Témoignage. Il est le dernier mineur de schiste des Ardennes : "ça cause une mine, il faut tout écouter, les éboulis, les infiltrations d’eau"

Il existe encore beaucoup de carrières de schiste, les fameuses ardoisières à ciel ouvert, mais la mine d’Alle-sur-Semois en Belgique est sans doute la dernière mine à être exploitée. C’est Vincent Théret qui a fait ce pari fou en 2012 alors que la mine était fermée depuis 1948. Une découverte sur le tas et sur le tard pour cet ancien maçon de 64 ans, activité devenue passion.

On pourrait dire que Vincent Théret est le dernier mineur de schiste de Belgique, peut-être même d’Europe. Mais ce titre honorifique ne semble pas émouvoir Vincent Théret plus que ça. Il préfère même corriger : "Je ne suis pas mineur, je suis carrier de mine d’intérieur."

Quoi qu'il en soit, son lieu de travail, la mine d’Alle-sur-Semois en Belgique, lui, ne peut laisser indifférent. Des galeries noires, humides, aux échos parfois inquiétants… Une cathédrale de pierre à l'atmosphère magique où Vincent doit rester vigilant, à tout instant.

"Il faut toujours tout surveiller dans la mine. Ça cause une mine, il faut tout écouter. Les craquements, les éboulis, les infiltrations d’eau… Quand on voit une cascade d’eau, et qu’on s’aperçoit qu’elle se déplace, là il y a un problème. Ça veut dire que la couche supérieure est en train de bouger et là, il faut vite partir, ça va tomber. Et si ça ne tombe pas tout de suite, je dois moi-même la faire tomber pour sécuriser le passage."

Une mine devenue site touristique

L’ardoisière d’Alle-sur-Semois a été exploitée de 1865 à 1948. Devenue un site touristique, la mine doit rester fermée au public six mois par an, afin d’assurer la tranquillité de chauve-souris qui viennent s’y réfugier l’hiver.

C’est pourtant là que Vincent Théret, ancien entrepreneur dans la construction, a décidé de travailler. "J’ai eu la chance de venir ici, je ne pensais pas l’exploiter comme ça et puis tout s’est enchaîné… L’’ardoise est revenue à la mode et je me suis retrouvé embarqué là-dedans." Un travail dangereux, exigeant, difficile que Vincent a appris sur le tas.

J’ai parlé aux anciens, j’ai beaucoup écouté et j’ai eu de la chance. Aujourd’hui j’ai beaucoup de plaisir à travailler ici

Vincent Théret, mineur de schiste à Alle-sur-Semois

Des dalles pour l'aménagement intérieur

Au sein des galeries dans lesquelles il se déplace à bord de son excavatrice, Vincent charrie des tonnes de pierres chaque semaine. À la fois mineur de schiste, cariste et tailleur de pierre, il part seul à la recherche de gros blocs de schiste. Ils deviendront peut-être, à terme, de grandes dalles polies pour le revêtement intérieur des sols. Les déchets, eux, seront valorisés à 100 % dans la construction, des aménagements intérieurs ou pour le jardin.

Une fois séchés, les blocs sont inspectés par Vincent pour déceler la moindre imperfection. "On peut verser de l’eau pour repérer les fissures. Sinon, on peut aussi le faire sonner, on tape dessus et le son doit être bien clair. Il n’y a que comme ça qu’on peut voir que le bloc est sans défaut."

Aujourd’hui, Vincent trouve facilement preneur pour ces pièces d’exception. Il faut dire que la qualité de la célèbre pierre bleue des Ardennes fait toute la différence selon lui : "Beaucoup vont le chercher en Espagne, mais rien ne vaut la qualité des schistes de chez nous, que ce soit en France ou en Belgique."


À 64 ans, Vincent entend donc continuer son activité autant qu’il le pourra. "C’est un métier dur, toujours dans l’humidité, c’est très dangereux. On apprend tous les jours… C’est une passion pour moi, tant que la santé me permet de rentrer dans la mine et que je n’ai pas peur, je continuerai."

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