Ardennes : rencontre avec un brocanteur professionnel privé de marchés aux puces à l'heure de la Covid

Pour les chineurs habitués à déambuler dans les brocantes, l’année 2021 ne sera pas très réjouissante. Le calendrier des différentes manifestations programmées sur la période de mars à septembre est presque vide. Seuls les brocanteurs professionnels installés en magasins peuvent encore travailler.

Le plaisir de chiner n'est possible qu'en intérieur pour l'instant, les brocanteurs professionnels remplacent les manifestations de villages, les brocantes, le temps que passe la Covid.
Le plaisir de chiner n'est possible qu'en intérieur pour l'instant, les brocanteurs professionnels remplacent les manifestations de villages, les brocantes, le temps que passe la Covid. © Daniel Samulczyk, France Télévisions

En ce moment, dans les Ardennes, on attend le retour du printemps, des cigognes et des brocantes de villages. Pourtant, cette année 2021 n'offrira pas de grandes possibilités pour les chineurs du dimanche en quête de belles trouvailles : la plupart des marchés aux puces du département sont annulés pour l'instant.

La crise sanitaire a jeté un voile sur les belles étales des particuliers qui vendaient leurs objets dans les petites brocantes de campagne. Pour ressentir encore le frémissement de la découverte d'une rareté et le plaisir d'en marchander le prix, il n'y a plus que quelques professionnels du genre en magasins.

Broc en stock

Il y a bien de la lumière ce vendredi après-midi 5 février dans la vitrine de l'ancienne ébénisterie du 28 bis boulevard de Béthune à Charleville-Mézières. Yannick Vesseron, 58 ans, l'a racheté en 2003 pour la transformer en caverne d'Ali Baba. Le grenier de Saint-Lié est ainsi né, poussé par la passion de l'antiquité et la curiosité de son propriétaire. 

Les magasins d'antiquités, un petit coup d’œil dans le rétroviseur et de belles surprises. Le grenier de Saint Lié à Charleville-Mézières.
Les magasins d'antiquités, un petit coup d’œil dans le rétroviseur et de belles surprises. Le grenier de Saint Lié à Charleville-Mézières. © Daniel Samulczyk, France Télévisions

En passant la porte, la machine à remonter le temps s'enclenche et l'odeur de la cire des beaux meubles 18 ème vous accueillent. Pour Yannick, cet endroit, est un résumé de tout ce qu'il aime et souhaite partager avec ses clients.

"On sent qu'il y a un grand vide, un gros manque, les gens ont besoin de ressortir, de toucher des objets ! " Admet-il en me faisant découvrir de belles statuettes en bronze. Il y a les accros à l'antiquité et à la brocante, ils aiment acheter, mais de moins en moins depuis le Covid. Heureusement, ils reviennent en boutique, alors, ça compense un peu. Je fais de l'achat-vente. Les gens viennent me proposer leurs objets ou je me déplace chez eux pour les acheter. Je chine dans les derniers endroits où on peut encore le faire, mais c'est réduit en ce moment, il n'y a plus d'animations extérieures." 

Loin des marchés aux puces dominicaux, les professionnels de l'antiquité proposent des pièces rares et une expertise pointue pour chaque achat.
Loin des marchés aux puces dominicaux, les professionnels de l'antiquité proposent des pièces rares et une expertise pointue pour chaque achat. © Daniel Samulczyk, France Télévisions

Dans le grand hangar aux allures de magasin, des milliers d'objets sont présentés : de vieux livres rares, de la vaisselle d'époque, des vinyles, des pendules, des vases étonnants, des meubles centenaires sur lesquels sont posés de magnifiques vitraux, des lampes anciennes.

On retrouve ses marques en arpentant les allées étroites, on reprend plaisir à toucher les matières, l'esprit de la brocante vous rejoint dans cet univers de l'occasion. Seul le doseur de gel hydroalcoolique à l'entrée et quelques recommandations écrites vous rappellent que quelque chose à changer.

 

Une braderie une fois par mois

Yannick, le brocanteur, en est bien conscient et observe avec lucidité ce virage imposé. " D'habitude, je fais des expos un petit peu partout en France. Des salons, de grosses brocantes qui drainent énormément de monde, la braderie d'Amiens, celle de Lille, mais là, tout est annulé. Pendant ce temps, le prix de l'antiquité a bien baissé. Les modes et les tendances dans l'ancien changent."
 

Avec le confinement, les gens relookent beaucoup et redonnent un coup de jeune aux meubles rustiques en les peignant. Quant à la nouvelle génération, ils sont plus attirés par les années 1970-1980 que par la fin 19 ème.

Yannick Vesseron, brocanteur professionnel, Le grenier de Saint Lié à Charleville-Mézières

 

Une mise en lumière d'objets du passé, un voyage dans le quotidien de nos grands-parents, le magasin-brocante tient toutes ses promesses
Une mise en lumière d'objets du passé, un voyage dans le quotidien de nos grands-parents, le magasin-brocante tient toutes ses promesses © Daniel Samulczyk, France Télévisions

 

Il n'y a pas foule toutefois en cette froide après-midi de février dans le magasin de Yannick. Le brocanteur a son réseau de collectionneurs fidèles, ses clients passionnés, mais il faut encore pouvoir séduire d'autres curieux. On ne passe pas la porte d'un antiquaire comme on entre sur un marché aux puces.

Pour cela, Yannick a eu la belle idée : une fois par mois, il organise une braderie dans l'allée extérieure de son magasin, devant sa porte. Une mini-brocante à ciel ouvert, à l'ancienne, pour recevoir plus de chineurs. "Ça permet de tripler ma surface de vente et de m'en sortir en ce moment ! " me confit-il plein d'enthousiasme.

 

 

La prochaine aura lieu les 27 et 28 février 2021 au numéro 28 bis du boulevard de Béthune à Charleville-Mézières, devant Le grenier de Saint Lié. Le magasin est ouvert du mercredi au samedi de 14h à 18h.

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