Attentat de Strasbourg: faut-il un lieu de mémoire dédié?

Le temps est encore au deuil, une semaine après l’attaque de Strasbourg. Si des lieux de recueillement spontanés ont été érigés depuis le 11 décembre à plusieurs endroits de la ville, un  "travail mémoriel" devrait bientôt aboutir à la création d’un lieu de mémoire pérenne.
 
Les hommages de la place Kléber
Les hommages de la place Kléber © France 3 Alsace
Des fleurs, des bougies, des messages, et même des dessins d’enfants… depuis l’attaque terroriste du mardi 11 décembre, qui a fait 5 morts et 10 blessés, les signes du deuil et du recueillement sont encore très présents dans Strasbourg. L’image du grand sapin, emblématique de la féerie de Noël, garni en son pied d’hommages citoyens, est le symbole le plus frappant de l’horreur qui s’est soudainement mêlée à la vie. Une vie qui doit inexorablement continuer dans la capitale alsacienne, habituée à briller en cette période. C’est, du moins, le message qu’élus, commerçants, mais aussi habitants, tentent de faire passer. Dans ce contexte, comment la ville peut-elle continuer à avancer sans oublier ?
 

Créer un lieu dédié pour que le drame reste gravé dans la pierre

Du côté de la municipalité, on assure que les réflexions vont bon train pour constituer un "travail de mémoire". Pour le moment, l’idée manque encore de contours, mais l’intention est là. "C’est un sujet sensible" reconnaît Alain Fontanel, premier adjoint au maire, avant d’expliquer "nous voulons prendre notre temps, ne brusquer personne, mais c’est un enjeu majeur pour les Strasbourgeois. Il s’agit de créer un lieu dédié pour que le drame reste gravé dans la pierre et dans la mémoire collective." Un travail du souvenir mené, assure-t-il, en collaboration avec les victimes et leurs familles. "Certaines d’entre elles en ont déjà exprimé l’envie, le besoin».

Un besoin que ne conteste pas le psychiatre strasbourgeois Georges Federmann. Mais pour ce praticien qui a beaucoup travaillé sur la mémoire, l’initiative serait avant tout "une marque symbolique", pas forcément sensée. "Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce qui se grave dans le marbre peut nous pousser à oublier. Il faut d’abord se soucier des questions politiques et sociales que présente cet attentat. Le vrai courage politique c’est par exemple d’aller dans les écoles expliquer ce qu’est le djihadisme, faire de la pédagogie. Créer un mausolée pérenne nous permettra de nous inscrire du côté du bien mais sans en faire la démonstration".
 

A quoi pourrait aboutir ce travail ?

Même si rien n’est acté, l’idée d’un parcours mémoriel dans les rues de Strasbourg où la tuerie s’est déroulée, semble d’ores et déjà exclue. "Faire le cheminement du parcours du tueur peut avoir une dimension macabre au lieu de défendre la mémoire des victimes" argumente Alain Fontanel. Pour faire d'autres propositions, Strasbourg envisagerait de regarder de qui s’est fait à Nice et Paris, deux villes elles-aussi endeuillées.
 

En attendant, les différents mausolées qui ont pris place dans l’hypercentre, ont été nettoyés et sécurisés ce mardi 18 décembre par les services de la ville. Les fleurs fanées, les objets détériorés ou abîmés ont été enlevés. Le reste, devrait rejoindre dans quelques jours le socle de la statue du général Kléber. Un lieu unique de recueillement et d’hommage, avant que l’ensemble ne soit transféré aux archives municipales. La ville de Paris en avait fait de même après les attentats du 13 novembre 2015. Les hommages lettres, poèmes, et autres dessins déposés dans les cinq lieux des attaques avaient été collectés par les Archives municipales et numérisés.
 
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