Ardennes : des abeilles connectées sous surveillance pour un apiculteur 2.0

Avec l'arrivée du printemps, les abeilles reprennent du service, avec toute la fragilité de leur système d'organisation au sein de la ruche. Un apiculteur branché les surveille désormais à distance avec des capteurs électroniques, pour ne pas les déranger.

Quand l'électronique vient au service de la nature pour sauvegarder nos abeilles et garder un œil sur leurs petites vies. David Gilloux, l'apiculteur-ingénieur de Lonny dans les Ardennes.
Quand l'électronique vient au service de la nature pour sauvegarder nos abeilles et garder un œil sur leurs petites vies. David Gilloux, l'apiculteur-ingénieur de Lonny dans les Ardennes. © Daniel Samulczyk / France Télévisions
On s'attend à rencontrer un apiculteur d'expérience avec tout l'attirail décrit dans nos livres d'images, et c'est un Géo Trouvetou (célèbre inventeur, héros de bandes dessinées) qui vous ouvre la porte. Ce mardi matin 14 avril, c'est un passionné d'abeilles qui m'invite dans son univers, dans la région de Lonny, en terre ardennaise. Très vite, on comprend que l'homme maîtrise l'électronique et le bidouillage compulsif : l'atelier déborde de belles idées, toutes au service de la reine... des abeilles.

 
David Gilloux, apiculteur, garde le contact avec ses abeilles, il a modernisé sa façon d'interagir avec ses protégées
David Gilloux, apiculteur, garde le contact avec ses abeilles, il a modernisé sa façon d'interagir avec ses protégées © Daniel Samulczyk / France Télévisions


A 48 ans, David Gilloux, dépanneur informatique en première casquette, change de tenue quand il se consacre à la passion de ses insectes. Cet ingénieux ingénieur s'est posé quelques questions en observant la vie de ses premières ruches, les idées ont jailli.

L'apiculteur connecté

"Aujourd'hui, les abeilles ne peuvent malheureusement pas vivre sans l'intervention de l'homme !", me lance-t-il du fond de son atelier. Elles sont trop habituées à nous. Mais le problème, c'est que dès qu'on ouvre une ruche, on les dérange. On perturbe leur façon de vivre. En vérifiant les cadres à miel par exemple, pour voir si la reine est là, il y a des risques de la tuer involontairement. En reposant un cadre, si la reine est entre les deux parties, elle peut se faire écraser."

L'idée, c'était de trouver une façon de s'occuper des abeilles sans les déranger. Mais pour savoir quand on doit intervenir, il faut voir ce qui se passe dans la ruche, surveiller sans l'ouvrir, sans y être. L'électronique permet de faire cela.
- David Gilloux, apiculteur à Lonny dans les Ardennes

 
Il y a entre 30 000 et 50 000 abeilles dans une ruche, une mini société à protéger avec sa reine au centre
Il y a entre 30 000 et 50 000 abeilles dans une ruche, une mini société à protéger avec sa reine au centre © David Gilloux / apiculture Ardennes


L'idée de cet apiculteur-bidouilleur est audacieuse : barder la maison des insectes de différents capteurs pour recueillir des informations. Certes, avant lui, une dizaine de jeunes pousses, (start-up en anglais), intéressées par la gestion des ruches à distance, se sont fait connaître en France. Mais notre homme est un autodidacte dans le domaine. Son expérience de la "bricole connectée" date d'il y a tout juste un an, sa maison est un laboratoire d'essais.

Ainsi, la base de ses ruches est truffée d'électronique qui analyse en temps réel: le poids, la température, l'humidité des lieux et le son, le chant des occupantes. La pression atmosphérique, elle aussi, est prise en compte pour compléter les indications. Chaque ruche est ainsi reliée par signal radio à une passerelle, un appareil central installé au rucher, le tout dans un rayon d'un kilomètre.

 
Des ruches qui se mettent à parler et à donner des informations, c'est l'application technologique des apiculteurs de demain
Des ruches qui se mettent à parler et à donner des informations, c'est l'application technologique des apiculteurs de demain © Daniel Samulczyk / France Télévisions


Le transmetteur renvoie en permanence les données collectées au serveur de David qui contrôle et visualise ensuite les chiffres sur des courbes. Derrière son ordinateur, l'apiculteur voit tout, sans se faire piquer. "Grâce à ces capteurs, j'interviens au moment propice ! " me confirme-t-il en ouvrant la caisse de bois en construction. Si une reine venait à mourir, par exemple, la colonie disparaîtrait elle aussi dans les semaines qui suivent. Donc, à ce moment-là, il faut remettre une nouvelle reine. Ça, on peut désormais le savoir avec le capteur son."

Les abeilles changent de fréquence, de chant si elles n'ont plus de reine. Elles deviennent orphelines, elles n'ont plus de mère en quelques sortes, et elles changent de son. La fréquence normale d'une ruche est environ de 200 hertz, alors, si mon capteur entend 1000 hertz, c'est qu'il y a un problème. C'est comme un cri, elles sont complètement affolées.
- David Gilloux, apiculteur connecté, dans les Ardennes

 
Savoir décrypter le langage des porteuses de miel, une avancée possible grâce à la surveillance informatique à distance
Savoir décrypter le langage des porteuses de miel, une avancée possible grâce à la surveillance informatique à distance © David Gilloux / Apiculteur Ardennes


Surveille ton poids

Si David est à l'écoute de ses colonies avec l'analyse des sons, le paramètre poids attire également toute son attention.
En fidèle défenseur d'une apiculture pour sauvegarder l'espèce, l'idée de rendement n'est pas son objectif. Pourtant, la santé de la ruche passe par la surveillance de son poids. Le travail de collecte de miel de ses infatigables ouvrières se mesure et se pèse au gramme près.

 
La collecte des informations se fait par radio, loin des ruches et des interférences, pour éviter des perturbations à la colonie
La collecte des informations se fait par radio, loin des ruches et des interférences, pour éviter des perturbations à la colonie © Daniel Samulczyk / France Télévisions


 "Le capteur de poids, c'est pour voir si on a des rentrées de miel !, m'explique-t-il en me détaillant son système électrique. L'été, ça permet d'intervenir, d'aller récolter le miel quand il faut. Si la ruche perd deux kilos par exemple, ça veut dire qu'une partie des abeilles est partie faire un essaim, et qu'il n'y a plus de reine dans la colonie. L'hiver, ça indique si les abeilles manquent de nourriture. En début d'hiver, une ruche fait 30 kilos, réserve comprise. Si le poids descend vite, il faut compléter la nourriture. Ce sont vraiment des informations utiles."

 
Quand la technologie peut donner un petit coup de pouce à la nature. Les ruches connectées jouent la transparence désormais.
Quand la technologie peut donner un petit coup de pouce à la nature. Les ruches connectées jouent la transparence désormais. © Daniel Samulczyk / France Télévisions


Des alarmes qui sauvent

Les premiers mois dans sa combinaison d'apiculteur ne se sont pas déroulés sans quelques erreurs de débutants. David en a conscience, il revient sur son apprentissage en ces termes : "La ruche doit être aux alentours de 70 % d'humidité. Cet hiver, j'ai perdu deux colonies, (plus de 50 000 abeilles), car les ruches étaient dans un bois. L'emplacement était trop humide, elles n'ont pas réussi à extraire toute l'humidité, la colonie est morte. Avec le capteur d'humidité, j'aurai perçu le problème avant, et j'aurai bougé les ruches. À termes, je vais donc équiper mes 50 ruches de tous ces capteurs pour éviter cela."

 
Les abeilles régulent elles même la température et l'hydrométrie de leurs espaces de vie, mais la météo joue un rôle déterminant
Les abeilles régulent elles même la température et l'hydrométrie de leurs espaces de vie, mais la météo joue un rôle déterminant © David Gilloux / Apiculteur. Ardennes


Compter les abeilles, une par une

David Gilloux rêve d'un projet pédagogique autour du monde de l'abeille. Il prépare une ruche connectée, disponible sur Internet pour le public. Elle fera partager la vie de ses insectes. Avec ses batteries de capteurs électroniques et une caméra infrarouge, le quotidien de nos ouvrières n'aura plus de secrets. Le site s'appellera "mesabeillesconnectees.com" et sera opérationnel dans quelques semaines. 

 
Tous les jours, ce sont 2000 abeilles qui naissent et 2000 qui meurent dans une ruche, mais le travail ne s'arrête jamais.
Tous les jours, ce sont 2000 abeilles qui naissent et 2000 qui meurent dans une ruche, mais le travail ne s'arrête jamais. © David Gilloux / Apiculteur Lonny Ardennes


En attendant, et peut-être pour mieux trouver le sommeil, l'ingénieur va compter les entrées et sorties de ses protégées. Son prochain défi technologique : un système infrarouge placé à l'entrée de la ruche pour en surveiller les passages.
 
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