Ardennes : les 142 ex-salariés d’Electrolux à Revin devront encore patienter jusqu'au 1er juillet 2022 pour espérer obtenir gain de cause face au géant suédois

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Écrit par Marie-Line Fournier
Les anciennes friches industrielles de Revin : Oxame, Electrolux et Porcher, le 3 janvier 2020.
Les anciennes friches industrielles de Revin : Oxame, Electrolux et Porcher, le 3 janvier 2020. © Aurélien Laudy / MaxPPP

Ce lundi 6 décembre 2021, un juge professionnel devait statuer sur la légalité et la justification du licenciement de 142 ex-salariés du site d’Electrolux, à Revin, dans les Ardennes. La décision a été mise en délibéré au 1er juillet 2022.

La situation sanitaire due à la Covid 19, n’en finit pas d’avoir des répercussions. C’est finalement au tribunal judiciaire, anciennement tribunal de grande instance de Charleville-Mézières, qu’a eu lieu l’audience concernant le licenciement de 142 ex-salariés d'Electrolux, ce lundi 6 décembre 2021. La salle des Prudhommes vue sa configuration, était jugée trop exiguë.

Si les ex-salariés de l’entreprise Electrolux, installée à Revin, ont bien reçu leurs primes de licenciement, la question de la validité du licenciement pour motif économique n’est toujours pas tranchée.

En juin 2021, les juges prudhommaux s'étaient mis en départage, et n’avaient donc pas statué sur le fond du dossier. Ces juges non professionnels ont donc fait appel à un juge départiteur.   

Délocalisation vers la Pologne

A Revin, à l’entrée de la pointe des Ardennes, l’usine Electrolux employait 400 salariés. Ils y fabriquaient des machines à laver. Seulement, en 2014, cette production a été délocalisée vers la Pologne. Premier coup dur pour les salariés, car ensuite avec la création de la SAI (Société ardennaise industrielle), seuls 186 salariés ont pu conserver leur emploi. Le projet consistait à confier au site la fabrication de moteurs principalement pour Electrolux.

En février 2018, la SAI puis Electrolux - la justice ayant estimé que la SAI était une société fictive créée par le groupe suédois d'électroménager - sont mis en redressement judiciaire. En mai de la même année, ce sont 157 salariés sur les 181 que comptait l’entreprise, qui sont licenciés. Seuls 24 emplois ont été maintenus par le repreneur breton Delta Dore. 

Ce licenciement, ils sont 142 à le contester, mais à ce jour, la décision n’ayant pas été prise par les juges prudhommaux, c’est le juge départiteur qui devait statuer dans ce dossier complexe. Une décision très attendue, alors que les salariés ont déjà reçu leurs indemnités de licenciement.    

Plus de 4 heures de débats

A 13 heures 30, quand l’audience s’est ouverte, au tribunal judiciaire, les ex-salariés d’Electrolux redoutaient un nouveau renvoi car les avocats de la société plaidaient l’incompétence du conseil des Prudhommes. Le juge départiteur n’a pas accédé à cette demande de renvoi. Les débats ont alors pu débuter, et les avocats des différentes parties échanger leurs arguments.

Si les avocats d’Electrolux n’ont pas souhaité répondre à nos questions, pendant l’audience, ils ont contesté les demandes d’indemnisation des salariés, arguant du fait qu’ils avaient déjà perçu des indemnités supra-légales. Selon eux, la faute reviendrait au repreneur de l’époque.

La complexité du dossier, mais aussi l’ensemble des reproches que l’avocat de certains ex-salariés d’Electrolux, Me Emeric Lacourt souhaitait adresser à SAI et à Electrolux, explique la durée de l’audience.

Il a notamment dénoncé "la manière dont le site avait été abandonné, sans qu’un certain nombre de garanties soient respectées, et sans que les possibilités de reclassement qui existaient aient été toutes évoquées et épuisées".

La lenteur de la justice en question

Les salariés, eux, sont las d’attendre une réponse des tribunaux. Jean-Pierre Villeret, un ancien salarié d’Electrolux a exprimé son incompréhension. "Je ne comprends pas que la justice soit aussi longue pour donner un résultat. Qu’elle soit favorable ou défavorable, peu importe le résultat. Si elle est défavorable, on va dans le sens des multinationales qui peuvent se permettre de monter une holding, de faire n’importe quoi, transférer les contrats de travail, et pis mettre les gens à la rue. Ils doivent être punis, peu importe la somme d'argent. Je ne suis pas là pour l'argent mais pour qu'au moins on arrête ce système."

Le long suspens n’a donc pas pris fin. Cela fait 7 ans, depuis la délocalisation en Pologne que l’affaire a commencé. 50 ex-salariés assistaient à l’audience. Ils sont repartis sans réponse.

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