Football : l'heure de la retraite pour Elise Bussaglia

Avec l'arrêt forcé des championnats, la footballeuse Elise Bussaglia voit sa carrière professionnelle prendre fin un peu avant l'heure. Mais l'Ardennaise ne va pas rester inactive. 

Elise Bussaglia compte 192 sélections en équipe de France
Elise Bussaglia compte 192 sélections en équipe de France © Charly Triballeau / AFP
L'histoire retiendra que la belle et longue carrière d'Elise Bussaglia a pris fin le mardi 28 avril 2020 à l'Assemblée nationale, lorsque le Premier ministre Edouard Philippe, présentant le plan de déconfinement, siffla la fin prématurée de la saison professionnelle de football.

La milieu de terrain ardennaise évoluant à Dijon avait prévu de raccrocher les crampons à l'issue de cet exercice 2019/2020. Le championnat de Première division n'ira donc pas à son terme alors qu'il restait six journées à disputer. De fait, l'heure de la retraite sportive a sonné pour celle qui va pouvoir se consacrer désormais à son métier de professeur des écoles. L'occasion pour elle de jeter un coup d'oeil dans le rétroviseur et de se projeter sur la suite.

 

Une fin de saison précipitée

Quand la crise sanitaire a éclaté en France en mars, le sport professionnel s'est retrouvé à l'arrêt forcé. Elise Bussaglia avait déjà décidé de mettre un terme à sa carrière à la fin de la saison. Mais pas question pour autant d'oublier ses impératifs professionnels, une question de mentalité. Confinée à Dijon où elle évolue depuis 2018, la milieu de terrain s'est efforcée de s'entretenir physiquement. "Nous avions un programme d'entraînement à suivre, raconte-t-elle, comme on ne savait pas ce qui allait se passer, il valait mieux garder la forme, surtout à 34 ans comme moi, le physique compte beaucoup".

Consciencieuse, elle n'a cependant pas été surprise par la décision des autorités. "C'est plutôt logique. Cette crise touche toute la planète et on ne connaît pas bien ce virus. Dans un sport de contact comme le football, je ne vois pas dans quelles conditions nous aurions pu pratiquer, cela n'aurait pas été une bonne idée." Son équipe du Dijon FCO, 9ème au classement de Division 1 (juste derrère le Stade de Reims) au moment de l'interruption, reste donc une saison supplémentaire au sein de l'élite alors que son maintien n'était pas encore acquis.

Elise Bussaglia arrête ainsi sur une bonne note collective et n'ose à peine admettre qu'elle aurait préféré un autre épilogue. "J'aurais aimé disputer un dernier match devant les supporters en sachant vraiment que c'était le dernier, cela aurait été une plus belle fin. Mais franchement, ce n'est pas la priorité en ce moment, il y a des choses plus graves. Ce qui arrive en ce moment est tellement spécial. Alors non, je ne suis pas triste du tout". 
 
 

Une longue et belle carrière

Le nombre de ses sélections en équipe de France parle de lui-même pour illustrer sa longévité. Avec 192 apparitions sous le maillot bleu chez les A, Elise Bussaglia n'est devancée dans l'histoire de la sélection que par Sandrine Soubeyrand (198 sélections). Titulaire indiscutable en équipe nationale pendant toute une décennie, elle a aussi fréquenté les deux meilleurs clubs du pays à l'heure actuelle : le Paris SG et l'Olympique Lyonnais, ce dernier étant aussi considéré comme le numéro un en Europe.

L'Europe, un continent qu'elle aura parcouru durant la dernière partie de sa carrière avec deux saisons passées à Wolfsburg en Allemagne et un an en Espagne au sein du mythique club de Barcelone. Un parcours difficilement imaginable lors de ses débuts à l'âge de six ans. "Quand j'ai commencé à jouer, le football féminin n'était pas du tout médiatisé, le professionnalisme n'existait pas, donc je ne pensais pas pouvoir vivre cela". Cette réussite, elle la relie d'emblée à ses racines ardennaises. "Le courage, l'abnégation, ce sont des valeurs fortes dans les Ardennes, j'en étais imprégnée et cela m'a bien aidé par la suite, avoue-t-elle.

Sur le terrain, je n'étais pas la plus talentueuse et si je n'avais pas fait preuve de combativité, je n'aurais jamais fait cette carrière". Un autre élément a compté selon elle tout au long de sa formation dans les clubs de Flize, Balan puis Bazeilles : la mixité. "J'ai joué avec des garçons jusqu'à l'âge de quinze ans. Il n'y a pas de doute, c'est un plus pour faire progresser les filles, car elles apprennent à jouer plus vite, elles gagnent en intensité physique". Au moment de dresser le bilan, difficile de retenir un match plutôt qu'un autre.
 

La dernière Coupe du Monde en France en 2019 ? "C'était un moment magique, les stades étaient pleins. Mais ce n'était pas notre meilleure performance (NDLR : la France avait été éliminée en quart de finale par les Etats-Unis, futures championnes du monde)". Avec la sélection, Elise retient davantage la 4ème place de la Coupe du Monde 2011 en Allemagne au cours de laquelle elle inscrivit un but égalisateur décisif en fin de match contre l'Angleterre en quart de finale. Ou encore les Jeux Olympiques à Londres en 2012 également conclus au pied du podium. En club, la Sedanaise - qui a fait ses débuts dans l'élite française dans la Marne à Saint-Memmie entre 2000 et 2002 - compte quatre championnats de France, trois Coupe de France, un championnat et une Coupe d'Allemagne avec Wolfsburg (voir palmarès ci-dessous). Et pas de titre avec le Barça mais un souvenir impérissable. "J'ai eu la chance de porter ce maillot mythique et de vivre ce bonheur au quotidien, c'était impressionnant".
 
Elise Bussaglia a porté le maillot du grand Barça durant la saison 2017/2018
Elise Bussaglia a porté le maillot du grand Barça durant la saison 2017/2018 © Stéphane Guiochon / Max PPP
 

Et maintenant, enseigner !

Les terrains à peine délaissés, Elise Bussaglia va se consacrer à sa carrière d'enseignante. Titulaire du diplôme de professeur des écoles depuis une dizaine d'années, elle n'a exercé que durant deux ans lors de son passage au Paris SG avant d'obtenir une disponibilité afin de poursuivre sa carrière de footballeuse. "A l'époque, j'enchaînais les journées de cours et les entraînements le soir, c'était fatigant mais très enrichissant, j'étais très bien entourée par mes collègues et toute l'équipe éducative".

Toujours liée à l'académie des Hauts-de-Seine, elle espère obtenir sa mutation dans les Ardennes à la rentrée de septembre afin de se rapprocher des siens. "Je suis partie de chez moi dès l'âge de quinze ans et cela crée forcément un manque. J'aimerais donc pouvoir retrouver ma famille régulièrement". Un peu d'impatience et d'appréhension aussi font leur apparition au moment de commencer son autre métier. "La pression et l'adrénaline des matchs vont peut-être me manquer. Mais je m'y suis préparée. Et puis, dans l'enseignement, je vais retrouver des similitudes avec le sport. Le fait d'accompagner les éléves, de leur permettre d'acquérir des connaissances, j'ai toujours cherché à le faire avec mes jeunes coéquipières".

Et puis le foot ne sera jamais très loin. En passe de valider son brevet d'éducatrice, Elise pourrait même prétendre à entraîner une équipe dans un avenir proche. Elle garde l'idée en tête, prête à écrire une nouvelle page de sa longue histoire d'amour avec le ballon rond.

 
Un palmarès impressionnant
En club :
-4 Championnats de France (avec Juvisy en 2006, et Lyon en 2013, 2014 et 2015)
-3 Coupe de France (avec Lyon en 2013, 2014 et 2015)
-2 Challenge de France (avec Juvisy en 2005 et le Paris SG en 2010)
-1 Championnat d'Allemagne (avec Wolfsburg en 2015)
-1 Coupe d'Allemagne (avec Wolfsburg en 2015)
-1 titre de meilleure joueuse de Division 1 (avec le Paris SG en 2011)
 
En équipe de France (192 sélections en A, 30 buts) :
-4ème place Coupe du Monde 2011, quart-de-finaliste Coupe du Monde 2015 et 2019
-4ème place Jeux Olympiques 2012, quart-de-finaliste Jeux Olympiques 2016
-Quart-de-finaliste Championnat d'Europe 2009, 2013 et 2017
-She Believes Cup en 2017
-Tournoi de Chypre en 2012 et 2014
-1 Championnat d'Europe U19 en 2003
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