Jamais la ville n'a vu autant de jeunes médecins. Le Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAgjir) tient son congrès annuel à Reims, du 7 au 8 novembre 2019. Entre débats et ateliers, rencontre avec un médecin généraliste qui a décidé de s'installer dans la Marne.

Pour ses "Rencontres Nationales", le syndicat des jeunes généralistes ReAgjir a réuni ses troupes au Centre des Congrès à Reims, du 7 au 8 novembre 2019. Parmi les participants, des médecins venus d'Île-de-France bien sûr, d'Alsace, du Gers…et un médecin installé dans la Marne. Alors que le rassemblement se tenait sur ses terres, Jacques-Olivier Dauberton, 39 ans, était bien seul à représenter la Champagne-Ardenne.
 



"Ce qui fait peur en Champagne-Ardenne, c’est qu’on a l’impression qu’il n’y a rien en dehors de Reims." Il l'admet d'emblée, la région n'est pas la plus attirante pour un jeune – souvent déjà trentenaire – finissant son cursus. Le sien est fait de plusieurs déménagements : venu de Guadeloupe, il s'arrête à Saint-Étienne pour ses études de médecine, avant de créer une structure qui s'apparente à une maison de santé à Saint-Remy-en-Bouzemont, près de Vitry-le-François ; 526 habitants, d'après le dernier recensement de l'Insee en 2015. Entre temps, il aura été président du syndicat ReAgjir de 2014 à 2016, puis conseiller en charge des crises sanitaires au cabinet d'Agnès Buzyn, durant un an.

Avec les applications comme Whatsapp, on communique très bien avec des confrères spécialistes, même depuis un coin reculé.
-Jacques-Olivier Dauberton, médecin généraliste à Saint-Remy-en-Bouzemont.

Un chemin à rebours des autres docteurs. "Près de 40% de ceux qui finissent leurs études de médecine quittent la Champagne-Ardenne", assure Christophe Lannelongue, président de l'Agence Régionale de Santé du Grand-Est. "La situation est sans doute pire que ce que disent les chiffres", glisse Yannick Schmitt, anciennement président de ReAgjir lui aussi.
 

Densité de médecins pour 100.000 habitants en Champagne-Ardenne (source : Conseil National de l'Ordre des Médecins)

"Ce qui fait vraiment la différence, c'est l'existence d'une dynamique"



Pour Jacques-Olivier, les raisons personnelles et professionnelles se mêlent dans son choix de s'orienter vers la Marne. Il y a son épouse rémoise bien sûr, rencontrée durant ses études, mais aussi son parcours universitaire. “Mon internat m'a permis de connaître le coin. J’ai eu la chance aussi de faire plusieurs stages dans la région à Saint-Dizier, Châlons-en-Champagne et Épernay."

Ce qui a achevé de le convaincre, ça a été surtout l'assurance de ne pas pratiquer seul. "C'est l'opportunité de bosser avec une équipe dans une maison de Santé qui m'a décidé à venir à Saint-Rémy-en-Bouzemont. Je ne me voyais vraiment pas m'installer seul dans un cabinet." Pour attirer des docteurs séduits par le travail en collectif, il existe aujourd'hui quatorze maisons de santé dans la Marne. 

D'autres moyens d'attirer les jeunes finissant leurs études de médecine ? "Le levier financier reste un argument mineur", affirme Laure Dominjon l'actuelle présidente du syndicat des jeunes généralistes. Le "levier financier" qu'elle évoque, c'est principalement le "contrat d'aide à l'installation des médecins" (Caim), une aide financière versée aux médecins s'installant en zone-sous dotée, les fameux "déserts médicaux". 

"Ce qui fait vraiment la différence, c'est l'existence d'une dynamique. Quand il y a un effet de groupe et que plusieurs médecins s'installent en même temps, ça rassure les nouveaux arrivants." En l'écoutant, Jacques-Olivier opine du chef. Pour lui c'est clair, l'image du médecin de campagne retiré du monde ne fait pas vendre.