Ardennes : le scolyte, un fléau qui ravage les forêts

Les forêts ardennaises sont ravagées par la prolifération du scolyte, un insecte de la famille des coléoptères. Trouvant son origine dans le réchauffement climatique, ce fléau contraint l'ONF et les communes concernées à abattre des arbres en grande quantité.

Une forêt ardennaise ravagée par la prolifération de scolytes.
Une forêt ardennaise ravagée par la prolifération de scolytes. © Guy Demissy / ONF
"C'est une tempête silencieuse." Tels sont les mots employés par Jacques Baudelot, directeur départemental de l'Office national des forêts (ONF), pour décrire les ravages causés par le scolyte dans les Ardennes. Les gens ne s'en rendent pas compte, car c'est une mort discrète, mais le phénomène est violent."

Le scolyte est un insecte de la famille des coléoptères mesurant cinq millimètres. Petite taille, mais grands dégâts : pour se nourrir de bois, il creuse des galeries sous l'écorce et charrie avec lui un champignon provoquant un dépérissement de l'arbre. Les épicéas constituent son terrain de prédilection. Ces mêmes épicéas qui composent en grande partie les forêts ardennaises : "Avant, nous constations quelques attaques dans le sud du département, vers Signy-l'Abbaye, dans le Vouzinois et l'Argonne, explique Jacques Baudelot. Mais maintenant, ça monte aussi jusqu'à Monthermé et la pointe des Ardennes. C'est massif !"
 
Les scolytes sont de petits insectes xylophages de la famille des coléoptères. Ils mesurent de 2 à 5 mm de long.
Les scolytes sont de petits insectes xylophages de la famille des coléoptères. Ils mesurent de 2 à 5 mm de long. © ONF


Dans le département, le fléau s'intensifie depuis environ trois ans. Pour l'ONF, la cause s'avère évidente : le réchauffement climatique. D'un côté, les hivers moins rudes engendrent une multiplication des insectes : "Il n'y a plus de grand froid. Or, en temps normal, les gros coups de gel ont l'avantage de tuer les larves." De l'autre, les printemps de plus en plus secs affaiblissent les arbres : "Les épicéas ont moins d'eau pour se nourrir. Leur système immunitaire est donc moins efficace. Il ne leur permet plus de se défendre face aux insectes. Habituellement, ils produisent de la résine pour les engluer et les enfermer."


De plus en plus d'arbres abattus

Le nombre d'arbres abattus représente le meilleur baromètre pour saisir l'ampleur du phénomène. "Dans les forêts publiques, durant une saison normale (de septembre à septembre), nous récoltons en moyenne 70.000 mètres cubes, indique Jacques Baudelot. Et je ne parle que d'arbres sains. Cette année, nous en sommes à 200.000, et ce ne sont que des arbres malades ! Avec de tels volumes, nous n'abattons même plus d'arbres sains."

Qu'il soit sain ou touché par le scolyte, le bois récolté par l'ONF est généralement vendu à des scieries locales ou exporté vers la Chine. La charpente, le bois d'œuvre ou encore les palettes de manutention restent ses principaux débouchés. Seulement, les volumes d'arbres abattus étant de plus en plus importants, le matériau perd en valeur et son cours baisse. Cette tendance pose problème à certaines communes, pour qui la vente de bois représente une source de revenus importante : "Pour les municipalités qui ont investi en plantant il y a quarante ans, le manque à gagner est non négligeable, déplore Philippe Canot, maire de Sécheval et président des Communes forestières des Ardennes. À présent, il y a une entente entre les maires de différentes régions. Nous nous sommes mis d'accord pour ne pas vendre de bois sains, afin de ne pas surcharger davantage les marchés et faire chuter le cours."


Un reboisement très difficile

Quelles solutions s'offrent alors à l'ONF et aux collectivités locales ? "Dans les années 1970, on déversait de l'insecticide sur les forêts avec un hélicoptère, raconte Jacques Baudelot. Heureusement, cette pratique est interdite de nos jours !" Dans ce contexte, le reboisement demeure possible, même s'il comporte certaines difficultés : "Si l'on remet des épicéas, ils seront encore attaqués. Nous réfléchissons à planter d'autres essences plus résistantes, comme le chêne. Mais le temps qu'il grandisse, le gibier détruit tout ! Les sangliers le déracinent. Il faudrait mettre des grillages, mais c'est triste. L'équilibre est difficile à trouver."
 

Selon le maire Philippe Canot, dont la commune de Sécheval compte plus de 300 hectares de forêt, la situation ne présente pas de danger particulier pour les promeneurs : "Les branches et les arbres ne tombent pas comme ça ! On les repère car ils jaunissent, et on les abat." Il estime que le fléau doit impérativement être porté à la connaissance du grand public : "Sinon, les gens pensent qu'on arrache de grandes zones d'arbres par pur plaisir." De son côté, Jacques Baudelot confirme, quelque peu désabusé, "pour nous aussi, à l'ONF, c'est dur. Ces arbres, cette forêt, c'est un peu notre jardin. Les agents ont mal au cœur..."
 
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