Coronavirus : à Charleville-Mézières, à l’Auberge du Laminak, "on survit" entre vente à emporter et espoir

Fermée depuis mi-mars, comme chaque restaurant de France, l'auberge ardennaise du Laminak tente de survivre à la crise du covid19. Entre cuisine à emporter et débrouillardise. Dans l'espoir de revoir des clients s'asseoir en salle.  

L’auberge du Laminak à Charleville-Mézieres propose du drive, route de Nouzonville.
L’auberge du Laminak à Charleville-Mézieres propose du drive, route de Nouzonville. © Daniel Samulczyk / France Télévisions
L’Auberge du Laminak, sur les hauteurs de Charleville-Mézières (Ardennes), en lisière de forêt, est devenue le rendez-vous des gourmets depuis quinze ans. André Vaquero, son chef, dynamique et plein d’idées, a su fidéliser une clientèle venue de la cité de Rimbaud et des villes voisines pour apprécier son talent. Mais, depuis le début du confinement, chez lui aussi, c’est le calme plat. Son établissement est fermé, ses deux employés sont au chômage partiel.

L’annonce du chef de l’état, lundi 13 avril, sur la prolongation de cette situation jusqu’au 11 mai, et le maintient de la fermeture des restaurants même après cette date, n’est pas pour rassurer le restaurateur. Rencontré à midi derrière la fenêtre qui lui sert de passe pour servir des plats à emporter, il explique avec de l’émotion dans la voix : "Tous les midis, on est complet d’habitude. On fait un menu à 17 euros et on a une clientèle de fidèles. On fait une trentaine de couverts à midi. Le week-end et le soir, c’est plus diversifié."
 
Un regard de restaurateur dans les Ardennes, qui en dit long sur l'interrogation du moment.
Un regard de restaurateur dans les Ardennes, qui en dit long sur l'interrogation du moment. © FTV


Quand il évoque son dernier service, le 14 mars, alors qu’il était complet midi et soir, son visage s’éteint : "C’est une perte sèche ! Le soir de la fermeture on n’a même pas eu le temps de se préparer, pas le temps d’encaisser moralement. On savait qu’on y allait, mais en deux heures, ce n’est pas sympa, surtout pour les restaurateurs qui ont fait de la mise en place : qu’est-ce qu’ils pouvaient faire de leur marchandise ?" 

"Alors je me suis tourné vers les assurances plusieurs fois. Dans les contrats, il est stipulé « perte d’exploitation », «  catastrophe naturelle », mais la pandémie n’est pas prise en compte. Si c’est moi qui suis malade ou mon épouse, d’accord, mais la pandémie, c’est impossible, ils jouent sur les mots. Moi, je considère que c’est une catastrophe naturelle et sanitaire, ça atteint le monde entier, tous les pays."
 

Un service de plats à emporter en attendant

 "J’ai commencé un service traiteur depuis une semaine. J’habite au-dessus de mon établissement, et tous les jours, je me lève et je vois le restaurant vide. En me montrant les quelques commandes notées sur son calepin, il poursuit, complètement dépité : C’est un crève-cœur ! Je voulais quand même voir du monde. Quand on annonce que les charges seront reportées, c’est bien gentil, mais si on ne les paie pas maintenant, on se fera étrangler un peu plus tard".

"Alors, il vaut mieux continuer à sauver les meubles, faire un peu de vente à emporter. J’ai deux employés, ce n’est pas beaucoup, mais il faut les payer. Je fais une avance de trésorerie. Le 2 avril, j’ai fait les deux chèques, les charges sont prises en compte dedans. A ce jour, on n’a pas été remboursé. Le gouvernement avait dit qu’il nous aiderait sur les salaires, on a rien."
 
La terrasse désespérément vide de l'auberge du Laminak.
La terrasse désespérément vide de l'auberge du Laminak. © FTV


"La vente à emporter sert à garder ma trésorerie à niveau, et pour les charges et les factures qui arrivent. Moi aussi je dois vivre. J’ai trois enfants, mon épouse et moi-même on est cogérant, donc on n'a droit à aucune aide, il n’y a pas de chômage partiel. Il n’y a strictement aucune rentrée d’argent à la fin du mois. Il y a heureusement aussi le côté humain. Nos clients nous soutiennent. Ils viennent deux à trois fois par semaine pour le traiteur, ça fait plaisir. "
 

Des écoles mais pas de restaurants, la pilule passe mal

Quand on évoque avec André Vaquero cette date du 11 mai annoncée par le président de la République, début, peut-être, d'un déconfinement, il ne cache pas être perplexe sur la méthode. "Je m’y attendais plus ou moins. J’avais entendu dire que les lieux publics seraient fermés. Mais je ne comprends pas : mes trois enfants vont dans des écoles différentes, primaire, collège et lycée. Les trois vont retourner à l’école après le 11 mai. Ils vont côtoyer des gens et d’autres enfants. Pourquoi envoyer les enfants à l’école et fermer les autres commerces ?

Mes tables sont séparées. Moi, ici, j’ai un restaurant assez vaste. J’ai pratiquement deux mètres d’espace entre les tables. Pourquoi ne pas ouvrir les lieux publics seulement aux familles (après le 11 mai ndlr)? Un couple qui vient, on leur donne une table, on ne mélange pas les personnes entre elles. 

 

Si on me dit «  Vous ne faites que des tables de deux et pas plus de six, 15 couverts seulement », par exemple, je prends. Même si on doit bosser, mon épouse et moi-même sans les employés, il n’y aura pas de soucis. Au moins, il y aura une petite rentrée d’argent pour sauver l’entreprise.

On a de la chance dans notre malheur. On vient de finir de payer nos emprunts le mois dernier. Le restaurateur qui a ouvert l’année dernière ou en janvier, c’est mort ! C’est fini pour lui ! Je viens d’apprendre qu’en Allemagne, les charges sont gelées et repoussées en 2021 pour toutes les entreprises.

Avant de se quitter, on évoque bien sûr l'avenir et cet été 2020 qui approche. Mais ce n'est pas l'optimisme qui domine du côté d'André Vaquero. "Si on arrive encore à ouvrir, je serai content, même avec des limitations de clients, mais pour l’instant, je ne sais pas ce qu’ils cherchent à faire au gouvernement."
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus santé société économie
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter