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Homophobie dans le sport. L'Ardennais Yoann Lemaire, ancien footballeur: “Il faut sensibiliser avant de punir”

Yoann Lemaire, ancien joueur du FC Chooz, est le premier footballeur à avoir fait son coming out / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne
Yoann Lemaire, ancien joueur du FC Chooz, est le premier footballeur à avoir fait son coming out / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne

L'Ardennais Yoann Lemaire, ancien footballeur du FC Chooz, a reçu ce 25 mars le Licra d'Or pour son engagement contre l'homophobie dans le sport. Interview.
 

Par Florence Morel avec Laurence Laborie

Yoann Lemaire, silhouette élancée, attend patiemment sur le canapé de cuir rouge où sont reçus nos invités. Ses mains se tordent, l'Ardennais regarde de gauche à droite. Nous sommes quelques minutes avant le direct du 19/20 de France 3 Champagne-Ardenne du mardi 26 mars. "Pour la photo, vous pourriez me rendre beau?", lance-t-il tout sourire. Une fois le cliché pris sur le plateau, il conclut, avec un air mi amusé, mi résigné : "De toutes façons, vous n'y pouvez pas grand-chose, c'est moi le souci."

Car l'ancien footballeur du FC Chooz est invité pour une cause qui a guidé toute sa vie : la lutte contre l'homophobie dans le sport. Pour ce combat, qu'il mène notamment avec son association Foot Ensemble, il a été récompensé du Licra d'or au Sénat. L'occasion de revenir avec lui sur cette cause, son documentaire Footballeur et homo, l'un n'empêche pas l'autre, et le débat entre la présidente de la LFP (Ligue de football professionnel) et la ministre des Sports concernant les chants de supporters.

La bande-annonce du documentaire de Yoann Lemaire :

Qu'est-ce que ce prix, le Licra d'or, signifie pour vous ?
C'est agréable de recevoir un prix de la part d'une grosse association comme la Licra. On connait leur travail contre les discriminations dans le sport (et pas que). Dans ce cas, en la présence avec la ministre des Sports et la présidente de la Ligue de football professionnel (LFP), Nathalie Boy de la Tour, c'est très sympa, c'est une reconnaissance du travail que l'on peut fournir.

Cette distinction salue votre engagement contre les discriminations, l'homophobie notamment, vous avez été le premier footballeur à avoir fait votre coming out... et il y a ce documentaire, Footballeur et homo, l'un n'empêche pas l'autre. Comment agissez-vous au quotidien ?
On fait ce qu'on peut. La LFP m'a demandé d'intervenir de plus en plus dans les centres de formation. C'est vraiment intéressant, car on va directement au contact des joueurs. C'est important d'ouvrir le débat, de dédramatiser et ça se passe toujours très bien.

"Il ne faut pas se leurrer, c'est du folklore pour les gens. Quand vous allez dans les stades pour en parler avec les supporteurs, ils vous diront tous que c'est pour déconner et s'amuser."
- Yoann Lemaire, président de l'association Foot ensemble


Difficile de ne pas revenir avec vous sur la polémique du moment : d'un côté la ministre des Sports réclame des pénalités contre les supporteurs aux propos injurieux, homophobes, notamment lors du match PSG-OM le 17 mars. De l'autre côté, la dirigeante de la Ligue de football professionnel, qui considère que la situation des stades s'est améliorée, qui parle de "folklore" pour désigner ces chants... quelle est votre position ? 
J'apprécie beaucoup Nathalie Boy de la Tour, on s'est vu lundi avec la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, donc je suis un peu surpris de ces échanges par médias interposés. Nathalie Boy de la Tour agit beaucoup au sein de la LFP, elle agit vraiment auprès des centres de formation, notamment avec le fonds d'action. Je trouve malheureux qu'une femme qui essaie de faire changer les choses se fasse tomber dessus pour critiquer une erreur de communication.

Et puis, il ne faut pas se leurrer, c'est du folklore pour les gens. Quand vous allez dans les stades pour en parler avec les supporteurs, ils vous diront tous que c'est pour déconner et s'amuser. Alors, ça n'empêche pas que c'est terrible, c'est moche, c'est interdit; mais il faut y aller progressivement et sensibiliser les gens avant de vouloir absolument les punir.

Retrouvez l'interview complète de Yoann Lemaire:

Vous qui avez été victime d'homophobie, cette position peut surprendre…
Elle surprend. On a eu l'habitude de travailler sur la lutte contre l'homophobie dans le sport avec la ministre précédente Laura Flessel, mais elle a démissionné et derrière, il ne s'est plus rien passé au niveau des ministères. J'ai confiance dans ce gouvernement parce que je crois, par exemple via la Licra, qu'ils font des choses, mais subitement il ne se passe plus rien. Et là, elle fait une sortie médiatique pour dire qu'il faut bannir les chants homophobes… Evidemment, tout le monde est d'accord avec ça, mais la question est comment fait-on?

Justement, comment lutte-t-on?
Il faut essayer d'avoir des projets. Nathalie Boy de la Tour avait pour projet concret de sensibiliser, notamment les jeunes, mais aussi les supporters. Avec un clip vidéo, des spots, le film et en parler avec leurs référents pour ouvrir le débat. Et si d'ici deux ou trois ans il ne se passe rien, là il faudra sanctionner.
 

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