La colère des oubliés du Ségur de la Santé : "Pourquoi n'avons-nous pas droit nous aussi à ces 183 euros ?"

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Écrit par Isabelle Griffon
Le personnel des établissements médico-sociaux ont manifesté ce jeudi devant l'hôtel de ville de Mézières (Ardennes)
Le personnel des établissements médico-sociaux ont manifesté ce jeudi devant l'hôtel de ville de Mézières (Ardennes) © Document remis

Les personnels du secteur médico-social se sont mobilisés ce jeudi 3 décembre à Charleville-Mézières pour une reconnaissance de leur métier. Alors qu'ils sont aux avant-postes de la lutte contre le Covid-19, ils n'ont bénéficié d'aucune revalorisation salariale.

 Elle n'a pas touché les 183 euros net d'augmentation mensuelle annoncés dans le cadre du Ségur de la Santé. Et pourtant, cette jeune femme d'une vingtaine d'années, qui préfère témoigner anonymement, est infirmière. Elle ne travaille pas à l'hôpital mais à la Maison d'accueil spécialisée (Mas) de Charleville-Mézières. Et c'est là toute la différence, l'exécutif n'a pas promis une revalorisation salariale pour les soignants exerçant dans le médico-social, mais pour ceux travaillant en milieu hospitalier et dans les Ehpad. 
 
Même si elle est rattachée au centre hospitalier Bélair, la Mas qui accueille 60 adultes handicapés "en situation de grande dépendance" ne figure pas dans la liste des établissements qui bénéficient du Ségur. Ce qui reste incompréhensible pour cette infirmière et ses collègues : "Nous sommes soignants, nous faisons partie de la fonction publique hospitalière, c'est juste la structure qui est médico-sociale et nous n'avons droit à rien. Alors qu'à 50 mètres de notre bâtiment, au centre hospitalier, même les secrétaires et les jardiniers vont toucher ces 183 euros. Pourquoi n'y avons-nous pas droit ? On est vraiment écœurés."  
 

"Travail égal, salaire égal" 

Un sentiment d'injustice partagé par les salariés d'autres structures médico-sociales, comme les Instituts médico-éducatifs, le Foyer d'accueil médicalisé, le SSIAD (Service de soins infirmiers à domicile) ou encore le Foyer départemental pour l'enfance. A l'appel de la CGT, ces "oubliés du Ségur" manifestaient ce jeudi 3 décembre devant l'hôtel de ville de Mézières. "Travail égal, salaire égal", "Soigne et tais-toi" pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants, en grande majorité des femmes.
 
"Avec la crise de la Covid, les salariés de ces établissements publics ont vu leur charge de travail augmenter et la pression hiérarchique s'intensifier, surtout lors de la deuxième vague, déplore Christine Dhalluin, secrétaire générale de l'USD CGT 08. Alors que les Ardennes avaient été relativement épargnées par la première vague, la deuxième a touché de plein fouet ces établissements. "Il y a eu des clusters dans certaines de ces structures, assure la syndicaliste. Face à la Covid, les agents du médico-social étaient en première ligne, la pénibilité au travail est la même qu'en milieu hospitalier ou en Ehpad. La charge physique est là, la charge mentale aussi." 


Charge psychologique 

Pour le personnel de la Mas, les deux périodes de confinement sont lourdes à gérer. Il a fallu arrêter les activités et mettre les résidents à l'isolement pour les protéger du virus. "Ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent rester enfermés dans leur chambre, c'est compliqué pour eux, et pour nous, c'est une charge psychologique en plus à gérer, souligne la jeune infirmière. Certains soignants ont été malades, on a dû faire appel à des renforts extérieurs. Les équipes bougent beaucoup. Cela perturbe aussi les résidents qui ont besoin d'établir un lien de confiance avec les soignants." 
 
Celle qui travaille à la Mas "par choix" avoue songer, comme d'autres collègues, à postuler ailleurs. "Le travail ici est très fatigant, en plus des soins infirmiers, on fait beaucoup de "nursing". Comme les patients sont assez lourds à gérer, on donne un coup de main aux aides-soignants pour la toilette, le change et tous les soins au quotidien, explique la jeune femme qui confie gagner 1700 euros net par mois. Comme ses collègues, elle aurait aimé percevoir cette revalorisation salariale. 
 
Un manque de reconnaissance qui lui a donné un sérieux coup au moral. "On n'a plus envie de venir travailler, regrette-t-elle. Mais on vient quand même, car on fait ce métier avant tout par vocation." Si aucun coup de pouce financier n'est annoncé, elle s'interroge pour l'avenir de la structure : "On a déjà du mal à recruter, alors là ce sera encore plus dur. Pourquoi quelqu'un viendrait travailler ici alors qu'il peut gagner 183 euros de plus dans le bâtiment d'à côté ?" 

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