Aube : pénurie de matières premières dans l'industrie, "on va vers une situation catastrophique"

La reprise de l’économie s’annonce mais un nouveau problème inquiète, la flambée du prix des matières premières. La conséquence pourrait être terrible dans de nombreux secteurs comme pour le Groupe Larbaletier qui fabrique des matériaux à base d'aluminium dans l'Aube. 

Le directeur de l'entreprise Larbaletier qui conçoit des produits à base d'aluminium dans l'Aube fait part de son inquiétude face à la pénurie de matières premières.
Le directeur de l'entreprise Larbaletier qui conçoit des produits à base d'aluminium dans l'Aube fait part de son inquiétude face à la pénurie de matières premières. © Clément Meunier, FTV

"Nous avons dû mettre des salariés au chômage partiel durant la crise, car les commandes manquaient, à présent les carnets de commande sont pleins et nous risquons de remettre des salariés au chômage partiel, car nous n’avons pas assez de matières premières. Cette situation est totalement hallucinante", débute Olivier Choiselat le directeur du Groupe Larbaletier situé à Fontaine-les-Grès dans l’Aube. 

Il faut dire que le problème touche de nombreux industriels en France et inquiète de plus en plus. En effet, depuis quelques semaines, le prix des matières premières ne cesse de flamber. Depuis un an, le prix des matériaux semi-conducteurs a pris 80%, celui de la mousse 48%, + 40% pour le bois et une hausse de près de 30 % sur l’acier. Pour l’aluminium, largement utilisé par le groupe Larbaletier, la courbe du LME (London Metal Exchange) Aluminium à Londres est passée d’avril 2020 à avril 2021 de 1.450 $ à 2.350 $, soit une hausse vertigineuse de 61 %.

La pénurie d'aluminium se fait sentir pour les industriels comme ici Chez Larbaletier, dans l'Aube.
La pénurie d'aluminium se fait sentir pour les industriels comme ici Chez Larbaletier, dans l'Aube. © FTV

"En 30 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça, rien que la peinture à bondit de 12% en 1 mois, c’est une situation incroyable et tout le secteur industriel est impacté, il y a une vraie crainte, car nous ne pouvons plus respecter nos devis initiaux, à cause de cette flambée et surtout nous allons manquer de matières premières", s’agace fataliste Olivier Choiselat. 

C’est en effet toute l’économie française qui risque dans les prochains mois d’être à l’arrêt. Et elle n’en a pas besoin. Après l’arrêt des commandes lié à la crise sanitaire, celles-ci repartent un peu partout avec une sortie de crise que l’on sent venir, pourtant cette nouvelle déconvenue fait peur. «La France n’a pas du tout anticipé cette reprise. En Asie et aux Etats-Unis, les pays ont su acheter nos matières premières françaises pour se faire des stocks et aujourd’hui nous n’avons plus de stocks chez nos fournisseurs. Nous avons tout faux au niveau national". Si certains concurrents du groupe Larbaletier n’ont pas du tout senti le vent tourner, Olivier Choiselat et ses équipes ont pu préserver l’essentiel grâce à un prêt garanti par l'Etat (PGE) réalisé durant la crise. 

Dans ce contexte, la députée (LR) Valérie Bazin-Malgras a d'ores et déjà réagi en interpellant le gouvernement et en échangeant avec le Ministère de l'économie jeudi 22 avril. Pour la députée de l'Aube, le mal est profond. "Cela montre une nouvelle fois que le gouvernement réagit à retardement. Nous les avons avertis et rien n'a été fait, aujourd'hui ce sont nos entreprises qui ne peuvent plus travailler. C'est dramatique. On nous parle de réindustrialisation alors que tous nos stocks de matières premières sont partis à l'étranger. Ce n'est vraiment pas normal et il va falloir que le gouvernement réagisse et vite."

En 30 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça, rien que le prix de la peinture a bondi de 12% en 1 mois.

Olivier Choiselat, groupe Larbaletier

"Nous avons profité du PGE pour acheter l'équivalent de trois millions d'euros de matières premières, notamment dans les composants électroniques, ce qui nous permet aujourd’hui de continuer notre activité, heureusement. Sans cela, nous ne pourrions plus produire. Le problème, c’est que nos stocks s’amenuisent et cela ne s’arrange pas. Les composants et les matières premières sont aujourd’hui introuvables sur le territoire français. Je ne cesse d’appeler nos fournisseurs et tout le monde est à sec". 

Chaque arrivée de matières premières est attendue avec beaucoup d'impatience
Chaque arrivée de matières premières est attendue avec beaucoup d'impatience © Clément Meunier

La tension commence donc à monter dans le secteur industriel. En effet, les entreprises craignent de devoir stopper leurs chaines de productions faute de matières. Les délais sont également beaucoup plus longs poir les livraisons des produits finaux. Dernier point majeur, les contrats initiaux sont souvent à refaire avec de nouveaux devis et un prix qui flambe pour l’acheteur final. Un vrai casse-tête pour les professionnels.

"En effet, les relations avec les clients peuvent se tendre à l’avenir, car nous ne pouvons respecter les prix de départ. Cette flambée des prix est totalement inédite et même si il y a une forte demande, certains clients ne sont pas prêts à payer plus cher pour un projet qu’ils avaient en tête depuis longtemps", reprend Olivier Choiselat.

De nombreux secteurs touchés

Un contexte totalement imprévu qui freine désormais toute l’économie. Si le Groupe Larbaletier est impacté tout comme l’industrie en général, les dernières semaines ont vu également s’envoler les prix dans de très nombreux secteurs pour les mêmes raisons de manque d’approvisionnement. 

L’industrie automobile accuse d’ores et déjà des retards sur toutes les chaînes de productions, les piscinistes voient aussi leur délais et leurs prix flamber tout comme les ferrailleurs. Plus étonnant encore, les arboriculteurs ont également du mal à se fournir pour les palettes. La crise sanitaire pourrait bien désormais faire place à une crise industrielle et économique majeure. 

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