’organisation du carnaval, il y travaille également. Il y tient.

"Une douzaine de groupes historiques ont déjà dit oui. Notre souci, c’est le financement, dit-il. C’est le nerf de la guerre, on est fauché. Le budget du carnaval tourne autour de 9.000 euros. Habituellement, les bénéfices des manifestations organisées tout au long de l’année alimentent le fonctionnement du carnaval mais depuis deux ans, pas un sou n’est rentré."

La mairie devra avoir recours à ses réserves pour assurer une participation financière au carnaval.

On retournait les bleus de travail

Remonter aux origines de ce carnaval est l’occasion de plonger dans l’histoire des Ardennes et de ses traditions. Cela remonte au 19ème siècle. "A l’origine, les ouvriers avaient des congés, à la mi-carême, raconte Dominique Wafflard. Les ouvriers sortaient des boutiques (les usines), avec leurs bleus de travail, les retournaient, et ainsi se déguisaient.

Ils allaient chez les gens du village et devaient se faire reconnaître, sans dire un mot. On leur posait des questions et ils ne pouvaient répondre que par des hochements de tête et sans mentir." Le maire souligne qu’on chauffait bien les maisons, pour que ceux qui étaient déguisés aient chaud et soif. L’idée était qu’ils ne restent pas trop longtemps.

"Quand tu en auras assez, tu te feras reconnaître, disait-on. Les vieilles maisons du village où l’on buvait la goutte, avant de repartir, ont une particularité. On entre devant par la cuisine et on sort à l’arrière par la salle à manger. On ne se croisait pas. Cela durait du lundi au mercredi".

La tradition a ensuite évolué. "Les gens ont mis des ferloques (vieux habits). Il ne fallait pas qu’on soit reconnu. Il ne fallait pas de piau (peau) qui dépasse. Sur les mains on mettait des chaussettes". En 1982, le maire de la commune se souvient que les Crayats (habitants de Neufmanil) avaient parfois recours à des draps troués (pour les yeux), pour se déguiser.

Le carnaval  ne s’est jamais arrêté. Il a ses codes. "C’est un truc de fous !, dit Dominique Wafflard. Je me souviens qu’avant, je prenais une semaine de congés pour y participer. On disait n’importe quoi, pour faire croire qu’on serait absent. La règle veut qu’on ne dit rien à personne. Si on se croise, on se cache". Le goût de la fête est une réalité dans ce village d’un millier d’habitants, à 10 minutes de Charleville-Mézières, et tout près de la Belgique.  

Des costumes toujours renouvelés

Dominique Wafflard, le maire du village qui fut rattaché à la France en 1769, souligne à quel point, à Neufmanil, il n’est pas nécessaire de provoquer la cohésion. "Elle existe, ça ne se provoque pas. Chez nous, ça se fait tout seul ! Les gens sont d’un naturel festif. La convivialité est permanente. Et le carnaval vaut le coup d’œil. Les gens débordent d’idées. Les costumes sont renouvelés tous les ans. C’est impressionnant."

Habituellement, la cavalcade rassemble 500 participants, une vingtaine de groupes et des chars. Tout se déroule dans une ambiance amicale, familiale. Les participants partent à 15 heures du terrain de football, pour faire le tour du village. Entre 2.000 et 5.000 personnes, des Ardennes, de la Marne et de Belgique, viennent généralement fêter carnaval à Neufmanil.

Ce n'est pas le seul carnaval du département des Ardennes. Celui de Signy-l’Abbaye est, lui, prévu quelques jours plus tard, le 13 mars. Avant cela, à Neufmanil, les petites mains vont travailler à réaliser les nouveaux costumes de fête de cette 33ème édition, dans sa forme actuelle, histoire d’émerveiller tous ceux qui ont le goût de la fête.  

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer des newsletters. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas des e-mails. Notre politique de confidentialité