Assemblée Nationale : les députés LREM de Champagne-Ardenne fidèles à la majorité présidentielle

Aïna Kuric: "Je suis trop libérale pour ce groupe" / © founie
Aïna Kuric: "Je suis trop libérale pour ce groupe" / © founie

Avec la formation d'un nouveau groupe à l'Assemblée Nationale, LREM perd la majorité absolue à l'Assemblée Nationale, en tout cas provisoirement. Peut-on parler de fissure dans la majorité ? En Champagne Ardenne, certains députés ont été approchés. Mais aucun n'a cédé.
 

Par Nicole Fachet

Un neuvième groupe à l'Assemblée nationale. C'est désormais officiel. Un nouveau groupe composé en majorité d'anciens marcheurs vient de se constituer. Baptisé "Ecologie Démocratie Solidarité", il regroupe de fortes personnalités comme Matthieu Orphelin ou Cédric Villani. Ce neuvième groupe fait perdre la majorité absolue à LREM, avec une voix de moins que les 289 députés requis. Dans le Grand-Est, la députée de La Meuse Emilie Cariou et la députée du Bas-Rhin Martine Wonner ont rejoint le nouveau groupe, mais en Champagne Ardenne, aucun député n'a accepté.
 

Les députés de Champagne Ardenne n'ont pas été séduits

Aïna Kuric a été tout de suite approchée par les sécessionnistes. La députée de la Marne a quitté le mouvement en juin dernier, en désaccord notamment sur la politique d'immigration : "j'avais voté contre la Loi Asile et Immigration. Chargée d'une mission , j'ai fait des propositions qui n'ont pas été entendues. J'ai alors décidé de quitter le parti, en juin dernier." Elle quitte le mouvement mais elle reste apparentée au groupe, plus vraiment LREM mais plus vraiment dedans. Logiquement, elle a été approchée par les députés qui formaient ce nouveau groupe. "J'y ai réfléchi car je me retrouve avec eux sur des sujets comme l'immigration, les libertés individuelles, mais je suis beaucoup plus libérale qu'eux. Ils représentent pour moi l'aile gauche de LREM. Moi, j'ai voté l'accord de libre-échange avec le Canada. Je ne me voyais pas adhérer au groupe. Par contre, je ne m'interdis pas de voter avec eux sur certains dossiers."

La députée LREM de Haute-Marne Bérangère Abba n'a ,quant à elle, pas hésité. Elle reste fidèle à LREM. Elle raconte:"J'ai bien été approchée il y a quelques mois. Mais je sais d'où je viens". Elle soutient plus que jamais la majorité présidentielle.

La question amuse le député LREM de l'Aube Grégory Besson-Moreau " Je n'ai pas été approché car ils connaissent mes idées. Moi je pense que notre groupe à l'Assemblée Nationale et notre mouvement politique vont dans le bon sens. Ces députés sont des jusqu'au-boutistes, ils ne sont pas dans le compromis. Or ça coûte de l'argent et rien n'avance."
 
Grégory Besson-Moreau:"Personnellement, je ne miserais pas un euro sur le bon fonctionnement de ce groupe" / © fournie
Grégory Besson-Moreau:"Personnellement, je ne miserais pas un euro sur le bon fonctionnement de ce groupe" / © fournie

"Ce nouveau groupe, tout le monde s'y attendait"

La création de ce nouveau groupe n'est pas une surprise. Le bruit courait depuis quelques temps qu'il était en préparation. "Ce sont des députés qui n'ont pas trouvé leur place, selon le député de l'Aube, je soupçonne certains de viser des postes de ministre dans un nouveau gouvernement. Personnellement, je ne miserais pas un euro sur le bon fonctionnement de ce groupe."
 
Bérangère Abba:"Ce sont des jeux politiques à l'ancienne. Je n'ai pas choisi la politique pour ça" / © fournie
Bérangère Abba:"Ce sont des jeux politiques à l'ancienne. Je n'ai pas choisi la politique pour ça" / © fournie

Bérangère Abba partage cette analyse et évoque à demi-mot des ambitions personnelles."Certains espèrent sans doute entrer au gouvernement. Ce sont vraiment des jeux politiques à l'ancienne avec des motions, des courants,le but étant d'obtenir des postes de ministres." Elle n'est pas étonnée de la création de ce neuvième groupe et estime que cela clarifie les choses:" C'est heureux que ces députés s'en aillent. Cela a le mérite de la clarification. Ca ne fragilise pas la majorité puisqu'on ne comptait déjà plus sur eux. Depuis des mois, nous entendions parler de la création d'un nouveau groupe, en fonction des ambitions des uns et des autres. On annonçait des dizaines de députés, finalement ils ne sont que 17, avec des profils en rupture de banc."
 

Pourquoi un nouveau groupe en pleine crise sanitaire?

Reste la question du timing. Pourquoi le créer maintenant, en pleine loi d'urgence sanitaire? Cette création d'un neuvième groupe peut fragiliser la majorité à l'Assemblée Nationale, alors que le gouvernement doit faire face à de graves difficultés économiques et sociales.

Aïna Kuric se veut positive. Elle estime que cela pourrait enrichir les débats et modifier les méthodes de travail en développant l'écoute: "Neuf groupes, c'est énorme, ça change tout, analyse -t-elle, Ce nouveau groupe n'affaiblit pas la majorité, mais va l'obliger à travailler différemment. Il y aura davantage de débats.Les Français seront mieux représentés dans leurs différences, ceux de droite, ceux de gauche. Qu'on le veuille ou non ,ces différences existent toujours. Il va falloir écouter davantage. Avec trois cent députés, nous étions un trop gros groupe pour que ça fonctionne. Ce nouveau groupe, c'est une bonne chose."

Pour Grégory Besson-Moreau, cela n'aura aucune répercussion sur le fonctionnement de l'Assemblée nationale: "Cela ne va rien changer à nos façons de travailler. Nous avons les soutiens des groupes MODEM et AGIR et nous ne serons pas gênés pour le plan de relance qui va s'appuyer sur l'écologie, l'agroéconomie, et l'économie directe."
 

Des députés fidèles au poste

Pour les députés, c'est en restant au coeur du système que l'on se fait le mieux entendre. Chacun est en mesure de rappeler les moments où il a pu se faire entendre et infléchir la position du gouvernement. " Je pense qu'on peut agir de l'intérieur, raconte Grégory Besson-Moreau, Par exemple sur le glyphosate, j'étais contre l'arrêt de son utilisation à très court terme. Il fallait le supprimer progressivement, le temps de trouver des solutions de remplacement. Le Ministre de l'époque m'a entendu. Nous sommes parvenus à un consensus."

Même optimisme chez Bérangère Abba:" La crise va faire exploser le modèle économique et le modèle social. Il va falloir redéfinir nos priorités. On doit être plus volontariste sur le plan économique mais ça tombe bien car le président Emmanuel Macron a annoncé que la relance économique s'appuyera sur la transition écologique. Nous défendons une écologie pragmatique."

La création de ce nouveau groupe a donné lieu à de nombreux commentaires. Certains espèrent que LREM retrouve la majorité absolue grâce à un jeu de passe-passe entre le député dissident Olivier Gaillard élu maire et sa suppléante.
Charles De Courson, député centriste de la Marne du groupe "Libertés et territoires", commente depuis l'Assemblée nationale : "je constate un affaiblissement de LREM. AGIR et le MODEM peuvent désormais faire pression. Le problème, c'est que LREM manque de corpus idéologique cohérent. Ca part dans tous les sens."

Pour Pierre Cordier, député apparenté LR des Ardennes qui s'exprimait sur LCP, "Ce neuvième groupe va ajouter de la confusion à la confusion. J'espère juste que cela permettra d'ajouter du débat car nous avons toujours beaucoup de mal à nous faire entendre."

Le neuvième groupe entend "Répondre à l'urgence écologique, moderniser la démocratie, réduire les inégalités sociales et territoriales." L'avenir dira s'il aura été une étape-clé dans la vie parlementaire. 
 

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