Ardennes : voici pourquoi il y a une grève des facteurs à Maubert-Fontaine, Givet et Revin

Les facteurs et factrices ont entamé une grève au centre de tri de Maubert-Fontaine (Ardennes), le mardi 22 juin. Au centre de leur colère : une réorganisation des tournées par la direction, qui les pousse à bout.

Les grévistes de la Poste ont marché dans Maubert-Fontaine.
Les grévistes de la Poste ont marché dans Maubert-Fontaine. © Maxime Charliet, syndicat Sud

La distribution du courrier est perturbée dans le nord des Ardennes. La raison : un mouvement de grève initié par les facteurs et factrices travaillant à La Poste, le mardi 22 juin 2021.

Au centre de la contestation adressée au directeur départemental, officiant à Charleville-Mézières, un projet de réorganisation des tournées. Et ça ne passe pas du tout auprès du personnel qui se dit usé.

Le piquet de grève, qui réunit une cinquantaine de personnes, a lieu devant le centre de tri de Maubert-Fontaine (où l'on a un taux de 95% de grévistes). Tout le courrier destiné à Revin et Givet (60% de grévistes) passe par ici (à voir sur la carte ci-dessous).
 


France 3 Champagne-Ardenne a contacté Maxime Charlier, facteur à Charleville-Mézières et délégué du personnel de l'Union syndicale Solidaires (Sud)


Pourquoi faites-vous grève ?

"Les facteurs font grève car ils ont subi une réorganisation de leur activité [mardi] matin. Cette restructuration supprime plusieurs emplois sur les sites du secteur. Alors qu'avant cette réorganisation, nos collègues devaient déjà faire des heures supplémentaires régulièrement. Des tournées étaient supprimées, et ajoutées à d'autres qui restaient... Ce qui intensifie le travail, et complique encore plus la distribution du courrier."


Quelles sont les conséquences de cette réorganisation pour vous ? 

"Il y a un mal-être. Avant la réorganisation, les facteurs faisaient des heures supplémentaires, ils étaient épuisés physiquement et moralement, ils avaient des risques. Ils ne comprennent donc pas qu'on leur impose encore une réorganisation en supprimant à nouveau des emplois. Le personnel est à bout et c'est pour ça qu'il a décidé de se mettre en grève."

"Le CHSCT [comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail; ndlr] avait mandaté un cabinet d'experts externe pour connaître les tenants et aboutissants de cette nouvelle réorganisation des personnels. Leur rapport est accablant, il démontrait un mal-être du personnel, des risques psycho-sociaux avérés avant la réorganisation, des personnels usés physiquement. C'est-à-dire que tout le côté gauche des collègues était usé, ils ont des problèmes d'épaules, de genoux, de dos à force de monter et descendre le sac de courrier plusieurs fois au cours de la tournée."


Quelles sont les autres conclusions du rapport que vous citez ?

"Les heures supplémentaires, elles sont heureusement payées. Mais il a été démontré que ça représentait l'équivalent de deux emplois de terrain sur 2018 et 2019. Et des collègues font le choix de ne pas déclarer leurs heures supplémentaires. Donc on parle de deux emplois, mais c'est sûrement plus."
 


Quel est l'impact pour la population générale, qui bénéficie du service public postal ?

"C'est très simple. Les collègues qui travaillent dans les centres de préparation du courrier, qui préparent les tournées... ne connaissent pas ces tournées, en fait. Pas parce qu'ils travaillent mal, mais parce qu'ils connaissent mal la typologie de la tournée. Cela impacte la qualité du service rendu au client. Dans notre métier de facteur, on avait un savoir-faire : on faisait le tri général, puis on préparait sa tournée, et on la distribuait."

"Maintenant que le métier a été scindé entre préparateur et distributeur... Ce nouveau schéma industriel a engendré une dégradation avérée de la qualité de service. Quand on réorganise comme ça, il y a des réclamations en cascade. Et en ayant ainsi intensifié le travail, le facteur est toujours obligé de courir et n'a plus trop le temps de discuter avec les gens. Le lien social, c'est terminé maintenant. Parce qu'il n'y a plus le temps de le faire."


Que revendiquez-vous ?

"Deux revendications sont incontournables pour les collègues. L'arrêt de cette nouvelle réorganisation. Et un retour à la distribution des facteurs [comme elle se faisait] hors-covid. Quand il y a eu la crise sanitaire, la Poste a mis en place une organisation le samedi pour ne pas distribuer l'intégralité du courrier ce jour-là. Cela donnait deux tournées pour le facteur le samedi. On distribuait très peu de courrier, juste les prioritaires, colis, recommandés... Cela permettait de donner un samedi [libre] sur deux aux collègues. Donc le collègue faisait sa tournée et celle de son binôme."
 

Cela impacte la qualité du service rendu au client.

Maxime Charlier, facteur et délégué du personnel (syndicat Sud)


"Mais la conséquence, c'est que le lundi, on avait à redistribuer tout ce qui n'avait pas été distribué le samedi, avec en plus la charge de la tournée du lundi. On était tout à fait d'accord pour travailler ainsi un samedi sur deux, c'était ce qu'on voulait, mais ce sont les conséquences de cette organisation qui posent problème... Les tournées du lundi sont encore plus infaisables qu'avant."


Que faudrait-il faire ?

"Les collègues veulent redevenir titulaires de leur point de distribution du lundi au samedi. Actuellement, ils le sont du lundi au vendredi. Et ils sont "volants" le samedi : des collègues se retrouvent avec deux voire trois tournées dans d'autres secteurs."


Quels sont les retours de vos échanges avec la direction ?

"On se mobilisera jusqu'à ce qu'on obtienne satisfaction. On a été reçu ce mardi pour une première séance de négociations, on en a une deuxième ce mercredi. Mais ça n'a pas encore abouti, ils ne veulent pas revenir sur nos deux incontournables. Pour le moment, il n'y a pas de discussion possible sur le retour à l'ancienne organisation, et le retour aux tournées du samedi d'avant-covid. Tant que ce sera le cas, le mouvement continuera."
 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
grève économie social